Russie: disparition des orphelinats dans le Nord-Caucase

Confortées par les traditions familiales qui caractérisent les cultures caucasiennes, les autorités locales trouvent des solutions de placement pour les orphelins, tout en excluant le changement de leur nom de famille.

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Photo Twitter/Visions carto.

Les orphelinats au Daguestan et en Ingouchie se comptent aujourd’hui sur les doigts d’une main, et les candidats à l’adoption s’arrachent leurs jeunes locataires. Même les enfants handicapés, que les croyances locales tiennent pour envoyés par Dieu, ne sont pas en reste. En effet, un Caucasien ne refusera jamais d’accueillir un "enfant de la famille", même s’il s’agit d’un cousin germain du troisième degré.

De plus pour les autorités locales, l’orphelinat doit être le dernier recours, toutes les autres solutions devant d’abord être épuisées. Ainsi, l'option de l'orphelinat n’a été retenue que pour 2 500 enfants dans tout le district fédéral du Nord-Caucase, contre 17 900 enfants entassés dans les orphelinats de l’Extrême-Orient russe, selon les données du site nakanune.ru.

La tutelle, un devoir absolu en Tchétchénie

En Tchétchénie, l’idée même qu’un enfant ne grandisse pas en famille a toujours été impensable, et les quelques orphelinats de circonstance apparus après la dernière guerre ont tous été fermés en 2013, sur ordre de Ramzan Kadyrov, président de la région autonome de Tchétchénie. Tous les orphelins, y compris ceux qui présentent des handicaps, ont été remis à leur famille proche ou lointaine.

L’aide d’Etat de 6 000 roubles (environ 100 euros) aux familles d’accueil a été complétée par des subventions locales et des programmes de charité. Neuf centres de réhabilitation où les orphelins se rendent pour une journée de temps à autre veillent à la bonne intégration des enfants dans leur nouvelle famille. Le droit tchétchène coutumier, qui repose sur le système des "adates", distingue l’adoption régulière de l’adoption interdite (l’adoption régulière, à savoir la mise sous tutelle, contrairement à l’adoption interdite qui implique qu’un enfant intègre une nouvelle famille, un nouveau clan, ndlr) et proscrit notamment l’imposition à l’enfant d’un nouveau nom de famille. Tout en gardant son nom de famille paternel, le nouvel arrivant doit être considéré et traité strictement à l’identique des autres enfants par ses parents d’adoption.

Selon des interprétations plus strictes de l’islam et des coutumes locales, l’adoption en soi n’est pas souhaitable car elle conduit à la perte des racines familiales et de la foi, tandis que la tutelle de l’enfant privé de ses parents est un devoir absolu.

"Nous avons l’aide aux enfants dans le sang"

"Nous avons l’aide aux enfants dans le sang", a affirmé le délégué aux droits de l’enfant du Daguestan, Intizar Mamoutaev, alors qu’il annonçait à l’agence de presse russe Ria Novosti la reconversion des trois derniers orphelinats de la république.

"Le Nord-Caucase a une expérience à partager en matière de prise en charge et de placement", a déclaré son homologue de Karaïevo-Tcherkessie. A Moscou, on a visiblement décidé de les prendre au mot. Pavel Astrakhov, responsable des droits de l’enfant auprès du président russe, a ainsi suggéré que la générosité des familles nord-caucasiennes pourrait s’appliquer également aux enfants malchanceux des régions ethniquement russes. Il a proposé aux républiques concernées une "expérience" : recueillir dans leurs contrées chaudes et fertiles des petits Russes maussades et frigorifiés du Grand nord ou de Sibérie.

Pour certains experts, Pavel Astakhov refuse de voir la réalité du fossé culturel qui s’est creusé entre Russes ethniques et Caucasiens depuis la chute de l’Union soviétique. Astakhov, qui a été un fervent défenseur de la loi Yakovlev (Loi controversée de décembre 2012 qui interdit l’adoption d’enfants russes par des citoyens des Etats-Unis, ndlr), souhaite visiblement faire sortir les réseaux d’adoption du cadre régional de manière à privilégier tout schéma d’accueil qui n’implique pas l’expatriation de l’enfant.

"Je trouve étrange qu’on permette à un Français, un Italien ou un Allemand d’adopter un enfant à Moscou ou à Nijni Novgorod, et que le même droit soit refusé à une famille d’un autre district, par exemple le Nord-Caucase [...]", se justifiait-il devant les médias. Reste à savoir si les Caucasiens éprouveront autant de compassion pour leurs concitoyens slaves.

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