Snowden, protégé par Poutine, déstabilise les Russes

L'ancien consultant du renseignement américain, dont la tête est mise à prix dans son pays, a divisé l’opinion russe en acceptant la protection de Vladimir Poutine. En attendant que les tensions s’apaisent, il voyage et découvre le pays.

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Edward Snowden

Depuis le 1er août, date à laquelle il a obtenu un asile provisoire d’une année en Russie, Edward Snowden n’est jamais apparu en public. Protégé par une équipe de gardes du corps qu’il a engagée, il vit dans un endroit tenu très secret. "On ne dit à personne où il réside. Et cela à sa requête parce que nous comprenons que le niveau de danger est très élevé", a expliqué son avocat Nikita Koutcherena à la chaîne de télévision russe RT.
Ce dernier indique par ailleurs que le jeune homme va bien : il voyage, se promène incognito, lit des œuvres russes, des classiques tels que Crime et Châtiment de Fiodor Dostoïevski et s’initie à la langue russe. Bref, il s’intéresse à la Russie. Snowden attendrait même ses parents. Son père devrait venir lui rendre visite ainsi que sa mère et ses grands-parents.

Ce jeune informaticien de 30 ans, considéré comme un traître à sa patrie par son pays et inculpé d'espionnage pour avoir divulgué des informations sur la surveillance électronique mondiale effectuée par les Etats-Unis, profite d’un répit offert par la Russie. Washington a réclamé à plusieurs reprises son extradition vers son pays natal, mais Vladimir Poutine a préféré lui offrir l’hospitalité alors que Snowden, en provenance de Hong-Kong, était depuis plus d'un mois dans la zone de transit de l'aéroport Sheremetevo de Moscou.

L'embarras des défenseurs des droits de l'homme

« Edward Snowden peut se sentir en sécurité en Russie, car il ne sera pas remis aux autorités américaines (…) Je ne peux même pas imaginer ce qu'il va faire après. Mais il est clair que nous ne le livrerons pas » avait déclaré Vladimir Poutine dans les médias russes défiant Washington. «C’est un type étrange (…) Je n'arrive pas à savoir ce qu'il a dans la tête (...) Au fond, il s'est condamné lui-même à avoir une vie plutôt difficile », avait-il ajouté avant de conclure, sans ironie, que finalement Edward Snowden était un "défenseur des droits de l'homme » incompris par les Etats-Unis.

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Une compassion et des propos qui heurtent forcément les défenseurs des droits de l’homme quand ils sortent de la bouche du président russe. Le système de Poutine « n'a pas le moindre intérêt pour ses citoyens, plongés dans la répression, la violence judiciaire, administrative et physique », s’est exclamé une militante, accusant pareillement les militants qui avait rencontré Snowden à Sheremetevo d’être à la solde du pouvoir.
Dans la même veine, la politologue et militante Marina Litvinovitch a écrit sur son blog que la conférence de presse de Snowden n'était autre qu'une “opération ordinaire de services secrets” à laquelle “les gens honnêtes et les organisations honnêtes de défense des droits humains ont refusé de prendre part.”

Si les défenseurs russes des droits de l’homme sont divisés à l’égard de Snowden, le Parlement européen, en revanche, considère que le jeune américain pourrait être un candidat honorable au Prix Sakharov pour la liberté de penser. Une claque contre Washington, comme l’indique The New York Times.

Traître à sa patrie ou dénonciateur ?

Que cela soit dans l’opposition ou chez les partisans de Vladimir Poutine, l’opinion russe est partagée. Alexeï Filatov, un ancien agent des services de sécurité, exprimait sur son Livejournal son mépris pour Snowden : un homme « qui a choisi son métier en connaissance de cause, a signé un accord de non-divulgation des secrets du service, a été payé pour le respecter, mais au final a trahi et son pays et sa profession.» Il estime aussi que renvoyer Snowden en Amérique aurait été une aubaine pour les relations entre la Russie et les USA. Sur le net, certains blogueurs continuent de s’interroger sur sa proximité avec les services secrets russes, ironisent sur le choix de l’ancien agent de la CIA de venir en Russie, quand d’autres, comme Pavel Dourov, fondateur de VKontakte, le réseau social le plus populaire en Russie, n’hésite pas à lui proposer un emploi.

Finalement, c’est l'écrivain Boris Akounine qui apaise les tensions en écrivant sur sa page Facebook que si les révélations de Snowden sont exactes, alors celui-ci mérite le soutien de l'opposition russe, indépendamment de toute “l'agitation lancée autour de lui par nos autorités.”

Snowden profite donc de la "bienveillance" du président, alors que dans une situation analogue, on imagine aisément que des espions russes "retournés" qui auraient trouvé refuge aux Etats-Unis, ne pourraient trouver le sommeil sans craindre de voir surgir un bras armé par l’ancien agent du KGB.

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Portrait de Jeanne
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Franchement quelle idée d'aller dans la Russie de Poutine!



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