Santé : les problèmes d’obésité gagnent la Russie

La Russie, qui semblait jusqu’alors protégée des problèmes de surpoids, affiche depuis 2006 des chiffres inquiétants proches de ceux des Etats-Unis. Hugo Blanc, nutritionniste et coach santé, nous expose les différentes mesures de lutte prises par la Fédération de Russie.

Si le surpoids et l’obésité ont pour épicentre les pays aux modèles politiques et économiques très libéraux avec les États-Unis à leur tête, ces maladies s’exportent néanmoins très rapidement. Alors qu’un infime recul de ces questions de santé publiques est enregistré dans les pays occidentaux depuis 2006, il coïncide avec la pandémie qui touche des contrées autrefois protégées.

La Russie qui semblait, un temps, moins touchée, enregistre depuis peu une progression vertigineuse de sa population affectée. L’alarmisme qui accompagne les chiffres et projections du surpoids et de l’obésité en Fédération de Russie a tôt fait de sonner la mobilisation des acteurs politiques; celle-ci s’est traduite dans les faits par l’élaboration de plusieurs programmes d’envergure.

Le surpoids et l’obésité en chiffres en Russie

Les chiffres les plus récents et aussi les plus sûrs sont fournis par le gouvernement fédéral russe. En début du mois de mai, le Ministère de la Santé communiquait en effet une hausse d’environ 50% (45,5% pour être précis) des cas d’obésité en Russie entre 2011 et 2016. Le spécialiste Sergey Boytsov des préventions au ministère a déclaré que ces résultats d’étude épidémiologique n’étaient pas entièrement dépouillés et qu’ils apporteraient certainement un peu plus de lumière dans le mécanisme de prévalence en Russie.

S’agissant des années d’avant cette étude, on estimait qu’en 2010, un adulte de plus de 30 ans sur deux était en surpoids en Russie alors que 23% étaient déclarées obèses contre 19% une dizaine d’années plus tôt d’après l'Institut de recherche sur l'alimentation de l'Académie de médecine de Russie (AMR).

Ces chiffres sont corroborés par une autre étude portant sur 195 pays et compilant des données de plus de 25 ans et dont les résultats font état de ce que l’obésité aurait doublé dans 70 ans desdits pays, dont la Russie.

Selon l’OMS, la Russie afficherait désormais 60% de personnes en surpoids et 20% d’obèses.

Si les chiffres du surpoids de la Russie sont proches de ceux des États-Unis, pays le plus touché au monde, elle fait mieux que nombre de pays de l’OCDE quant à la prévalence de l’obésité. Les États-Unis affichent en effet une proportion de plus de 65% de personne de plus de 20 ans en situation de surpoids et 30% des personnes de moins de 20 ans. Quant à l’obésité, plus de 32% des adultes américains sont obèses.

"Aucun pays n'a réussi à réduire son taux d'obésité au cours des trois dernières décennies, et nous nous attendons à ce qu'il augmente régulièrement dans les pays à faibles et à moyens revenus, sauf si des mesures urgentes sont prises pour enrayer cette crise de santé publique" a fait remarquer le Pr Christopher Murray qui commentait les résultats de cette étude.

Partout dans le monde une certaine impuissance des pouvoirs publics semble se dessiner devant une telle pandémie. La Fédération de Russie multiplie quant à elle les initiatives pour enrayer le mal.

Entre initiatives politiques et personnelles

L’étendue des dégâts sanitaires du surpoids et de l’obésité a tôt fait de convaincre les populations quant à l’adoption de nouvelles pratiques qui les garderaient en meilleure forme.

C’est du moins la substance de ce qui ressort du rapport du ministère de la Santé qui fait état d’une progression sur les 5 ans de son enquête épidémiologique de 34.2% des pratiques culturistes et du sport. Une tendance qui devrait être soutenue dans le temps vu que le gouvernement russe a décidé d’une dépense supplémentaire depuis 2016 et ce jusqu’en 2020 de 1.5 milliard d’euro alloué à la construction d’aires communautaires de jeux et sport, plus proches des populations.

Le ministère a rappelé dans sa communication que c’est la coordination de bonnes pratiques alimentaires et d’activités physiques qui devraient offrir les meilleurs résultats.

Les autorités russes ont tenu compte des liens qu’entretiennent les maladies non transmissibles (tabagisme, alcoolisme, obésité/surpoids...etc.) entrent-elles pour définir une stratégie d’action. La plupart de ces maladies sont le fait de bouleversements hormonaux qui peuvent être contenus avec la pratique du sport, voire enrayés.

Dans le cadre de la lutte contre ces maladies non transmissibles les politiques ont annoncé “le projet prioritaire passeport”, courant jusqu’en 2026, de formation sur des pratiques de vie saine et de prévention contre le surpoids et l’obésité.

Concomitamment, la Russie a décidé de l’augmentation progressive du budget alloué au sport en partant d’une base de 0.3 du produit intérieur brut du pays en 2013 qui s’établissait à 4.9 milliards d’euros.

Ce nouveau programme pour le développement de la culture physique et du sport piloté par le ministère russe du Sport va concrètement consister en une série d’activités; il s’agira de l’organisation de “compétitions et des événements sportifs publics (avec des prix motivants, des médailles et des coupes sportives) plus fréquents et accessibles à tous les groupes d'âge”. Le gouvernement s’emploiera à organiser sur la période 2016-2020 du programme plus de championnats nationaux et internationaux, la modernisation des programmes sportifs d’études et une vulgarisation via les médias des bonnes pratiques. Un décret pris en 2014 encourage les pouvoirs publics à rechercher à travers des tests diverses catégories d’âges d’athlètes à honorer de médailles d’or, d’argent et de bronze.

Dans l’ensemble, avec l’avènement de la Perestroïka il y a une trentaine d’années, la Russie s’est laissée aller au surpoids, une des maladies caractéristiques d’un occident quelque peu indolent. Quoique tardive, une effective reprise en main des populations doublée d’un appui institutionnel face à ce fléau est observée.

0


0
Login or register to post comments