Vieillir en Russie: des conditions de vie précaires

A l’occasion de la sortie annuelle du Global Retirement Index de Natixis Global Asset Management, le journal russe Novaya Gazeta revient sur les résultats de cet indice soulignant la précarité de la vie pour la population vieillissante en Russie.

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Photo : Maureen Demidoff

La population mondiale vieillit et les gouvernements doivent relever le défi d'assurer une bonne qualité de vie aux personnes âgées. Il y a différents moyens de résoudre ce problème : la variation de l'âge de la retraite, l'incitation à l’épargne individuelle pour la retraite, la création de villes compactes, conçues avec une infrastructure sociale spécialement adaptée.

Plus la population de la terre vieillit, plus le contraste entre le bien-être des retraités dans les différents pays devient grand. Alors que dans certains pays, la sortie du marché du travail rime avec la possibilité très attendue de voyager et d’avoir accès aux loisirs, pour d'autres, elle rime avec la nécessité d'économiser sur les produits alimentaires de base et les médicaments.

Aujourd’hui, dans le premier groupe de pays, se trouvent par exemple la Norvège et la Suisse ; les leaders du classement des meilleurs pays pour la vie des retraités du Global Retirement Index. Dans la deuxième catégorie, on retrouve, l'Inde, le Brésil, la Grèce et la Russie.

La Russie et ses pensions dérisoires

Selon la plupart des indicateurs, la Russie qui occupe la 40ème place sur 43, n’est pas en mesure de fournir à ses citoyens des conditions de vie favorables une fois à la retraite.

A l’origine du classement, la société Natixis Global Asset Management a utilisé quatre critères fondamentaux pour ses calculs : le financement des retraites, le bien-être matériel, la qualité de vie et de la santé. Dans l'étude ont été pris en compte des aspects de la vie de retraité, comme le bonheur, la diversité biologique et l'habitat, mais dans le cas de la Russie - ce sont peut-être des informations superficielles - les retraités, avec une moyenne de revenus de 14 milles roubles par mois, se trouvent automatiquement dans la catégorie la plus vulnérable de la population.

Même les officiels ne jugent pas nécessaire de commenter : "C’est ainsi. Nous avons des pensions dérisoires", a déclaré le président du Comité des affaires sociales de la Douma, Jaroslav Nilov.

Le jour même de la publication du classement, la Douma a adopté en troisième lecture le projet de loi fusionnant le fonds de réserve russe, presque épuisé, avec le Fonds de bien-être national, dans lequel il reste 4,2 milliards de roubles.

Cela permettra au gouvernement de dépenser l'argent des fonds souverains, destinés à la retraite des générations futures, pour couvrir les déficits du budget. Personne ne doutait auparavant que l'état puisse se donner le droit de dépenser l’argent des citoyens à ses propres fins, mais la fusion du fonds a une importante valeur symbolique.

La liquidation du fonds souverain signifie l'échec de la tentative de suivre l’exemple de la Norvège, qui, avec l’argent des exportations de pétrole, a créé un fonds national de retraite qui procure à ses retraités des conditions maximales de confort et de vie.

Le nombre des retraités en augmentation

Alors que les actifs du fonds norvégien se montent aujourd'hui à $892 milliards de dollars, la Russie, elle, devra faire face aux conséquences du creux démographique des années 1990.

Selon diverses estimations, la proportion entre le nombre de retraités et la population apte au travail sera de 1 pour 1 d'ici 2030. Le taux de couverture de la perte de salaire par la pension de retraite est aujourd’hui de 31,8%, au lieu des 40% recommandé par l'organisation Internationale du travail, ou des habituels 50 à 80% pour les pays développés.

Avec la croissance du nombre de retraités dans les années à venir, ce taux ne pourra que baisser. On peut se rappeler les calculs du ministère du développement économique (qui ont d'ailleurs été désavoués par le Ministre Maxime Orechkine), selon lesquels le montant des pensions est gelé jusqu'en 2035.

Un taux de mortalité élevé

Dans le classement Global Retirement, la Russie a obtenu le score le plus bas dans le dans le domaine de la santé (avant dernière place). Cet indicateur prend en compte la durée de vie (71 ans, 6 ans de moins que pour le Mexique) et les dépenses de santé par habitant ($900 — 3 fois moins qu'en Espagne).

Dans le même temps, le taux de mortalité en Russie se trouve au niveau des pays africains. Pour les 5 premiers mois de l'année 2017, le déclin naturel de la population dans le pays (excédent des décès sur les naissances) s'élève à 112 000 personnes et a triplé par rapport à la même période un an plus tôt.

La population n’est maintenue que par l'afflux de migrants, qui cette année, a considérablement diminué. Mais il est possible que pour les autorités, ces tendances ne soient pas si mauvaises: si l'espérance de vie en Russie était aux environs de 80 ans, le système de retraite se serait effondré depuis longtemps.

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