Russie : un mariage (le plus cher du monde) crée le malaise

Un mariage au budget faramineux, célébré à Moscou, pose la question du mariage des riches comme symbole des inégalités sociales en Russie.

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Photos Compte Instagram de @weddingworldnl

L’oligarque Mikhail Goutseriev, originaire d'Ingouchie, qui a fait fortune dans le pétrole et a fondé la compagnie russe Roussneft, a marié son fils de 28 ans avec une étudiante en chirurgie dentaire, samedi 26 mars. En Russie, l’événement a défrayé la chronique et choqué l’opinion publique car la réception aurait coûté 1 milliard de dollars.

La robe de la fiancée signée Elie Saab, sa couronne à 1 million de dollars, la chanteuse Jennifer Lopez qui a chanté pendant la soirée pour 1 million d’euro, sans compter les concerts privés d’Enrique Iglesias, de Sting, et de la grande chanteuse russe Alla Pougacheva venue pour 300 milles roubles… La société russe est abasourdie par ces sommes astronomiques alors que le pays est plongé dans un climat de grave crise économique.

A quoi ça sert ?

Pour la psychologue Olga Makhovskaya, "les traditions sont une bonne chose, et qu’une famille aisée fasse le choix d’un mariage traditionnel avec de beaux rituels, est plutôt bien".
Aujourd’hui, beaucoup de jeunes refusent de célébrer leur mariage et se contentent d’une soirée entre amis, alors que l’élite, elle, montre son attachement aux traditions.

Du point de vue psychologique, le mariage est en plus l’un des plus grands événements célébrés dans la vie de l’homme.

"On comprend ainsi l’envie de certaines personnes d’en faire un moment remarquable et inoubliable, et d’inviter à cette fête les stars les plus connues, pour faire le plus beau cadeau aux jeunes mariés. Les maîtres de la cérémonie en ont le droit, mais il y a toujours un mais… ", prévient la psychologue Olga Makhovskaya.

"Les dépenses hors normes pour les mariages dépriment terriblement les gens, parce qu’elles illustrent le grand écart entre les revenus des personnes, et sont perçues comme le symbole des inégalités sociales en Russie".

Les codes de "bons comportements"

Le mariage luxueux d’une personne riche a ses propres critères, mais derrière cette fête, il faut que l’opinion publique puisse percevoir les codes de bon comportement d’une personne aisée, et non pas ce qui est choquant et superficiel.

L’acteur russe, Leonid Yarmolnik, a réagi sur ce sujet dans le journal russe Rossiskaya Gazeta. Il affirme qu’en effet, être riche ne réside pas seulement dans la possession de grosses sommes d’argent, mais aussi dans la façon de les dépenser.
Ainsi, les personnes les plus riches ne doivent pas montrer leur propre richesse, mais celle de leur pays, en participant à des projets nationaux, que ce soit dans le sport, l’art, la rénovation du patrimoine. Or, pour Leonid Yarmolnik, les grosses fortunes utilisent davantage leur argent pour montrer leur puissance financière et étaler leur mauvais goût.

L’acteur ajoute qu’en plus "aujourd’hui, il est déplacé de parler des grandes richesses, quand les prix augmentent et que le niveau de vie de la classe moyenne et des plus pauvres ne cesse de chuter."

"Je ne me suis jamais considéré comme riche ou pauvre, mais j’ai toujours eu suffisamment d’argent », souligne l’acteur. « Je ne montre pas de fausse modestie, j’ai un Mercedes, mais j’ai beaucoup travaillé pour l’avoir et je l’ai eu à 45 ans. Je sens aussi que si je peux aider quelqu’un, je le fais. C’est mon éducation, ce sont mes parents, mes professeurs et mes amis qui me l’ont appris."
Il admet tout de même connaître des gens plus riches que lui qui règlent des problèmes « sérieux » que le gouvernement n’arrive pas à résoudre faute de temps.

Un peu de tact

Pour la psychologue Olga Makhovskaya, la plupart des actions de charité sont au contraire imposées aux riches par les autorités. Mais elle rejoint Leonid Yarmolnik avec l’idée qu’une redistribution caritative de la richesse est nécessaire pour apaiser, en quelque sorte, l’opinion publique.

"En Russie, la notion américaine du politiquement correct n’existe pas, mais il nous faut avoir plus de tact, un mot presque oublié", souligne la psychologue.

L’experte développe qu’à côté de ce mariage, il aurait fallu faire une action de charité de même ampleur, ainsi, l’opinion publique aurait été moins sévère. Or ce mariage était une fête fermée, et pas seulement à cause de la sécurité, mais parce qu’elle démontre le verrouillage de la classe la plus aisée de Russie.

Olga Makhovskaya insiste donc sur la notion de tact social que les oligarques doivent adopter, ainsi que tout le reste de la société, "car tout le monde veut avoir l’impression d’un pays uni, et non d’un pays insensible."

Selon elle, la richesse doit être partagée parce qu’elle est passagère, et surtout "parce que le pays est plongé dans la crise, avec un horizon réduit pour les gens".

Avec Rossiskaya gazeta

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