Russie: la chanson française en partage

Le chœur Georges Brassens, un chœur de jeunes chanteurs russes, s’évertue avec un enthousiasme sans faille depuis 28 ans à reprendre le répertoire de chanteurs français. Une belle déclaration d’amour à la langue et à la culture françaises.

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Le Choeur Georges Brassens

Une bonne trentaine de Russes se réunissent tous les samedis en fin d’après-midi pour entonner les grands classiques de la chanson française, d’Edith Piaf à Stromae en passant par Yves Montant et Téléphone.

Ces jeunes gens font partie du chœur Georges Brassens, crée un an avant l’éclatement de l’URSS en 1990, par Alexandre Avanessov, disparu tout récemment, en décembre 2017.
En plus de l’émotion qui nous étreint en les écoutant chanter, ce qui surprend au premier regard, c’est la jeunesse des participants chantant La ballade des gens heureux de Gérard Lenormand ou Les Lacs du Connemara de Michel Sardou, des chansons vieilles de 40 ans environ.

Et c’est bien l’esprit dans lequel a été crée ce chœur. Alexandre Avanessov, qui présentait alors une émission télévisée intitulée "le français pour tous" et dans laquelle il interprétait souvent les chansons de Georges Brassens, a souhaité fonder un chœur de jeunes, un collectif pour enfants et adolescents dédié à la chanson française.

Pour tous ces jeunes, chanter en français a été l’occasion de perfectionner une langue qu’ils apprenaient mais qu’ils ne maîtrisaient pas complètement, et de découvrir la culture française.

Danila Sokolov, qui avait 12 ans en 1991 quand il a intégré le chœur, confie : "il m’a suffit de les écouter chanter une fois pour être enthousiaste. Je commençais à parler français mais je ne le parlais pas bien. Le chœur m’a vraiment donné un élan pour parler la langue et je suis alors tombé amoureux du français et de la chanson française."

En 1991, le chœur s’est rendu pour la première fois en France. Quel choc pour ces jeunes qui n’étaient jamais sortis de l’ex-URSS. Et que d’émotion et d’étonnement de la part du public français.

Comme le racontait Alexandre Avanessov, après un concert dans le cadre de la Semaine Chantante à Troyes en 1992 : "en nous écoutant chanter, le public ne croyait pas que nous étions russes alors il a fallu que nous chantions des chansons dans notre langue pour lui prouver que nous étions vraiment russes. Depuis, pour éviter des quiproquo, nous commençons toujours par un programme russe."

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Alexandre Afanessov
Fondateur du Choeur Georges Brassens

Démarré il y a 28 ans avec une petite vingtaine de chanteurs, le chœur rassemble désormais 45 à 50 choristes sur scène.

"On ne fait rien pour attirer les choristes. Si les gens nous rejoignent, c’est que nous avons un nom et Sacha a fait beaucoup pour le chœur", souligne Danila.

Danila avait quitté le choeur il y a quelques années, mais il l'a rejoint dernièrement pour en reprendre la direction depuis le décès d'Alexandre Avanessov. Devenu musicien professionnel, il avait déjà fait les arrangements musicaux pour le répertoire. C’est donc tout naturellement qu'il a repris les rênes du chœur, accompagné de Natalia, pianiste professionnelle sortie du conservatoire de Moscou.

Danila reconnaît que "l’organisation est une chose difficile car il faut prendre en compte une multitude de choses pour un concert comme écrire un scénario ou penser à la mise en scène et ça je ne l’ai jamais fait."

"Les chansons de Michel Sardou sont proches du cœur d’un Russe"

Et l’engouement pour les chansons françaises, à l’heure où les chansons en anglais envahissent les ondes, ne faiblit pas. Ce qui les réunit tous, c’est avant tout l’amour de la langue et de la culture françaises.

Natalia, qui accompagne le chœur au piano depuis 5 ans, ne parle pas français, mais affirme aimer tellement la langue française qu’elle ne peut plus écouter l’anglais. "L’esthétique de la langue est très belle." Et grâce à son oreille musicale, elle est capable de remarquer quand un mot n’est pas bien prononcé.

Et puis, les textes et les paroles séduisent. Pour Danila, "les chansons de Michel Sardou sont très proches du cœur d’un Russe car elles parlent de la lutte. Le peuple russe a toujours lutté pour sa survie aussi bien pendant la période soviétique qu’après la perestroïka. Mais il y a d’autres chansons comme la "Ballade des gens heureux" qui parlent d’amour et qui sont universelles".

Tout comme Natalia, Maxime ne parle pas non plus français mais le comprend un peu, "certaines chansons sont peut-être anciennes mais quand une chanson est belle, elle ne vieillit pas. Il y a une grande différence entre les chansons françaises et anglaises et les textes français conviennent en majorité plus aux Russes que les chansons anglaises".

Même sentiment de la part de Valery, qui a rejoint le chœur il y a 2 mois et demi et qui parle parfaitement français. Il affirme aimer les chansons françaises pour le sens du texte, ce qui fait la différence avec les chansons américaines.

Maria, une jeune fille de 16 ans, affirme : "pour moi, les chansons françaises sont les meilleures qui soient. J’aime tout particulièrement les Feuilles Mortes de Jacques Prévert."

Une affaire de famille

La longévité de ce chœur s’explique également par l’atmosphère fraternelle toute particulière qui y règne, façonnée par le charisme et l’enthousiasme d’Alexandre Avanessov. Depuis le décès d’Alexandre en décembre dernier, quelques choristes, qui avaient quitté le groupe, sont revenus comme dans un désir commun de commémorer sa mémoire.

Car c’est vraiment une famille qui s’est créée autour de ce chœur. Des débuts en 1990, ils sont encore 5 ou 6 à l’instar de Macha et Danila, Macha qui avait 12 ans quand elle a intégré le chœur confie : "les meilleurs amis que j’aie font partie de ce chœur". Aujourd’hui sa fille l’accompagne.

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Répétitions pour le concert d'octobre 2018
C.Pailheret

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Affiche
Café chantant

Pour certains, chanter des chansons françaises ne s’arrête pas au chœur Georges Brassens. Alexandre Avanessov avait également créé un café chantant "Звезды Кафе шантан" au Club Vyssotski où des choristes, comme Maxime et Danila, se produisent régulièrement en tant que solistes.

Les projets sont toujours nombreux : cet été, plusieurs participants du chœur Georges Brassens vont s’envoler vers la France, à Cannes Mandelieu, où aura lieu le festival Chœur en Fêtes, un festival international de choristes.

Et en octobre prochain aura lieu le concert du chœur, le premier sans Alexandre Avanessov.

Un autre chœur existe pour les enfants entre 10 et 13 ans, avec trois répétitions par semaine. Ce chœur interprète plus volontiers les chansons des Kids United, cette formation française de cinq jeunes qui chantent la paix et l’espoir.

La chanson française a encore de beaux jours en Russie.

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