Russie: Vladimir Spivakov, chef d’orchestre et chef de collection

A Colmar s'est terminé le festival international de musique dirigé depuis 1989 par le chef d’orchestre russe, Vladimir Spivakov. C’est aussi dans cette ville qu’il a commencé une riche collection d’art exposée actuellement au tout nouveau musée de l’impressionnisme russe à Moscou.

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Photo Elena Chagaeva

Violoniste reconnu, chef d’orchestre, président de concours européens de violon, chevalier de la Légion d'honneur et officier de l’Ordre des Arts et des Lettres, Vladimir Spivakov est presque inconnu en tant collectionneur.

Il a pourtant constitué depuis 1989 une éclectique collection d’œuvres d’art exposée aujourd’hui à Moscou.

Par son domaine professionnel, on pourrait s’attendre à une approche classique chronologique mais le maestro n’a pas pris en compte les limites traditionnelles. Seule la consonance émotionnelle a dirigé son choix, c’est pourquoi l’exposition de Moscou s’appelle "Les passions".

Si Vladimir Spivakov a débuté sa collection par la peinture sur verre inversée d’origine française, c’est l’art russe moderne qui l’attire surtout: de Benois et des artistes de l’avant-garde jusqu’aux non-conformistes soviétiques et les peintres contemporains.

La commissaire de l’exposition, Anastassia Vinokourova, présente l’exposition "Les passions".

Russie Info : Expliquez-nous les origines françaises de la collection

Anastassia Vinokourova : Pendant son premier festival à Colmar, en 1989, Vladimir Spivakov a repéré, dans une boutique d'antiquités, une image sous verre représentant "La Cène" (les sujets d’Evangile sont typiques pour ce genre de peinture). Spivakov l’a achetée et a ensuite commencé une collection. Le maestro a ainsi rassemblé presque tout le Nouveau Testament à travers des œuvres d’origine française et allemande. En Russie, c’est l’unique collection de peinture sur verre inversée occidentale du XIXe.

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Source
artchive.ru

Russie Info : Comment est organisée l’exposition ?

Anastassia Vinokourova : C’est la partie dédiée au théâtre qui ouvre l’exposition. Car Vladimir Spivakov s’intéresse particulièrement au lien entre le théâtre et la musique. L’exposition commence par le portrait de l’artiste Maria Korpilovsky, réalisé par son mari Boris Chaliapine, fils du célèbre chanteur d'opéra et peintre connu.
En 1925, ce dernier s’est installé aux Etats-Unis pour travailler au magazine Time pour lequel il a réalisé plus de 400 couvertures. Boris Chaliapine a initié le style du magazine et contribué à la formation de la culture visuelle americaine.

Cette partie de l’exposition montre le développement du théâtre russe et soviétique du début de XXe. Le visiteur peut y voir les esquisses du décor et des costumes dessinés par Alexandre Benois et les peintres de Mir iskousstva, par Korovin et les peintres cubofuturistes. Entre autre il y a une esquisse des années 20 realisée par Alexandra Exter pour le "Camarade Khlestakov", spectacle associé à la comédie de Gogol sur la corruption dans la réalité soviétique des années 20. La mise en scène s'est avérée trop révolutionnaire et le théâtre fut fermé.

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Photo
Elena Chagaeva

Russie Info : Toute l’exposition a-t-elle un lien avec la musique ?

Anastassia Vinokourova : La musique est présente dans la partie "La Femme danse" présentant les oeuvres de Sergueï Vinogradov, Viktor Vasnetsov, Boris Joutovski ou encore Stepan Doudnik.
La partie "Une ville provinciale" n’est en revanche pas liée à la musique comme aussi les œuvres de Vladimir Nemoukhin et Mikhail Shteinberg, artistes de la deuxième avant-garde russe (années 50). Ils sont les héritiers de Malevitch mais aussi de la peinture d'icônes russe, surtout Shteinberg. C’est en lien avec le thème religieux, central dans la dernière partie de l’exposition, où figurent notamment la peinture sur verre inversée du XIXe ainsi que les œuvres des peintres contemporains.
Dans cette partie, on peut cependant retrouver l’écho musical : la composition "Interpénétration" d’Alexander Grigoriev que Spivakov nomme "La musique des sphères" et compare à la musique minimaliste d’Arvo Pärt, un compositeur estonien.

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Photo
Elena Chagaeva

Russie Info : Quelle est la pièce la plus récente de la collection ?

Anastassia Vinokourova : Probablement "Les anges faisant la musique" d’Yegor Ostrov. Cet artiste reunit l’art optique et l’abstraction géométrique : de loin, ses peintures sont tridimensionnelles mais à proximité, elles se divisent en lignes d’épaisseur variable. Il est intéressant qu’au XVIIe, Claude Mellan, artiste français, a gravé l’image du Christ par une seule ligne spirale avec des épaississements et des amincissements. Au XIXème siècle, un auteur russe inconnu en a fait une copie qui se trouve à Serguiev Possad. Yegor Ostrov présente plus ou moins une technique semblable.

Russie Info : Comment le collectionneur a-t-il trouvé ces œuvres ?

Anastassia Vinokourova : Il nous a raconté quelques histoires. C’est dans un marché aux puces de Fayence dans le Var qu’il a trouvé une œuvre d’Alexander Serebriakov, fils de Zinaïda Serebriakova.

Les créations de Pavel Tchelitchev ont été pour leur part retrouvées aux Etats-Unis. En 1977, Vladimir Spivakov se produisait à New York au Carnegie Hall lorsqu’un homme lui a lancé une bombe de peinture rouge en protestation contre l’URSS. Spivakov a continué de jouer et après la représentation, il a découvert, dans le Russian Tea Room, les esquisses de Tchelitchev, notamment "La dame au tambourin". Quelques années plus tard, il les retrouve dans une galerie new-yorkaise. Le propriétaire, après que Vladimir Spivakov a raconté l’histoire du Carnegie Hall, lui a alors offert ces esquisses.

Russie Info: Quel est le rapport de la collection de Spivakov avec l’impressionnisme?

Anastassia Vinokourova : C’est le principe fondamental de cette collection qui fait le lien: Vladimir Spivakov a été guidé uniquement par l’impression, en restant très libre dans ses choix. Avant l’ouverture de l'exposition, il nous confiait que ces oeuvres lui parlaient émotionnellement et qu’il lui serait difficile de répéter sans les voir autour de lui. C’est pour cela que cette exposition ne durera que jusqu’au 24 septembre. Ensuite, nous devrons lui rendre entièrement sa source d’inspiration.

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Photo
Elena Chagaeva

L’exposition est ouverte jusqu’à 24 septembre dans le Musée de l’impressionnisme russe à Moscou.
Le site web du musée : http://www.rusimp.su/en/about

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