Sotchi, aujourd'hui !

Retour en textes et en images sur le site du Parc Olympique de Sotchi près de deux mois après la fin des Jeux.

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©Lukas Aubin

Le minibus en provenance de Sotchi cahote depuis une quarantaine de minutes quand le chauffeur apostrophe les passagers : "Олимпийский парк ?" (Parc Olympique). Deux seulement descendent. Au dehors, l'air est encore frais d'un hiver pas vraiment consommé car jamais tout à fait commencé. Le ciel cotonneux d'un blanc laiteux masque le soleil tel un paravent, l'atmosphère est faussement glaciale. A première vue il n'y a pas un chat, que des chiens errants. Apparait après quelques dizaines de mètres le check-point, et derrière, au loin, le site olympique.

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Check-point
©Lukas Aubin

Les policiers n'accordent pas un regard aux rares visiteurs, aujourd'hui est une journée portes ouvertes, nul besoin de montrer patte blanche. "C'est par là ?" demande un visiteur, un simple hochement de tête confirme.
Pour accéder aux infrastructures il faut donc longer une voie rapide pendant quelques minutes. Se dessine alors très nettement l'un des fleurons des JO : la patinoire Iceberg avec ses courbes harmonieuses rappelant le mouvement des vagues. Quelques voitures sont garées sur le parking, deux policiers observent d'un œil méfiant l'unique passant prenant des photos. L'ambiance est digne d'un roman de science-fiction post-apocalyptique. Les superstructures titanesques sont fantomatiques, elles surplombent un terrain gris et bétonné s'étendant sur des dizaines d'hectares. Par endroit les détritus jonchent le sol et quelques ouvriers éparpillés sur le site s'affairent à démonter des stands et à poser des barrières.

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La patinoire Iceberg
©Lukas Aubin

La largeur des routes, la hauteur des bâtiments et l'immensité de l'espace laissent imaginer la fourmilière qu'a dû être le Parc durant les Jeux. On suppose une foule bruissante, compacte et excitée, on imagine des caméras tournoyer, des speakers haranguer, et des journalistes interviewer. En lieu et place de tout cela, la solitude et le vide que les superstructures ne comblent pas.

Contourner la patinoire révèle alors la place oblongue sur laquelle est située le phallique monument hissant la vasque qui, il y a peu, était encore le récipiendaire de la flamme olympique. Difficile de croire que quelques semaines auparavant ce lieu était le centre des attentions du monde entier. Comme s'il était déjà tombé en désuétude, les vigiles ne prennent même pas la peine d'interpeler un couple s'amusant à y grimper. Un rapide coup d'oeil sur la structure révèle des imperfections causées certainement par ces passants aventureux.
Ici une vis a sauté, là une plaque de métal est tordue. Il règne l'impression d'un lieu qui aurait déjà vécu, et qui ne serait maintenant plus qu'un complexe laissé à l'abandon comme il en existe beaucoup dans le monde post-soviétique. Un jeune étudiant russe n'en revient pas : "Regardez ce qu'ils ont fait, c'est superbe ! J'ai du mal à croire que tout cela ait été construit par la main humaine !".

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Le récipiendaire de la flamme olympique
©Lukas Aubin

Quelques visiteurs habitent la région. Ils viennent admirer ce "lieu de joie et de fierté" qui a "redonné sa grandeur à la Russie".
Certains recherchent les traces de leur ancien village, Morlinski, sacrifié pour l'occasion. Comme cette femme accompagnée de sa fille qui vient rendre hommage à ses ancêtres dans le cimetière de vieux-croyants situé au beau-milieu du parc olympique, entre la patinoire Iceberg et le stade Ficht. C'est le seul et unique vestige de ce passé récent.
"Les autorités ont entouré le cimetière de sapins car il ne fallait pas gâcher la fête" explique-t-elle laconique, "mon ancienne maison a disparu mais malgré cela je suis fière de mon pays, ces jeux ont été une vraie réussite !". Les commentaires sur place sont unanimes, Poutine a fait du bon travail.

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Le cimetière de vieux-croyants
©Lukas Aubin

Un peu plus loin il est possible d'approcher Sochi Park, le Disneyland russe déjà surnommé par la population Poutine World. Figé, rien ne bouge. Les montagnes russes qui n'en finissent plus de se tortiller semblent prêtes à l'action. Mais l’hôtel Bogatyr, désespérément vide, rappelle qu'il faudra attendre la haute saison pour espérer voir le site enfin s'éveiller.

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Sochi Park
©Lukas Aubin

A l'extrême sud, derrière le Palais de Glace Bolshoï, des grillages empêchent d'accéder à la mer Noire, rendant le complexe sportif d'autant plus oppressant que la seule échappatoire est de rebrousser chemin.

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Des grillages empêchent d'accéder à la mer Noire
©Lukas Aubin

Peu avant l'arrêt de bus une phrase inscrite sur un des bâtiments officiels attire le regard : Россия – великая, новая, открытая. La Russie – grande, nouvelle, ouverte. Il semblerait que finalement il n'y ait que les Occidentaux pour en douter tant la population locale paraît conquise.

Alors que la nuit tombe, par la fenêtre encrassée du minibus on peut apercevoir une dernière fois la torche olympique dorénavant éclairée par des dizaines de projecteurs. La vision est belle. Et dans un élan d’enthousiasme, c'est le chauffeur qui a le dernier mot : "Путин молодец !" - Bravo Poutine !

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Sotchi
©Lukas Aubin

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Portrait de Anna
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On dirait une ville fantôme !



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