Russie : le cheval rouge de Petrov-Vodkine

Dans sa chronique Petite histoire autour d’un tableau russe, Olga Aleksandrova, artiste peintre, explique une œuvre et son auteur. Aujourd’hui, Kouzma Petrov-Vodkine et son célèbre tableau Le bain du cheval rouge.

Mille fois reproduit dans tous les manuels d'écoles soviétiques, interprété et utilisé comme emblème de la révolution et du pouvoir bolchevik, tellement exploité... Mais connaît-on vraiment l’histoire de ce tableau « Le bain du cheval rouge » qui prend sa source dans les anciennes icônes, et que sait-on de son auteur ?

Le destin de Kouzma Petrov-Vodkine, né dans une petite ville sur les rives de la Volga d'un père cordonnier et d'une mère domestique, est vraiment fabuleux. Le peintre a réussi non seulement à devenir un artiste reconnu par les plus grands maîtres de la peinture et de la littérature russe, mais aussi à inscrire son nom dans l'histoire de l'art.

L'origine même de son nom est peu banale. Son grand père, cordonnier lui aussi, été connu dans sa ville pour être un alcoolique sans égal. Un jour, dans un état de grande ivresse, il a poignardé sa femme et s'est suicidé juste après. Son fils, le père du futur peintre, a bien retenu la leçon. Il est devenu le seul et unique cordonnier de la ville de Khvalynsk à ne jamais toucher à une goutte d'alcool.
Néanmoins la référence à la vodka a marqué toute la famille à travers le nom Vodkine.

Le petit Kouzma ne songeait pas à faire une carrière artistique, même si depuis son enfance il était attiré par la peinture et prenait des cours dans une école locale.
Mais un jour, un influent architecte de Saint-Pétersbourg est venu à Khvalynsk pour construire une datcha pour de riches commerçants. La mère de Kouzma qui travaillait alors comme femme de chambre pour un membre de cette famille saisit l'occasion pour montrer à l'architecte quelques travaux de son fils.
Ce dernier fut enchanté et lors de son départ, il emmena Kouzma avec lui pour le former dans les meilleures Écoles d'art. La bienveillante commerçante, qui a permis cette rencontre décisive, va soutenir financièrement ce jeune talent, et cela durant de nombreuses années.

Kouzma étudie donc la peinture à Saint-Pétersbourg puis à Moscou, et rencontre de grandes personnalités du monde de l'art. S’il maîtrise bien la technique, il a cependant du mal à trouver son propre style.

L' aventurier

Parallèlement à la peinture, il fait des essaies en tant qu’écrivain. Son imagination et une grande soif d'aventure le poussent à explorer le monde. Il parcourt l'Europe à vélo, arrive à Munich, fréquente une école de peinture de renom durant quelques mois, séjourne à Paris, visite l’Espagne, l'Italie, l'Afrique du Nord… Et partout, il lui arrive des histoires incroyables. Il combat des bédouins dans le Sahara, à Rome il est kidnappé par des bandits qui l’obligent à copier des chefs-d’œuvre de Léonard de Vinci, il tombe ardemment amoureux d'une inconnue mystérieuse, mais dès qu'il termine son portrait, la jeune femme disparaît, victime d'un drame criminel...

Doit-on prendre au sérieux ses histoires, personne ne le sait. Finalement, il rentrera en Russie avec une jeune épouse rencontrée à Fontenay-aux-Roses près de Paris, Maria, qui restera sa fidèle compagne jusqu’à la fin de sa vie.

Les voilà de retour à Saint-Pétersbourg. Petrov-Vodkine peint, expose ses tableaux, mais le vrai succès tarde à venir. Il décide alors de tenter sa chance une dernière fois, et si cela ne marche pas, il quittera la peinture.

L'influence des icônes

En 1910 l'artiste séjourne dans le sud de la Russie. Il peint la nature, des chevaux, des jeunes garçons, d’une manière réaliste. A cette même période, lors d’une exposition il découvre des anciennes icônes de Novgorod du XIII et XVème siècles, récemment restaurées et nettoyées, qui dévoilent pour la première fois leur gamme de couleurs.

C'est une délivrance pour Petrov-Vodkine qui change alors la composition de son tableau : il peint le cheval en rouge flamboyant et modifie définitivement sa palette. Il élabore une nouvelle théorie de trois couleurs.

Le succès est immédiat, l'admiration est unanime. Même Ylia Répine, qui avait durement critiqué auparavant "ce fils de cordonnier prétentieux", reconnaît son talent.
Dans ce tableau peint en 1912, tout le monde y voit de vagues pressentiments, le trouble et l'anxiété, suspendus dans l'atmosphère de la Russie …

Au printemps 1914, le tableau est exposé dans une grande exposition internationale en Suède. L'artiste est récompensé par le roi suédois. Mais la guerre éclate, puis la Révolution, puis la guerre civile, puis de nouveau une autre guerre mondiale...

Le cheval rouge reste à l'étranger pendant des décennies. Et ce n’est qu’en 1950 que la veuve de l'artiste réussi à obtenir le retour du chef-d’œuvre en Union soviétique. Depuis 1961, le tableau se trouve à la Galerie Tretyakov à Moscou.

De son vivant, Kouzma Petrov-Vodkine n'a jamais revu son tableau qui l'a immortalisé.

Retrouvez le travail d'Olga sur son site.

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