Saint-Pétersbourg, berceau du ballet russe

Dans l’esprit des Français, le ballet russe est principalement associé au Bolchoï de Moscou. Pourtant c’est à Saint-Pétersbourg que commence l’histoire du ballet russe.

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Mikhaïl Baryshnikov

Le Bolchoï de Moscou, ou le Grand théâtre, installé à deux pas du Kremlin, possède l’une des troupes les plus célèbres au monde. L’idée d’utiliser ce théâtre et sa troupe de ballet comme un étendard culturel aux yeux du reste du monde est récente puisque née à l’apogée de l’Union soviétique, et instillée par les dirigeants communistes, proche des lieux du pouvoir. Le ballet comme la conquête de l’espace, la première ballerine d’Urss Galina Oulanova (qui fut prima ballerina assoluta) et le cosmonaute Iouri Gagarine étaient les idéaux et les visages vénérés par les Soviétiques.

Mais la naissance du ballet russe a pourtant eu lieu à 600 km de là, à Saint-Pétersbourg, alors capitale de l’Empire russe.

C’est Pierre Ier, fondateur de Saint-Pétersbourg en 1703, qui imposera en Russie les danses européennes et les installera durablement dans l’étiquette de la cour. Désormais, la jeunesse noble doit obligatoirement apprendre à danser.

Élisabeth Ire et Catherine II poursuivront la tradition et un grand ballet réunissant les principaux aristocrates russes sera d’ailleurs donné à l’occasion du sacre de Catherine. Catherine II, ou la Grande Catherine, ordonnera, en 1783, la création du théâtre Bolchoï à Saint-Pétersbourg, qui s’installera d’abord dans le bâtiment devenu plus tard le Conservatoire de Saint-Pétersbourg, puis juste en face, en 1860, quand il prendra le nom Mariinsky en l’honneur de l’impératrice Maria Alexandrovna.

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Théâtre Mariinsky
19ème

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Théâtre Mariinsky
De nos jours

Paul Ier, lors de son règne, instaurera sa propre règle et interdira les danseurs hommes sur scène – leurs rôles seront alors interprétés par des femmes.
Nicolas Ier, grand amateur de danse, ne ratera pratiquement aucune présentation de ballet à Saint-Pétersbourg. Sous Alexandre III, le Mariinsky donnera deux ballets par semaine : les mercredis et les vendredis.

Le premier grand amour de Nicolas II fut Mathilde Kschessinska, prima ballerina assoluta du Mariinsky et propriétaire d’un très beau pavillon au style Art Nouveau à Saint-Pétersbourg (cette passion a d’ailleurs fait l’objet d’un film et d’un scandale en 2017).

Le Bolchoï de Moscou n’ouvrira ses portes qu’en 1825 et restera longtemps dans l’ombre du Mariinsky.

La France fait danser la Russie

Versant méconnu de l’histoire de la danse en Russie, l’essor du ballet russe fut, dès ses premiers pas, accompagné par les Français. La première école de danse ouvre ses portes à Saint-Pétersbourg en 1738.

Aujourd'hui la plus ancienne académie russe de ballet, l'école Vaganova, appelée alors sobrement "Ecole de ballet de Saint-Pétersbourg", fut créée et dirigée par le maître de ballet français Jean-Baptiste Landé.

Avec lui est née une véritable tradition car à sa suite Jean-Georges Noverre fut considéré comme le créateur du ballet moderne, Jean Bercher d'Auberval, créateur du ballet comique, Charles Didelot et Félicité Hullin-Sorde, danseurs de l’Opéra de Paris (la dernière est, par ailleurs, la première femme chorégraphe en Russie), Arthur Saint-Léon, créateur de Coppélia, ou encore Jules Perrot, maître de ballet immortalisé par Degas dans La Classe de danse, passeront tous par la Russie.

La collaboration franco-russe dans l’art du ballet atteint sans doute son apogée à la fin du 19ème siècle quand Piotr Tchaïkovski et Marius Petipa signeront une alliance aussi fertile que retentissante. On leur doit La Belle au bois dormant, Casse-Noisette et Le Lac des cygnes.

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Casse-Noisette
Petipa et Tchaïkovski sont inhumés côte à côte à la nécropole des Maîtres des arts

La Russie, et particulièrement sa capitale Saint-Pétersbourg, sont une terre de prédilection pour les artistes du ballet français – l’art est prisé par la famille impériale et la haute société qui créent leurs propres troupes, théâtres et écoles de danse et y consacrent un budget conséquent leur permettant d'inviter des spécialistes français renommés.

Petipa vivra en Russie dès l’âge de 29 ans et jusqu’à sa mort. Marius Petipa et Piotr Ilitch Tchaïkovski sont inhumés côte à côte à la nécropole des Maîtres des arts de la laure de la Sainte-Trinité-Alexandre-Nevski à Saint-Pétersbourg.

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Marius Petipa danseur, maître de ballet et chorégraphe
il vécut en Russie de l'âge de 29 ans jusqu'à sa mort à l'âge de 92 ans

La collaboration franco-russe connaîtra d’ailleurs un retournement, puisque c’est à Paris que Serge de Diaghilev présentera la première de ses célèbres Ballets russes, compagnie de ballet composée des plus grandes étoiles du Mariinsky.

Les danseurs soviétiques "vitrine" de l’URSS

Le changement du régime politique en Russie après la révolution ne signera paradoxalement pas l'arrêt de mort du ballet, malgré son association nette avec le pouvoir impérial.

Deux écoles de ballet distinctes se forment à Saint-Pétersbourg et à Moscou pour conquérir le monde, alors que les dirigeants du parti chercheront par tous les moyens de présenter le ballet soviétique comme leur carte de visite – les artistes soviétiques passaient la moitié de l'année en tournées à l'étranger.

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Baryshnikov
étoile du Mariinsky qui a fui l'URSS

L’histoire se répétera ironiquement dans le nouveau pays socialiste, puisque, comme les danseurs de Diaghilev, plusieurs étoiles du Mariisnky ne rentreront jamais en URSS après leurs tournées – ce fut notamment le cas de Rudolf Noureev et Mikhaïl Baryshnikov. C’est également près de Paris, à Sainte-Geneviève-des-Bois, que repose Rudolf Noureev.

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La tombe de Rudolf Noureev près de Paris
recouvert d'un kilim en mosaïque, couverture qu'affectionnait le danseur et qui rappelle ses origines puisque Noureev est né dans la partie orientale de la Russie, à Oufa en république de Bachkirie.

Aujourd’hui, le ballet classique russe conserve le même niveau d’exigence artistique et jouit d’une grande renommée mondiale. Il est, à ce jour, l'un des plus beaux visages de Saint-Pétersbourg que l'on peut voir sur de nombreuses scènes, celles du Mariinsky et du théâtre Mikhaïlovsky en premier chef..

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