Voyager en Russie, toujours plus loin…

Naviguant au gré des turbulences géopolitiques, le tourisme en Russie se développe rapidement et s’étend dans les contrées les plus extrêmes, mobilisant parfois les initiatives privées conscientes de la richesse de leur patrimoine.

Russie Info, avec son partenaire Eurofamille, revient sur l’histoire du tourisme de l’Union soviétique à la Russie, et qui au fil du temps, est devenu un des secteurs prioritaires pour l’économie russe.

Russie Info : Comment s’organisait le tourisme du temps de l’URSS ?

Eurofamille : Le tourisme était contrôlé étroitement par l’Etat soviétique. Il n’y avait pas d’agence de voyages comme Eurofamille, ni-même d’autre tour-opérateur. En revanche, deux organismes d’Etats s’occupaient du tourisme : "Intourist" pour les voyages intérieurs et extérieurs, et "Spoutnik", réservé à la jeunesse. En plus de ces deux structures, cohabitaient les associations d’amitié et les syndicats qui pouvaient faire voyager les soviétiques les plus privilégiés par le système communiste : artistes célèbres, cinéastes, grands athlètes, fonctionnaires de parti et de la jeunesse communiste.

Et même pour eux, le tourisme n'était pas libre, mais ciblé : dans le cadre d'échanges culturels, de tournées, de compétitions sportives. Il était impossible par exemple d'aller à l'étranger avec les membres de votre famille.

En plus des formalités et de nombreux formulaires et documents à remplir, il fallait passer devant une commission des apparatchiks qui vous posaient des questions sur votre pays de destination ainsi que sur la politique et la situation en URSS. Il s’agissait de s’assurer que vous étiez bien informés et "politiquement correct". De plus, il fallait obtenir le visa de sortie ainsi que le visa vers le pays désiré, autant vous dire qu’il était presque impossible pour les Soviétiques de voyager hors d’URSS.

Le voyage à l'étranger a cessé d'être un rêve impossible sous Gorbatchev au cours de la Perestroïka. Tous les Russes ont eu la possibilité d'obtenir un passeport de voyage et le visa de sortie a été supprimé. Les premières agences ont commencé à former des groupes touristiques bon marché pour visiter les pays européens en bus. On a vu apparaître des soi-disant "navettes" qui ont commencé à se rendre dans les pays voisins pour acheter des vêtements et d'autres produits de tous les jours et les revendre ensuite sur le marché russe.

Dans le sens inverse, la situation était un peu plus simple car des tour-opérateurs agréés ou des associations d’amitié, comme par exemple, France-URSS (dissoute en 1992), pouvaient proposer des voyages en URSS via Intourist. Mais il était pratiquement impossible de voyager librement, en individuel, même si la situation était bien loin de celle de la Corée du Nord d’aujourd’hui.

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Monastère des îles Solovky
crédit wikipedia.org

Russie Info : Que s’est-il passé après la chute du bloc soviétique ?

Eurofamille : Si la fin de l’URSS a été une révolution pour les Russes qui pouvaient enfin voyager librement, à condition d’avoir les moyens, le tourisme réceptif en Russie allait rester encore marginal notamment en raison de l’insécurité qui régnait dans le pays. Il y avait peu de touristes mais plutôt des hommes d’affaires qui voyageaient en Russie, à la conquête du nouveau marché.

La crise de 1998 allait compliquer la situation pour la majorité des Russes, qui faute de moyen, a arrêté de voyager. Elle a également entravé les premiers pas du tourisme des étrangers, les agences fermant leurs portes, et la crise accentuant le caractère imprévisible du pays.

C’est à partir des années 2000 que le tourisme va commencer à croître peu à peu, au fur et à mesure de l’amélioration de la sécurité en Russie. Les demandes portaient essentiellement sur Moscou, Saint-Pétersbourg, les villes de l’Anneau d’or ou le lac Baïkal. Les célébrations du 300-ème anniversaire de Saint-Pétersbourg en 2003 ont été un très grand succès sur le plan touristique.

Russie Info : Quel a été l’impact de la crise de 2014 sur le tourisme ?

Eurofamille : Le rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie, les sanctions occidentales ainsi que la crise ukrainienne, ont fait chuter le tourisme de 40% et de nombreuses structures touristiques ont fermé, mettant à mal les efforts précédents. Tout d'abord, cela était dû à un affaiblissement sérieux du taux de change du rouble par rapport aux principales monnaies, le dollar et l'euro, plus l’instabilité de la situation politique et économique. En outre, l'état a imposé des restrictions aux déplacements à l'étranger de certaines catégories de citoyens : Ministère de la Défense, Ministère de l'intérieur, Ministère d’état d'urgence, etc.

Le gouvernement a néanmoins vite réagi, en débloquant des sommes d’argent conséquentes depuis 2014, voyant dans le tourisme un secteur d’avenir. Selon l’agence fédérale du tourisme, l’objectif du gouvernement serait de faire du tourisme la troisième exportation du pays et les efforts financiers sont prévus jusqu’en 2020.

Les événements internationaux, comme les Jeux olympiques à Sotchi ou la Coupe de la Confédération et la Coupe du monde, ont permis d’améliorer les infrastructures, avec comme exemple, Sotchi, qui est devenue une station balnéaire et un centre sportif haut de gamme.

Cet engouement va également toucher les campagnes, les villes et les villages historiques, souvent vidés de leur population depuis la fin de l’URSS et qui peuvent susciter un vrai intérêt. Malheureusement, les petites villes ne reçoivent pas toujours les budgets nécessaires pour le développement des infrastructures touristiques. Des initiatives privées, des mécènes ou des gens de bonne volonté prennent parfois le relais.

Ces changements semblent porter leurs fruits, puisqu’en 2017, ce sont environ 81 millions de touristes qui ont voyagé en Russie, le pays connaissant une augmentation de 10% en terme du nombre de touristes chaque année depuis 2015. Cependant, avec seulement 1,5% du PIB, le tourisme en Russie a encore beaucoup de progrès a faire pour rattraper des pays comme, par exemple, la France (un peu plus de 7% du PIB) ou l’Italie (environ 4% du PIB).

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Chiens de traineau
Crédits Site Eurofamille

Russie Info : Quelle est la demande actuelle de la part des touristes étrangers ?

Eurofamille : Aujourd’hui les touristes recherchent l’autonomie, et c’est le premier point du changement du secteur touristique. Nous constatons chez Eurofamille une baisse de la demande de séjour chez l’habitant au profit des appartements ou des appart-hôtels. Le touriste recherche avant tout une forme de liberté, pour se sentir comme un habitant du pays, mais aussi pour des raisons de simplicité et d’économie, notamment par rapport à la restauration. La popularité des séjours en famille était motivée par une volonté de vivre parmi les Russes, mais aussi par la peur de ne pas trouver facilement de quoi se restaurer.

Cette volonté d’autonomie s’accompagne d’un élargissement géographique du tourisme, même si Moscou, Saint-Pétersbourg, l’Anneau d’or et le lac Baïkal restent encore en tête.

Nous observons toutefois chez les voyageurs l’envie de découvrir un peu plus la Russie, de s’éloigner des zones plus traditionnelles, de s’enfoncer plus au Nord, au sud, voire à l’est pour les plus téméraires, d’aller visiter de plus en plus les richesses naturelles du pays. Aussi l’offre touristique se développe dans de nouvelles régions en Russie – Carélie, Arkhangelsk, Vologda, Kalouga, Toula , Orel, Kostroma, Région de l’Oural, l’Altaï et bien d’autres. Les tour-opérateurs essayent de trouver des circuits un peu plus «insolites» car les touristes recherchent un voyage inoubliable et surtout original.

Certains événements récents ont un peu aidé le tourisme en Russie comme la chute du rouble, contraignant les Russes à voyager dans leur propre pays. Cette situation a contribué au développement d’activités touristiques dans de nouvelles zones, notamment la Crimée et sur les plages de la mer Noire. Et cela a également bénéficié aux étrangers qui pouvaient alors voyager plus loin dans le pays et s’offrir des vacances à moindre coût.

L’élargissement de la zone géographique va aussi conduire à un élargissement des activités comme les activités en plein-air, en montagne avec des randonnées en véhicules tout terrain pour affronter les volcans du Kamtchatka ou encore des traineaux dans le nord, dans la région de la Carélie et de Mourmansk. Les activités sportives dans ces régions sont très demandées.

Les promenades fluviales ont aussi le vent en poupe. Cette activité prospère et attire des touristes qui souhaitent remonter les grands fleuves russes et y découvrir des endroits à la fois historiques et naturels.

L’intérêt pour les activités culturelles évolue aussi. Même si les éternelles cathédrales orthodoxes ou les lieux soviétiques sont toujours très demandés, les touristes recherchent plus les découvertes culturelles que nous pourrons qualifier de populaires avec la volonté de découvrir l’âme russe au travers de sa gastronomie. Dans ce domaine, nous proposons, par exemple, des master-class et des dégustations de cuisine russe à Moscou, des séjours ou dîner-rencontres chez des familles russes.

Le tourisme est une activité encore assez jeune en Russie mais elle devrait avoir de beaux jours devant elle.

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