Vladimir Poutine «pire ennemi du lac Baïkal»

Fondée en 1966, l'usine de pâte à papier de Baïkalsk a été fermée en octobre 2008 pour des raisons écologiques car ses eaux usées se jetaient directement dans le lac Baïkal. Sa réouverture en 2010 suscite toujours l’inquiétude.

L'usine de pâte à papier de Baïkalsk. Le Baïkal a été classé en 1996 par l'Unesco au Patrimoine mondial de l'humanité.

L’eau du Baïkal est réputée pour sa pureté exceptionnelle et le lac reste à ce jour la plus grande réserve d'eau douce non gelée de la Planète contenant un quart de l’eau potable de celle-ci.

Or, selon les associations écologiques, la zone de contamination par les rejets de l’usine de Baïkalsk dans le lac Baïkal atteindrait 130 km² et selon le journal les Echos, après vingt ans d'exploitation, le complexe aurait déversé plus de 1,5 milliard de mètres cubes de déchets industriels dans le lac pour produire 160.000 tonnes par an de simple cellulose.
A cela s’ajoute chaque année des millions de tonnes de déchets solides dangereux stockés au bord du Baïkal…

Des tentatives de moderniser la fabrique de papier et de construire un système fermé de circulation des eaux usées seraient vaines car l'usine est tellement usée que tous les travaux de modernisation ne seraient pas rentables.

Le chantage de l’emploi

Et en avril 2010, sous prétexte de la nécessité de créer et de préserver des emplois dans la ville mono-industrielle de Baïkalsk, l'usine a été remise en service.

Depuis, les manifestations se multiplient. Pour Greenpeace Russie, la relance de l’usine en état, sans utilisation de systèmes d'eau en circuit fermé, mène à une catastrophe et à une violation de la législation russe et internationale.

Les contestataires refusent que le Baïkal serve de fosse d'égout et collectent régulièrement des centaines de rouleaux de papier toilette qu'ils adressent au président en guise de message de leur détermination.
« L'attitude envers le Baïkal illustre l'arbitraire écologique qui règne dans le pays », estime un représentant de l'ONG Baïkalskaïa Ekologuitcheskaïa Volna (Vague écologique du Baïkal), cité par les Echos.

Selon Greenpeace, Vladimir Poutine, alors Premier ministre russe, avait recueilli 52 % des suffrages devant le gouvernement et les autorités locales, en raison de sa décision de relancer l'usine de cellulose de Baïkalsk.

L’argument de la création d’emplois est rejeté en bloc par les associations écologiques furieux contre Vladimir Poutine, qui défendent l’idée que le nombre de chômeurs dans la ville diminuait visiblement la dernière année pendant que l’usine ne fonctionnait pas.

Après l’arrêt de la fabrique en novembre 2008, la ville a commencé à développer le secteur des services : hôtels, restaurants, saunas, stations touristiques et station de ski «Gora Sobolinnaïa» qui ont créé des centaines d’emplois.

Le tourisme vs la cellulose

Les associations défendent l’idée que Baïkalsk est un lieu potentiellement propice au tourisme, la ville étant connectée à Irkoutsk par une bonne route (2 à 3 heures de trajet) et le chemin de fer Transsibérien. Le climat en ville est en outre relativement doux en hiver avec beaucoup de neige dans la montagne.

Image of Dans les forêts de Sibérie - Prix Médicis essai 2011
Manufacturer: Gallimard
Part Number: A-097-416
Price: EUR 18,20

Des projets annulés brutalement depuis la réouverture de la fabrique. Lorsque l’usine fonctionne, toute la ville est enveloppée d’un smog fétide et selon toujours les défenseurs de la région, même "Vladimir Poutine s’est plaint de la puanteur insupportable émanant des tuyaux de l’usine de cellulose alors qu’il faisait du ski à Baïkalsk il y a quelques années".

Le site de production de Baïkalsk ne serait cependant pas le seul responsable selon les fondateurs de l’association Save Baïkal qui organise chaque année des opérations « glace propre » sur les bords du site : « la rivière Selenga qui se déverse dans le lac est aussi polluée par les diverses activités industrielles menées en Mongolie ou en Bouriatie».

Aujourd’hui paradoxalement, l’espoir de « sauver » le Baïkal est entre les mains du gouvernement puisque le lac figure dans sa longue liste des 194 sites naturels gravement pollués que le ministère de l'Environnement russe s'est décidé à nettoyer, selon les Echos, moyennant 20 milliards de roubles (460 millions d'euros) sur dix ans.

Retrouvez Aujourd'hui la Russie sur Facebook

Nouveau ! Aujourd'hui la Russie est aussi sur Twitter

0


0
Login or register to post comments