Russie, l'incroyable retour dans le camp des alliés

Une semaine après les attentats de Paris, les relations diplomatiques entre la Russie et la France semblent prendre un tout autre virage. Dans le conflit contre Daesh, la Russie devient une pièce maîtresse sur l’échiquier international.

russe-russe-syrie-politique-diplomatie-hollande-obama-poutine-geopolitique-daesh
Photo Russie Info /MDemidoff

Il y a un an quasiment jour pour jour, au G20 en Australie, Vladimir Poutine était ignoré de l’ensemble de la communauté internationale et avait quitté le sommet de manière anticipée. Un an après, Poutine, l’envahisseur de la Crimée, l’ennemi numéro 1 dans la diplomatie occidentale, mène la cadence dans la résolution du conflit syrien et dans la guerre déclarée contre Daesh.

Hollande est attendu le 26 novembre à Moscou pour avancer dans la formation d’une coalition puissante en Syrie, et Barak Obama a eu dans le cadre du dernier G20 en Turquie un long entretien avec Poutine, sous les caméras du monde entier. Le président américain a déclaré à la suite de cette entrevue :

"La Russie a été un partenaire constructif à Vienne en essayant de créer une transition politique" en Syrie.

La Russie de retour au premier plan

Le revirement des pays occidentaux vis-à-vis de la Russie avait déjà commencé dès le discours de Vladimir Poutine à l’ONU, précédant l’intervention des forces russes en Syrie. La Russie soutenant Damas a alors pris de court les puissances occidentales, en affirmant une stratégie claire et en mettant au grand jour les faiblesses des opérations franco-américaines en cours.

Les tragiques attentats du 13 novembre à Paris, attaquant directement la France, ont relégué au second plan les divergences sur le sort de Bachar el Assad et imposé la nécessité d’une coalition forte contre Daesh. Et, depuis que les autorités russes ont reconnu il y a quelques jours que le crash de l’avion en Egypte était bel et bien un attentat, l'EI apparaît désormais comme l'ennemi commun, pour la France comme pour la Russie, dont il faut se défendre en s’alliant impérativement. La Russie se retrouve ainsi replacée au centre du jeu et au cœur de la résolution du conflit en Syrie.

Certains soulignent le bon timing dont bénéficierait la Russie, comme Vladimir Flolov, expert en relations internationales. Il a déclaré au journal The Moscow Times :

"Ce n’est pas que Poutine a dominé tout le monde mais les circonstances sont clairement en sa faveur aujourd’hui."

Certains médias russes soulignent aussi l’absence de l’OTAN dans ce revirement diplomatique : RIA Novosti titre ainsi Mais où est l'OTAN?" quand le journal Nezavissimaïa Gazeta estime que si Hollande vient à Moscou, c’est qu’il se détourne de l’OTAN.

La France et la Russie, ensemble "pour un avenir pacifique"

Pour Alexis Peshkov, Président du Comité de la Douma pour les relations internationales, les positions de la Russie et de la France sont maintenant très proches :

"Selon le degré de détermination, la France est maintenant plus proche de la Russie, plus que les États-Unis qui tiennent à leur ancienne position qu'une guerre réussie avec l’EI ne sera possible qu'avec le départ d’Assad. Espérons que Obama va changer son approche après sa rencontre avec Hollande la semaine prochaine "

Un rapprochement franco-russe réaffirmé par l’ambassadeur de France en Russie, Jean-Marie Riper, dans une tribune parue dans le journal Kommersant ce vendredi 20 novembre :

"Avec cette douleur partagée, les peuples français et russes devraient continuer à travailler ensemble pour donner un avenir pacifique et libre aux générations futures."

Scepticisme autour de la coalition

Certains experts français soulignent par ailleurs le manque de stratégie à long terme de la part de la France :

"On a fait du chemin depuis la guerre en Crimée et la polémique sur la vente des Mistral", a estimé ironiquement Jean-Vincent Brisset, général de brigade aérienne et directeur de recherche à l’IRIS, contacté par France 24.

Il déplore l'absence de consistance de la politique française. "On ne sait pas jusqu’où ça peut aller. On fait exactement l’inverse de ce qu’on a fait par le passé."

"En matière de renseignement ou de ravitaillement sur l’alliance contre Daesh, une coopération franco-russe peut être mise en place, même si nos objectifs politiques divergent. Mais aller plus loin dans le domaine de la coopération, ce sera politiquement difficile et techniquement compliqué", indique Jean-Vincent Brisset, expliquant, par exemple, que les matériels russes et français sont incompatibles ou encore que les soldats de Moscou ne parlent pas tous anglais.

Alexey Fenenko, professeur en relations internationales au MGU, dans une interview accordée au journal russe Nezavissimaïa Gazeta reste aussi sceptique quant au succès d’une telle coalition :

"L'expérience historique montre que les tentatives de coalition n’ont pas abouti… Je pense que cette formation d'une large coalition a, avant tout, un caractère déclaratif."

Le cas d’Assad

Car pour beaucoup, le sort de Bachar el Assad reste une épine dans la formation de la coalition. En effet, les récentes déclarations de Barack Obama à Manille semblent remettre cette question au premier plan :

"Il y a évidemment un piège, c’est que Moscou est toujours intéressé à ce qu’Assad reste au pouvoir", a t-il souligné, rappelant que la guerre civile ne pourra se résoudre avec Assad au pouvoir.

Un désaccord appuyé par le ministre des Affaires étrangères russe, Sergey Lavrov, dans une interview à Radio Russie.
"Assad représente les intérêts d'une partie importante de la société syrienne. Donc aucune solution pacifique ne pourra être trouvée sans sa participation," a déclaré jeudi le haut diplomate russe, souhaitant avant tout dissocier la question Assad de celle de l’EI.

Au delà des dissensions, ce revirement marque sans nul doute le retour de la Russie au premier plan.

"La prétention occidentale à tenir la Russie comme quantité négligeable n’a pas tenu la distance" a ainsi déclaré, non sans ironie, Hubert Védrine, dans une interview parue ce vendredi 20 novembre dans les Echos, qualifiant la Russie de partenaire "difficile, mais obligé".

0


0
Login or register to post comments