Russie: "les jeunes réalisateurs sont préoccupés par l’état du monde"

A Moscou, "Les Oscars des étudiants" de l’école de cinéma ont été remis sous la direction du président de la Fondation Alliance Française Jérôme Clément, qui a notamment dirigé en France le Centre national de la cinématographie et a fondé la chaîne de télévision Arte.

Le festival des écoles du cinéma est un des plus anciens événements internationaux existant en Russie. Organisé par l'Institut national de la cinématographie (VGIK), il réunit les futures cinéastes de tous les pays depuis 1961.

Les travaux des étudiants sont vus et discutés par un jury international qui, cette année, a été dirigé par Jérôme Clément, président de l'Alliance Française.

Rencontre avec Jérôme Clément, un passionné de culture et de médias, qui partage avec Russie Info ses impressions de l'évènement.

Russie Info : Est-ce la première fois que vous présidez ce festival ?

Jérôme Clément : Oui, j’ai visité le VGIK l’année dernière et on m’a proposé de présider ce festival ce que j’ai accepté d’emblée. C’est un grand honneur et c’est très intéressant parce que ce festival propose beaucoup de diversité dans les sujets traités. On a l’impression de faire un grand voyage à travers le monde, c’est très enrichissant.

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Russie Info : Est-ce que les jeunes cinéastes peuvent apprendre quelque chose aux maîtres ?

Jérôme Clément : Bien sûr, parce qu’ils ont un regard neuf, autant sur le choix des sujets, que dans la façon de réaliser.

Evidemment, il y a des films plus réussis que d’autres, mais on doit les accepter tels qu’ils sont. Dans l’ensemble, il y a beaucoup de fraîcheur, ils sont très spontanés.

Malheureusement si ces films ne sont pas montrés à la télévision, il y a peu de chance que le public les voit. Pourtant je suis convaincu que ces sujets peuvent intéresser les spectateurs, notamment ceux qui traitent de la vie quotidienne de leurs concitoyens, et même de celle des autres populations.

Russie Info : En tant que président du festival Premier Plan d’Angers, pourriez-vous comparer ces deux concours – le français et le russe ?

Jérôme Clément : Ils sont difficilement comparables. Le festival d’Angers concerne les premiers films européens et ne présente que des fictions, alors que le festival des écoles du cinéma en Russie ne présente que des courts-métrages, fiction ou documentaire. Mais les deux sont en effet des festivals de débutants.

Russie Info : Est-ce que les jeunes cinéastes choisissent des sujets très différents en fonction de leur pays ?

Jérôme Clément : Il y a un thème qui revient souvent, c’est celui des refugiés. Les cinéastes reviennent fréquemment aux grandes questions de société ; mais ils traitent aussi les sujets familiaux, plus intimistes, et les thématiques liées à la façon de vivre dans leur pays. Il y a dans tous ces films, une certaine angoisse. C’est perceptible : les jeunes réalisateurs sont préoccupés par l’état du monde.

Russie Info : Le cinéma peut-il aider à retrouver un équilibre mondial ?

Jérôme Clément : Le cinéma est un art majeur, sa vitalité est essentielle pour la créativité et l’expression d’un pays. Mais il faut que chaque pays garde son identité, permette la liberté d’expression et offre des moyens financiers pour qu’elle vive.

Russie Info : Est-ce que la compréhension des identités différentes n'est pas difficile pour les spectateurs ?

Jérôme Clément : Si tout le monde faisait la même chose, ce ne serait pas intéressant. Aujourd’hui, il est justement captivant de voir des contextes différents, de la diversité et de la variété.

Il faut avoir une ouverture d’esprit suffisante pour pouvoir communiquer avec les autres, et à travers les autres. Ici, j’ai pu voir des films indonésiens, bulgares, russes, allemands, français, c’est ça qui est intéressant. C’est en parlant, en créant des œuvres, en les échangeant que l’on arrive à trouver des moyens d’expression et des échanges intéressants.

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