Russie : premiers cas d'obésité chez les peuples nomades

Les changements subtils dans le mode de vie traditionnel des groupes ethniques indigènes dans la région de Yamalo-Nenets font apparaître une malédiction moderne : l’obésité.

Jusqu'à présent, les peuples de l'Arctique n’ont jamais souffert de problème d’obésité, mais les scientifiques indiquent qu'il y a aujourd’hui un changement marquant qui ne s’était jamais produit auparavant, lié au déclin de la consommation de venaison et de poissons de rivière ainsi qu’à la réduction des distances parcourues sur les routes des pâturages, explique le Siberian Times.

"C'est un problème moderne absurde", indique Alexey Titovsky, directeur régional de la science et de l'innovation, qui déclare qu’actuellement, une prédisposition à l'obésité a été remarquée chez les petits peuples autochtones du nord.

Les nouilles remplacent l’alimentation traditionnelle

Ce problème est lié à la réduction de moitié de la consommation de venaison et de poissons frais de rivière, explique Alexey Titovsky. "Au cours des dernières années, le régime alimentaire a considérablement changé et les personnes vivant dans la toundra ont commencé à manger des produits traités chimiquement."

Selon le chercheur Andrey Lobanov, les éleveurs nomades achètent souvent des nouilles instantanées dans les villages sur les routes des pâturages, ce qui a entraîné des "changements radicaux dans les rations alimentaires des habitants de la toundra".

"Ces aliments sont faciles à transporter, faciles à cuisiner", a t-il expliqué, ajoutant que les groupes nomades des groupes ethniques Nenets et Khanty aiment en plus ajouter du sucre, de la pâtisserie, des pâtes et du pain à leur alimentation.

"Le problème est que les hydrates de carbone ne contiennent pas les micro éléments nécessaires qui aident à survivre dans les conditions arctiques", souligne le chercheur. "L'alimentation saisonnière a également changé car les périodes où ils ne mangent pas de nourriture traditionnelle, qu’ils remplacent par des glucides, sont devenues plus longues".

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Des nomades de plus en plus sédentaires

Une autre raison à cette obésité récente chez les nomades est la réduction de moitié des distances parcourues par les éleveurs avec leurs rennes au cours des vingt-cinq dernières années. Les routes sont également plus circulaires autour des colonies et des installations pétrolières et de gaz, dont la péninsule de Yamal a de vastes réserves.

"En 2014, la plupart des familles ont obtenu leurs revenus de la vente de gibier et de poisson", indique le chercheur Andrey Lobanov. "Mais actuellement, le revenu principal provient de la vente de bois de rennes. Le taux de change ayant changé, la demande a augmenté dans le sud-est du pays et la rentabilité de l'industrie des bois a réellement augmenté."

En conséquence, la "logistique" et la base économique de l'élevage nomade a changé.

"Vous avez plus de chance de vendre des bois à bon prix s’ils sont fraîchement coupés", souligne Lobanov. "Ainsi les familles doivent se rapprocher d'un établissement, d'une route ou d'un poste de traite pour livrer les bois à une installation de séchage ou de congélation le plus tôt possible."

D’autres éléments purement économiques participent à cette "révolution silencieuse" qui contribue à l'arrivée de l'obésité dans l'Arctique. Les peuples nomades essaient désormais de se rapprocher des gisements de pétrole et de gaz, car ils peuvent y vendre du gibier toute l'année et pour un bon prix, explique Andrey Lobanov.

"Plus vous vous rapprochez d'un établissement, moins les produits sont chers, parce que l'essence coûte très cher dans cette région et impacte le prix des produits."

Il s'avère qu'il est très profitable désormais pour les peuples indigènes de rester plus près des colonies, où leur bien-être familial augmente fortement. Ils veulent utiliser les avantages de la civilisation : aller aux magasins, avoir une bonne connexion mobile, résoudre rapidement quelques problèmes avec les responsables.

Des itinéraires raccourcis

Ainsi, selon le chercheur, ces éleveurs d'été n'effectuent même plus la moitié de leur itinéraire habituel. "Les changements d'itinéraires sont aussi responsables de l’altération du régime alimentaire". Andrey Lobano souligne qu’auparavant le poisson était toujours suffisant et constituait peut-être la plus grande partie du régime indigène. Mais comme ils ne transportaient pas de gros stocks de nourriture, leur but était d’aller au bon endroit au bon moment. Et à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, les routes de pâturage étaient immenses.

"Les indigènes voyageraient du district de Tazovsky à Khanty-Mansiysk, à la foire annuelle, et même parfois à Tobolsk. Et leur itinéraire fonctionnait comme un mécanisme d'horlogerie."

Finalement le plus problématique, conclue Andrey Lobano, est que le manque de viande traditionnelle et de poisson dans l'alimentation est mauvais pour les populations autochtones de l'Arctique, parce que la nourriture traditionnelle est la meilleure pour affronter et s'adapter aux conditions difficiles de leur climat.

"Par exemple, pour éviter la gelure, il est bon de manger de la venaison. Si vous voulez augmenter la résistance au froid, il faut manger de la graisse de poisson. Si vous voulez prévenir l'hypertension et les maladies respiratoires, vous avez besoin de brochet, ou de la lotte."

Les Nenets, qui représentent une population d’environ 45.000 personnes, sont néanmoins ouverts et très intéressés par une alimentation équilibrée. Selon Andrey Lobano, ils sont conscients du problème et demandent des conseils.

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