Si vous aviez le pouvoir, que changeriez-vous ? La réponse des femmes russes

Un monde au féminin serait-il meilleur ? A quoi ressemblerait la société si les femmes se voyaient confier la gouvernance du monde ? Muriel de Saint Sauveur a enquêté auprès d’une centaine de femmes de 32 pays différents, dont la Russie.

russie-femme-societe-muriel de saint sauveur-livre-famille-education-parite
Muriel de Saint Sauveur

Muriel de Saint Sauveur est directrice marketing et communication de Mazars Groupe et directrice de la diversité. Son livre Un monde au féminin serait-il meilleur? est publié aux éditions Archipel.

Aujourd’hui la Russie:Pourquoi avez-vous eu envie de travailler sur cette question ?

Muriel de Saint Sauveur : Chez Mazars, où je travaille depuis 20 ans, je parcours le monde pour m’occuper de communication et de marketing. J’ai vu et constaté, - même si ce sont des choses parfaitement connues -, qu’il y a encore de nombreux pays du monde où les femmes sont discriminées simplement parce qu’elles sont femmes.

Par ailleurs, chez Mazars où nous recrutons à pourcentage pratiquement égal des hommes et des femmes, nous constatons que lorsque nous arrivons aux niveaux plus élevés, il n’y a plus que 14% de femmes. J’ai voulu comprendre pourquoi.

J’ai donc décidé de travailler sur le sujet et de fil en aiguille, j’ai eu envie d’interroger les femmes du monde en leur demandant ce qu’elles changeraient si elles avaient le pouvoir.

Russie Info: Alors, si les femmes russes avaient le pouvoir, quelles seraient leurs priorités ?

M. de Saint Sauveur : A cette question, elles apportent une réponse commune à toutes les femmes du monde, qu’elles soient d’un pays riche et développé ou d’un pays émergent : il s’agit de l’éducation.
Les femmes voient sur le long terme et partent du principe que c’est pendant la petite enfance que l’on peut apprendre aux enfants les sujets essentiels : les différences, l’altérité, comment vivre ensemble, les différentes religions, l’autre sexe… Or actuellement, on leur apprend surtout à avoir des diplômes de grandes écoles.

Mais celles qui vivent dans des pays émergents pensent aussi que lorsque vous éduquez une petite fille, vous éduquez toute une famille parce qu’elle réintègre au sein de leur famille ce qu’elle a appris.

Après l’éducation, les femmes russes mettent la priorité sur tout ce qui concerne le bien-être, les soins à l’être humain, la protection sociale, la santé, la vieillesse, parce qu’elles constatent que dans leur pays cela n’est absolument pas une préoccupation.
Ces sujets n’intéressent pas les hommes russes qui se concentrent sur les armes, la guerre, le pouvoir, à la rigueur l’informatique, mais en aucun cas sur ce qui touche les sciences humaines.

J’ai reçu, par exemple, le témoignage d’Irina Prokhorova (sœur de l’oligarque Mikhaïl Prokhorov). Elle est très dure avec la gente masculine puisqu’elle dit que ce sont les femmes qui civiliseront le monde car les hommes ne sont pas assez évolués, ils sont trop durs, trop bruts.

Russie Info : Quels sont les sujets qui fâchent et qu’elles voudraient changer ?

M. de Saint Sauveur : Il n’y a pas eu de multiples réponses. Si on écarte le sujet de l’éducation qui a été extrêmement abordé en Russie, puis celui de la santé, on se rend compte qu’elles n’ont pas d’idées révolutionnaires mais que les priorités des femmes ne sont en rien identiques à celles des hommes. C’est un constat.

Etonnamment, les femmes russes n’ont pas développé le sujet de la paix et le fait que les hommes fassent la guerre de par le monde, contrairement aux femmes d’Afrique. En revanche, elles sont très virulentes, voire violentes, en ce qui concerne l’équilibre dans la famille.
Dans ce contexte, les relations hommes-femmes sont tendues car elles disent que l’homme russe ne fait rien à la maison et qu’elles sont toujours dans la situation de tout gérer : leur travail, leur foyer, leurs enfants...
Aujourd’hui cela devient un problème et on sent qu’elles en ont marre de tout faire, même si en fonction de leurs moyens, certaines peuvent se payer une aide à la maison.

Russie Info : Est ce qu’il s’agit d’une prise de conscience collective ?

M. de Saint Sauveur : Quelles que soient les générations, il semble que les femmes russes aient pris conscience qu’il y a un véritable débat à avoir sur la place de la femme en Russie. Elles se rendent compte que l’égalité homme-femme est un vrai thème qui devrait être abordé dans leur société.

Cette prise de conscience se manifeste sous la forme : « ce n’est pas normal donc il faut le dire ». Aujourd’hui, elles sont convaincues qu’elles peuvent prendre la parole sur ces thèmes, alors qu’auparavant on avait l’impression qu’elles considéraient que cela ne servait à rien.

Russie Info : Quels sont les grands clivages entre les femmes russes et françaises ?

M. de Saint Sauveur : La grande différence est située au niveau de l’organisation sociale et tout ce qui aide la femme à être bien soignée, à organiser son travail, à avoir des baby-sitters pour ses enfants…

Les Russes disent à l’unanimité que leur vie est excessivement dure et que le gouvernement ne s’intéresse absolument pas à leur quotidien.
D’après elle, la Russie est le pays le moins organisé sur le plan social, c’est pourquoi elles envient l’organisation que nous pouvons avoir en France. Elles considèrent la protection sociale comme juste et regrettent que les hommes politiques russes ne soient pas concernés par cela.

Le livre de Muriel de Saint Sauveur sortira en russe à la rentrée 2012.

0


0
Login or register to post comments