V. Fédorovski: "les grandes espionnes russes étaient des amoureuses"

Le dernier livre de Vladimir Fédorovski raconte les femmes espionnes qui oeuvraient au profit de l’URSS. Entretien avec l'ancien diplomate russe et auteur de best-sellers.

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Des années trente à 1945, l’actrice Olga Tchechova infiltra le régime hitlérien pour le compte de l’URSS. Olga fut même au coeur d’un projet d’assassinat de Hitler, à l’automne de 1941, quand les troupes allemandes approchaient de Moscou.

"La belle baronne Boudberg a monté le plus grand complot contre le Kremlin rouge avant de devenir un agent double. Elisabeth Zaroubine a volé les secrets de la bombe atomique américaine au profit de l'URSS. La célèbre actrice de cinéma Olga Tchékhova est devenue la meilleure amie d'Eva Braun, informant Staline sur les grands secrets nazis. Nina, cette maîtresse espionne, a séduit Albert Einstein sur l'ordre de Moscou et le formidable réseau des "hirondelles" du KGB pénètre encore aujourd'hui les plus hautes sphères de politique occidentale."

Russie Info : Y a t-il eu autant de grandes espionnes russes pour en faire un roman ?

Vladimir Fédorovski : Après la Première Guerre mondiale, le rôle de l’espionnage était à son apogée. Et à cette époque les femmes ont joué un rôle primordial pour le pays pour des raisons patriotiques.
Ce livre recense, comme pour un catalogue, les grandes espionnes russes en commençant par les « pionnières », « les professionnelles », puis les «hirondelles » du KGB, envoyées hors d’URSS pour glaner des informations qui serviraient leur patrie.
Je raconte Elisabeth Zaroubine qui s’est distinguée en livrant à sa patrie les secrets de la bombe atomique américaine, ou encore Olga Tchekhova, une actrice des années 1930, qui d’après les archives du Kremlin, s’était rapproché d’Hitler en devenant la meilleure amie d'Eva Braun, pour mieux informer Staline. Ce dernier comptait davantage sur Olga Tchechova pour influencer Hitler dans un sens conforme aux intérêts de l’URSS.

Le XXe fut un siècle de manipulations historiques. Les grands évènements du XXe - de la Révolution russe à la chute du communisme - ont tous été déterminés par des affaires d’espionnage. Et derrière ces grands événements se trouvaient des personnages extraordinaires, qui étaient souvent de grandes amoureuses.

Russie Info : Justement, vous parlez beaucoup d’amour pour parler d’espionnage. L’un ne va pas sans l’autre ?

Vladimir Fédorovski : Ces femmes utilisaient l’amour pour arriver à leur fin, mais ce qui est très intéressant c’est que l’amour était la plupart du temps sincère. Ces femmes étaient pour la plupart des artistes, et donc elles croyaient en leur sentiments quand elles « jouaient ».
Avec le système des hirondelles il y avait de vrais coups de foudre. C’était différend dans le réseau Roméo, où de beaux garçons séduisaient des femmes d’un âge avancé pour obtenir des informations, mais ils travaillaient juste sur l’ordre de l’Allemagne de l’est.

Image of Le roman des espionnes
Manufacturer: Editions du Rocher
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Price: EUR 20,00

Russie Info : Vous évoquez aussi Elsa Triolet et Maria Romain Rolland. Etaient-elles réellement des espionnes ?

Vladimir Fédorovski : Je n’ai pas connu Elsa Triolet même si je connaissais Aragon, mais en revanche, j’ai très bien connu la Russe Maria Romain Rolland. Elle travaillait pour l’URSS mais elle était véritablement amoureuse de Roman Rolland. Dire qu’elle n’aimait pas son mari est totalement faux. Elle l’aimait et l’a amené par conviction du côté du soviétisme, puis a rencontrer Staline et a participer à des campagnes de propagande soviétiques.

Maria Romain Rolland était davantage une femme d’influence qu’une espionne et elle faisait partie de ces mises en scène pour les intellectuels occidentaux que Lénine appelait les « idiots utiles ». Pendant l’entre-deux guerre, ils ont joué un rôle primordial car ils véhiculaient, comme Romain Rolland l’a fait, une vision romantique de la révolution bolchévique en Occident.
Elsa Triolet également avait une grande influence sur Aragon. De nombreuses femmes ont ainsi inspiré les grands hommes du XXe siècle, et avaient une grande ascendance sur eux.

Russie Info : La Russie continue t-elle à produire des espionnes ?

Vladimir Fédorovski : La Russie en produisait beaucoup à un certain moment. Les femmes étaient très impliquées dans la construction et la défense de leur pays et très patriotes. L’attirance de l’idéologie a joué un grand rôle. Ces femmes étaient formées à l’espionnage et suivaient de longues préparations pour devenir des professionnelles. Comme aujourd’hui à l'Académie de renseignement extérieur qui a succédé à l'Institut Andropov du KGB.

Ce qui a changé aujourd’hui, il me semble que les grands espions travaillent plus pour l’argent que pour l’idéologie. Je pense que l’aspect patriotique est toujours présent mais le choix de travailler dans les renseignements est davantage influencé par l’adrénaline que le travail procure. Vouloir être espion c’est comme marcher le long d’un précipice, cela génère des émotions fortes, c’est aussi excitant et cela reste un fantasme. Le Président Poutine lui même a révélé avoir voulu être espion pour l’adrénaline, et pour la perception romantique du travail.

Russie Info : Vous finissez votre livre avec Anna Chapman. Est-elle crédible comme espionne ?

Vladimir Fédorovski : Avec Anna Chapman, nous sommes dans l’opérette. Sa posture auprès des médias est la meilleure preuve qu’elle n’était pas une vraie espionne. Les professionnelles de l’espionnage ne se seraient jamais conduits comme elle l’a fait (Anna Chapman a posé dans des magazines de charme, et est devenue très médiatisée à son retour en Russie après son extradition des USA, ndlr). Quand vous regardez de près son parcours, vous vous rendez compte qu’elle n’a pas reçu de formation professionnelle pour travailler dans les renseignements.
Mon livre se termine avec Anna Chapman car c’est un personnage médiatique qui, comme Mata Hari l’a été, a alimenté tous les fantasmes.

Russie Info : Avec votre passé d’ambassadeur, vous fréquentiez la nomenklatura, avez-vous eu des informations directes pour votre livre ?

Vladimir Fédorovski : Dans ma longue carrière j’ai eu de nombreux contacts directs. J’ai eu pendant des années de longues conversations sur ce sujet avec Maria Roman Rolland. J’étais aussi ami avec Aragon, et il m’a beaucoup parlé de son engagement, de la façon dont cela s’était passé. Après la chute du communisme, les archives se sont ouvertes et j’ai également fait un grand travail de recherche. Donc mon livre est le résultat d’un travail fait à partir de témoignages et des archives soviétiques.

Vladimir Fédorovski est l’écrivain d’origine russe le plus édité en France. "Le roman des espionnes" aux éditions du Rocher est son 32ème livre.

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