Sotchi 2014: pourquoi boycotter les JO est devenu impossible

Le 7 février 2014, la flamme olympique illuminera le Fisht Olympic Stadium de Sotchi. Les prouesses technologiques réalisées pour ces Jeux en Russie seront alors mises sous les projecteurs, et mettront, semble t-il, fin aux nombreuses polémiques politiques et sociales qui touchent le pays.

russie-sport-olympique-sotchi-economie-boycott
Sotchi JO 2014

th_eric_monnin.jpg
Eric
Monnin

Eric Monnin est maître de conférences à l'Université de Franche-Comté et docteur en sociologie, agrégé d'éducation physique et sportive. Champion de France scolaire de judo et ancien membre de l'équipe de France, il a reçu la médaille Pierre de Coubertin des mains du Président du CIO, Jacques ROGGE, le 6 août 2013 à Lausanne.
Eric Monnin est également l’auteur du livre De Chamonix à Sotchi qui sortira en novembre 2013 aux éditions Désiris.
Avec une importante iconographie, son ouvrage montre l’évolution des Jeux olympiques, de l’antiquité à Sotchi, tant au niveau de l’organisation que des intérêts géopolitiques des pays organisateurs.

Aujourd’hui la Russie : Les Jeux Olympiques, en fonction des pays d’accueil, ont tendance à cristalliser des revendications politiques et des appels au boycott. La Russie n’échappe pas à la règle, surtout depuis que le Parlement russe a adopté, en juin dernier, une loi discriminant les minorités sexuelles. Quel est réellement le risque pour Sotchi ?

Eric Monnin : Par le passé, il y a souvent eu des revendications associées aux Jeux olympiques. A Melbourne en 1956, les Jeux ont été boycottés suite à l’affaire du Canal de Suez, à Mexico en 1968, les athlètes Tommie Smith et John Carlos ont, lors de l'hymne américain, levé leur poing ganté de noir pour marquer leur soutien au mouvement politique noir américain des Black Panthers. Les Jeux de Moscou en 1980 ont également été boycottés par des pays occidentaux, comme ceux de 1984 à Los Angeles par les pays communistes (RDA, Cuba, URSS). Les Jeux olympiques de 1992 à Barcelone furent les premiers à se dérouler sans boycott depuis 1972. Donc ce n’est pas nouveau.

Mais le temps où les pays boycottaient réellement des Jeux semble révolu car aujourd’hui les Jeux olympiques s’inscrivent davantage dans une ère économique qu’idéologique. Prenons l’exemple de Pékin en 2008 : aucun pays n’a boycotté les Jeux, et cela malgré les contestations des défendeurs des droits de l’homme qui luttent contre les répressions chinoises au Tibet. La raison est qu’aujourd’hui un pays qui boycotterait les Jeux prendrait le risque de perdre des parts de marché et des contrats économiques dans le pays organisateur.(Rien qu’en considérant l’organisation des Jeux, le Cluster-Montagne, l’organisme chargé de la promotion des acteurs français de l’aménagement de la montagne, indique que le chiffre d’affaires réalisé par les sociétés françaises à Sotchi est estimé entre 250 et 500 millions d’euros, ndlr). L’enjeu économique est donc si fort, que je ne suis pas convaincu que cela puisse arriver.

Image of De Chamonix a Sotchi - un Siecle d'Olympisme en Hiver
Manufacturer: Desiris
Part Number:
Price: EUR 25,00

Par ailleurs, il convient d’expliquer que les Jeux d’hiver n’ont pas le même retentissement mondial que les Jeux d’été, tant au niveau économique, politique qu’idéologique. Les Jeux d’hiver sont considérés comme des jeux dits familiaux, et très européens. On s’aperçoit par exemple qu’à Vancouver en 2010, 62,4% des médaillés étaient des Européens contre 24,6 % d’Américains. Par ailleurs, Sotchi 2014 rassemblera 2.500 athlètes, les Jeux d’été de Londres en 2012 en ont rassemblé 11.000. Il faut donc minimiser l’impact des Jeux olympiques d’hiver qui seront, à mon sens, difficilement le tremplin de revendications.

ALR : Dans la logique d’inscrire les JO dans une ère économique, l’ambition des pays organisateurs va donc bien au-delà du sport. Avec Sotchi, quel est le dessein de la Russie ?

Eric Monnin : Il y a, avant tout, la volonté pour un pays de montrer qu’il est présent, qu’il participe et qu’il est attaché au développement économique de sa propre nation.

Avec ses 36 milliards d’euros de budget dépensé, le chantier de Sotchi est le plus cher de toute l’histoire des Jeux. La Russie a voulu installer le processus des Jeux d’hiver dans le « Programme fédéral 2006-2014 » mis en place par la région de Krasnodar pour le développement de Sotchi en tant que station climatique des montagnes.

Sotchi 2014 n’est donc pas une finalité pour la Russie. Cela va en effet bien au-delà des Jeux. A l’instar de la ville de Turin qui, en 2006, a profité de Jeux pour modifier la totalité de son urbanisme, Sotchi bénéficiera également d’une nouvelle organisation très axée sur les nouvelles technologies. Les investissements colossaux ont permis la modernisation de son aménagement urbanistique, de ses transports autoroutiers et ferroviaires, et le développement de la région de façon considérable. (Notamment avec la construction du port de marchandises international de Taman, dans la région du kraï de Krasnodar, destiné à être le plus actif de Russie d'ici 2025, ndlr)

Avec les JO, le pays va également montrer au reste du monde qu’il a la capacité d’organiser des évènements planétaires - encore une fois tout est à relativiser puisque ce ne sont pas des Jeux d’été -, et qu’il est donc capable d’accueillir dans la foulée la Coupe du monde de football, puis la Formule 1… Et bien d’autres évènements de très haut niveau afin que Sotchi et sa région aient un rayonnement mondial.

Retrouvez Aujourd'hui la Russie sur Facebook et Twitter

0


0
Login or register to post comments