Zviaguintsev de retour au Festival de Cannes

Lors de la sélection officielle du Festival de Cannes, Andreï Zviaguintsev a été désigné comme "l'un des plus grands cinéastes de ces dernières années".
Retour sur le parcours du cinéaste le plus reconnu de Russie.

Une enfance loin des projecteurs

Né en 1964, Andreï Zviaguintsev grandit loin des projecteurs à Novossibirsk en Sibérie où il est élevé par sa mère, enseignante.

Souhaitant devenir acteur, Zviaguintsev étudie la comédie dans l'institut de théâtre de sa ville natale et se plonge dans les histoires, en particulier, les classiques du 19e siècle. "C'est une créature de la littérature russe, la littérature de la subtilité, de la précision et de la magie" explique Alexandre Rodnianski, son producteur de longue date.

Arrivé à Moscou au milieu des années 80 pour poursuivre ses études, Zviaguintsev passe le début des années 90 à travailler en tant que concierge.
"Je n'étais personne", se rappelle le cinéaste. Durant son temps libre, il fréquente le Musée du Cinéma de Moscou où il s'imprègne des œuvres de maîtres européens tels que Antonioni, Bergman et Bresson et tombe amoureux du cinéma.

"Ce furent les années les plus heureuses", se souvient-il. Il fait ses débuts dans la réalisation en offrant ses services à une entreprise de meubles qui cherche à tourner des spots publicitaires. "Je ne savais même pas quelles consignes donner" reconnaît le cinéaste. Ce travail le mène à tourner une série de courts-métrages pour la télévision qui finira par attirer l'attention d'un producteur.

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Zviaguintsev
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Un grand perfectionniste

D'après The Economist, le succès de Zviaguintsev peut s'expliquer par l'attention obsessionnelle et tolstoïenne qu'il porte aux détails.

"Dans une goutte d'eau, il voit le reflet de l'univers" estime Anton Dolin, un éminent critique russe de cinéma. Un avis que semble partager Mikhaïl Kritchman, son directeur de la photographie : "il est toujours en train de tester la force des détails" et "recherche les miracles sur lesquels la scène s'appuiera".

Des récompenses à la pelle

Cette approche intransigeante s'avère payante. Son premier film, Le Retour reçoit un Lion d'or à la Mostra de Venise en 2003. Son second long-métrage, Le Bannissement permet à Konstantin Lavronenko de remporter le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes en 2007. Le Prix spécial du jury dans la section Un certain regard sera décerné à Elena, quatre ans plus tard.

Mais c'est avec Lévianthan, en 2014, que Zviaguintsev décroche une nomination à la prestigieuse cérémonie des Oscars et obtient le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère, récompense qui n'avait pas été attribuée à un film russe depuis 1969.

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Lévianthan
2014

Un film polémique

Bien que récompensé, Lévianthan ne fait pas l'unanimité auprès de ceux qui l'ont en partie financé. En dressant un portrait peu élogieux d'un maire corrumpu d'une petite ville qui cherche à exproprier un homme de son domicile pour construire une église, Zviaguintsev suscite l'indignation des autorités russes.

En plus de juger ce film "anti-russe", les commentateurs gouvernementaux ont accusé le cinéaste de vouloir s'attirer les faveurs de l'Occident. Vladimir Medinski, le ministre de la Culture a, quant à lui, dénoncé le fait que les Russes soient dépeints comme des ivrognes et des gens grossiers. Zviaguintsev a cependant tenu à préciser que Lévianthan aborde des thèmes universels.

Une évolution remarquée

Les deux premiers films de Zviaguintsev sont des drames longs et mystérieux dont l'action se situe dans les lieux non identifiables ce qui n'est pas sans rappeler l'oeuvre d'Andreï Tarkovski.

Ses longs-métrages suivants effectuent un virage vers le commentaire social et se déroulent, de toute évidence, dans la Russie d'aujourd'hui. "C'était un geste inconscient, un besoin de répondre à ce qui se passait autour de moi", explique le cinéaste.

Ces dernières années, Zviaguintsev s'est élevé contre la censure insidieuse des arts et contre l'emprisonnement politique du réalisateur ukrainien Oleh Sentsov. Une préoccupation des questions éthiques qui a fini par définir son travail.

Pour Anton Dolin, il s'agit d'un "cinéma d'inquiétude morale" traitant de dilemmes et choix moraux.

En lice pour la Palme d'or

Zviaguintsev est de retour sur la croisette avec un nouveau film en compétition pour la palme d'or. Faute d'amour dresse le portrait d'un couple dont la relation s'effondre après dix années de mariage. Au cours d'une dispute, Aliosha, leur fils de douze ans disparaît et une recherche s'ensuit.

"C'est un récit humain sur la manière dont vous pouvez vous réveiller un jour et vous retrouver sans rien" explique le cinéaste. "C'est un couple malheureux à sa façon. Mais les gens s'y reconnaîtront dedans et j'espère que le film les menera à s'interroger", conclut Zviaguintsev.

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