Vladimir Bolchakov, dernier correspondant en France pour la Pravda

Journaliste pour le plus grand quotidien soviétique, Vladimir Bolchakov assiste depuis la France à la chute de l’URSS. Portrait d’un ancien soviétique qui se rappelle les évènements de 1991.

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Vladimir Bolchakov © Maureen Demidoff/ ALR

La Pravda. Légendaire journal du Parti. N°1 en Union Soviétique avec 16 millions d’exemplaires tirés quotidiennement. Dans ses rangs, les journalistes les plus connus de l’URSS, dont Vladimir Bolchakov.

Né dans une famille de tradition bolchévique, l’ancien journaliste n’était pas, selon lui, un «soviétique typique» :
«Mon grand-père était l’un des fondateurs du Parti communiste. Il fut d’abord le chef du premier syndicat russe qui était alors celui des serveurs des restaurants. Dans notre maison, il y avait beaucoup d’ouvrages de révolutionnaires. J’avais ainsi accès à toute une littérature interdite par le régime de Staline, notamment des articles sur des anciens dirigeants du Parti communiste tués par Staline pendant les purges.»

«Je n’étais pas dupe»

Ces lectures «interdites» ne l’empêchent pas d’être un communiste convaincu «de par ma culture familiale» et un fidèle partisan du soviétisme. Aujourd’hui pourtant, il confie qu’il n’est plus communiste, ne soutient pas Ziouganov (chef du PC actuel), est en dehors de tous les partis russes, mais «reste de gauche par convictions

C’est le paradoxe de Vladimir Bolchakov:
«Bien sûr, je suis nostalgique de l’Union soviétique. Pourtant en tant qu’ancien journaliste de la Pravda, je connaissais beaucoup mieux la réalité soviétique que le citoyen moyen de l’époque. Et je sais que la prétendue amitié entre les peuples soviétiques glorifiée par la propagande russe dans la Pravda était un mythe plutôt que la réalité.
Je regrette l’URSS mais je n’étais pas dupe. Vous savez, on n’est jamais nostalgique des répressions mais de l’empire, de la puissance

Du putsch au féodalisme de bureaucrates

Lors du putsch d’août 1991, le journaliste assiste aux évènements de France, où il travaille en qualité de correspondant spécial depuis septembre 1986.

«Mon sentiment personnel était violent. J’étais indigné. Nous suivions les évènements à travers les médias français car nous n’avions aucune information de Russie. Même la Pravda ne répondait plus à nos appels. C’était le silence total.

L’ambassadeur soviétique en France a interdit aux journalistes russes de parler avec les médias français. Mais le 19 août 1991, j’ai été invité par la chaîne de télévision la Cinq et évidemment, on m’a demandé de m’exprimer sur les évènements. J’ai confié que je pensais que la démocratie et les chars n’étaient pas compatibles.»

Le développement brutal et corrompu du capitalisme en Russie est sans doute ce qui fut le plus pénible pour Vladimir Bolchakov: «Eltsine était entouré par des magouilleurs de toutes sortes et c’est à ce moment que les anciens officiers des services secrets ont commencé à concentrer le pouvoir entre leurs mains. Aujourd’hui encore en Russie, il y a un système créé par Eltsine et son entourage qui n’est pas le capitalisme mais du féodalisme de bureaucrates. C’est criminel.»

«J’étais aussi convaincu que l’URSS devait se transformer en un modèle politique et économique démocratique et je pense qu’elle aurait pu l’être autrement qu’avec la période Eltsine, si seulement Gorbatchev n’avait pas été idiot. Mais c’était un idiot total. Sans aucune compréhension des réalités soviétiques et mondiales. Il n’était pas du tout à la hauteur et s’était entouré de bureaucrates primitifs et ignorants.»

«On débattait de choses incroyables»

Finalement, de toute cette période, sans hésiter, c’est la culture que Vladimir Bolchakov regrette le plus.

«C’était la période des grands succès de la culture russe. L’éducation des gens était bonne. Je suis nostalgique des conversations que nous pouvions avoir car dans les années 1990, l’Union soviétique était alors une société de discussions. On débattait de choses incroyables: de la possibilité de vies interplanétaires, de la marche du monde comme des problèmes concrets de la communauté.

On se questionnait aussi sur le développement démocratique de l’URSS et sur la façon dont il fallait procéder. C’était passionnant. Aujourd’hui cela n’est plus. Et c’est impossible de retrouver ces envies de débats parce que les consciences ont changé. L’idée nationale a changé.»

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Vladimir Bolchakov rappelle que les peuples soviétiques étaient fiers de leur pays tandis qu’aujourd’hui, les consciences populaires sont indifférentes à la politique. Plus de 30% de la population russe aimerait bien émigrer, rappelle Bolchakov. «Après mes années à Paris, je suis revenu en Russie et je serais revenu de toute façon parce que c’est mon pays. J’en étais fier

Vladimir Bolchakov a transmis ses convictions à ses enfants: l’Union soviétique n’a pas servi à rien. «C’était une expérience historique, tragique, mais c’était aussi une histoire héroïque et les Russes peuvent en être fiers

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Portrait de Platon
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Joli portrait, merci à Vladimir Bolchakov pour son témoignage.



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