Russie: une croissance économique limitée

Après quatre ans de crise économique, la Russie confirme une deuxième année de croissance du PIB en 2018. Une croissance cependant toujours limitée par les mêmes problèmes structurels. Éléments d’analyse de la Maison des Entrepreneurs Français à Moscou.

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Photo : M.Demidoff

La croissance en Russie, tirée par la remontée du cours du pétrole

Après 2 ans de récession en 2015 et 2016, la Russie avait renoué avec la croissance en 2017 (1,5%). Cette sortie de récession se confirme pour 2018 avec une croissance estimée à 1,7% par le FMI et le ministère russe des finances. Un taux qui reste relativement bas pour un pays du groupe des BRICS, surtout en sortie de crise.

Cette croissance du PIB est tirée vers le haut par la remontée du cours du pétrole. Après un plus bas historique atteint en 2016 (35 dollars le baril de Brent) sur fond de baisse de la demande mondiale, de retour de l’Iran sur le marché et d’incapacité des pays de l’OPEP à s’entendre pour limiter la production, le cours est reparti à la hausse et atteint aujourd’hui environ 80$ le baril. La santé de l’économie russe reste très largement corrélée à ce cours : c’est d’ailleurs une source grave d’instabilité, tant ce dernier dépend des soubresauts géopolitiques internationaux.

L’inflation, après un pic à près de 17% en 2015, est maintenant strictement contrôlée par la Banque Centrale russe et se maintient à un taux de 3,1%.
Une surchauffe toutefois est attendue pour la fin 2018 et en 2019 avec notamment le relèvement de la TVA de 18 à 20% au 1er janvier 2019.

Enfin, la chute vertigineuse du rouble depuis 2014 donne un fort avantage compétitif aux produits fabriqués en Russie.

Le potentiel de croissance demeure handicapé par des problèmes structurels

L’économie russe reste toutefois handicapée par une conjonction de problèmes structurels limitant considérablement son potentiel de croissance: l’appauvrissement de sa population, d’une part, avec 13% de la population russe (20 millions de personnes) vivant sous le seuil de pauvreté ; mais aussi des investissements en berne depuis 2016. Trop peu d’investissements dans l’appareil industriel empêchent sa rénovation et sa modernisation, limitant les gains de productivité, et donc la croissance potentielle dans les années à venir.

La croissance est aussi limitée par l’état du marché du travail russe. Le chômage est très bas (moins de 5%) et continue de baisser, et le vieillissement de la population commence à se faire ressentir. Conjugués, ces deux facteurs vont rendre de plus en plus difficile pour les entreprises de trouver du personnel qualifié, c’est d’ailleurs l’une des raisons de la réforme des retraites, avec le très impopulaire relèvement de l’âge de départ de 55 à 62 ans pour les femmes et de 60 à 65 ans pour les hommes.

Enfin, l’accès au crédit demeure difficile aux entreprises, alors que le crédit à la consommation a explosé, conséquence de la forte inflation de ces dernières années. Résultat : près de 15% des prêts détenus par les banques russes sont douteux. Des chiffres qui pourraient être encore plus élevés, compte tenu du fait que beaucoup de banques trichent sur leur rentabilité pour éviter la fermeture par un gouvernement russe très soucieux d’assainir le secteur bancaire, avec des purges importantes qui ont vu le nombre de banques en Russie passer de 900 à 500 en trois ans.

Toutes ces limitations, récurrentes, rendent peu probable une croissance supérieure à 2% dans les années à venir, même dans l’hypothèse d’une amélioration de la conjoncture internationale. Débloquer le potentiel de croissance russe nécessiterait une réforme profonde de l’économie et surtout du système russe de gouvernance.

Des plans de relance peu crédibles

La réaction des autorités russes n’en prend pas la direction. Les "ordres exécutifs" donnés par le président Poutine au mois de mai censés donner le cap à la Russie, sont irréalistes et relèvent plus de la communication politique que d’une véritable politique de relance économique. En particulier, l’objectif fixé au gouvernement russe de "devenir la 5ème économie mondiale avant 2024" supposerait une croissance annuelle d’au moins 3,5%, un chiffre deux fois supérieur aux performances actuelles de l’économie russe, et même largement supérieur à sa croissance potentielle.

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