Russie: Telegram harcelé par le FSB

Après les menaces de fermeture, l’application de messagerie Telegram a cédé en partie aux demandes de l’agence de supervision des communications en acceptant de s'inscrire à leur registre, mais refuse toujours de livrer les communications à l'État russe.

Le 23 juin dernier le Roskomnadzor, (le Service fédéral de supervision des communications, des technologies de l'information et des médias de masse), a informé l’application de messagerie Telegram qu’elle serait bloquée si elle refusait de revoir ses pratiques dans les plus brefs délais pour remplir ses obligations vis-à-vis de la loi russe.

La façon dont l’entreprise conserve les messages de ses utilisateurs et dont elle transmet ses codages cryptés aux services de renseignements constituent aujourd’hui les deux principaux points de discordent entre Telegram et les autorités. Jusqu’à présent le fondateur de la messagerie, Pavel Durov, a toujours refusé de satisfaire les demandes des autorités.

A l’origine de la polémique sur le différend entre Pavel Durov et le Roskomnadzor : trois reportages diffusés sur les principales chaînes russes.

Le site Meduza revient rapidement sur ce qui a été montré aux téléspectateurs.

Telegram, la dangereuse

Dans un reportage de Vesti Nedeli, sur la chaîne Rossia 1, le présentateur Dimitrij Kisselev présente Telegram comme "une messagerie qui sert de plus en plus d’outil de communication aux terroristes".

Le sujet faisait état de l’utilisation de la messagerie, à plusieurs reprises, pour des recrutements pour le compte de l’EI et pour la préparation d’attentats. Exemple à l’appui du présentateur : deux minutes avant l’explosion du métro de Saint Pétersbourg en avril 2017, le kamikaze avait reçu un message de sa hiérarchie sur Telegram.

Les messageries les plus sécurisées ont recours à des codes complexes, dont les messages s’autodétruisent passé un certain temps. Les serveurs de Telegram sont par ailleurs localisés dans 5 pays différents.

Les services de renseignements russes souhaitent non seulement que Telegram se charge de la suppression des comptes des terroristes, mais aussi que l’entreprise tienne à leur disposition les messages échangés par lesdits terroristes. L’ancien directeur adjoint au Ministère des Telecom et des Communications de masse de la Fédération de Russie argue qu’aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne les autorités contrôlent tous les messages échangés.

Pour finir, le reportage expliquait que les narcotrafiquants et les criminels nationaux utilisent également la messagerie. Ainsi, Telegram est un danger aux mains des terroristes et des narcotrafiquants.

Une proximité suspecte

Edward Snowden a expliqué depuis longtemps la façon dont les services de renseignements occidentaux surveillent l’ensemble des citoyens, notamment en lisant leur correspondance. A la différence de ses collègues occidentaux, la Russie ne souhaite pas espionner et tromper ses citoyens, au contraire, elle préfère agir en toute transparence, comme le prévoit la loi, explique le second reportage sur NTV.

"Pavel Durov est un anarchiste !" Le reportage de Itogi Nedeli sur NTV montre au téléspectateur les mêmes arrestations des mêmes terroristes que celles montrées à l’antenne de Vesti Nedeli. Des messageries semblables à Telegram ont été utilisées en Egypte en 2011 au moment de la révolution et la messagerie elle-même a été utilisée au cours d’attentats en Europe.

Alors que le commentateur précise les principes d’encodage, les auteurs du sujet montrent les icônes de Whatsapp et Viber mais à aucun moment ces noms ne sont mentionnés, seul Telgram est visé. Pavel Durov déclare avoir déjà bloqué 5000 comptes terroristes "mais que ce chiffre, si impressionnant soit-il, ne suffit à rassurer les autorités". Et de rappeler que la messagerie permet - aussi - le commerce de drogues.

Le sujet d’Itogi Nedeli

Pavel Durov accorderait donc plus de prix à la protection de la vie privée qu’à la menace terroriste. Alexandre Jarov, le chef de Roskomnadzor, rappelle que les jours sont comptés avant le blocage de la messagerie.

"Les autres systèmes" ont déjà annoncé qu’ils étaient prêts à collaborer a t-il affirmé (bien qu’aucune messagerie et aucune déclaration ne soient citées).
Et conclut le plus sérieusement du monde que même "les députés ont l’interdiction de décrocher leur téléphone pour un rendez-vous avec le chef du FSB, voilà où en est arrivée la technologie".

Aujourd’hui, Telegram a cédé partiellement aux demandes de Roskomnadzor, mais refuse toujours de livrer les communications à l'État russe.

Pour rappel, depuis novembre dernier, le réseau social professionnel LinkedIn est bloqué car les fondateurs ont refusé de respecter les lois russes sur l'hébergement des données personnelles des ressortissants de la Fédération de Russie.

La plateforme de vidéos en ligne Dailymotion a également été fermée en janvier dernier, cette fois pour des raisons de droits d’auteurs.

Source traduite : Meduza

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