Russie: comment les régions survivent pendant la crise

Les régions russes apprennent à vivre dans la crise. Les signes de détérioration tels que la hausse des prix, la réduction des salaires réels, les licenciements, les faillites, les réductions de budget sont endémiques. Les Russes ne savent pas combien de temps cela va durer et comment y remédier.

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Photo M. Demidoff

Les journalistes du quotidien russe Nezavissimaia Gazeta sont partis dans les régions afin de comprendre l’impact de la crise, l’organisation des Russes pour faire face et les espoirs des élites locales pour améliorer la situation. Il en ressort que chaque région ne vit pas la crise de façon identique.

C’est le cas de Saint-Pétersbourg, qui contrairement aux régions voisines, ne ressent la crise que seulement maintenant, ou encore la région du Tatarstan, où la crise n’a eu pratiquement aucun impact sur l'attractivité de l'investissement dans la région. Dans ces localités, le discours officiel des autorités locales est en général teinté d’optimisme.

Mais si certaines régions semblent moins frappées par la dégradation économique de la Russie, malgré la hausse du chômage et une inflation galopante, d’autres s’enfoncent dans une situation de grande précarité. C’est le cas de Volgograd.

Volgograd, sans perspective

L'augmentation des tarifs des services publics, les prix des médicaments et de la nourriture, et les problèmes d'emploi, maintiennent depuis juillet les habitants de la région en situation de stress. Et si les chaînes de télévision fédérales diffusent quotidiennement des discours optimistes, les responsables locaux, eux, ne partagent plus ce sentiment.

"Même nos sans-abri ont du mal à survivre dans les décharges locales", lance un résident du quartier de la banlieue Gorodishchenskoye au journal Nezavissimaïa Gazeta.

"Les prix alimentaires sont en hausse tout le temps, et même leur baisse saisonnière, sur les légumes, ne rentre plus dans le budget familial, explique Maria Fedorovna, une retraitée de 67 ans. Même le pain a augmenté de 29 à 33 roubles le mois dernier. De nombreuses familles n’achètent plus ensemble le fromage et les saucisses. Elles se limitent seulement aux saucisses car c’est moins cher. En Juin, le magasin a remplacé la crème à 25% de matière grasse par celle à 15 %. Cela fait déjà deux mois que nous n’avons pas acheté de yaourts et de fromage. Et la viande, nous prenons seulement les os. "

"Beaucoup de retraités de notre région reçoivent une pension d’un montant entre 10 000 et 12 000 roubles. Ils vont maintenant dans les magasins comme dans un musée : ils regardent, mais ils n’achètent pas. D'abord, parce que c’est cher, et ensuite parce que les produits avec un prix élevé s’y trouvent depuis longtemps et personne ne veut plus les prendre."

Pour la première fois, cette retraitée va faire la récolte de poires, de pommes et de prunes des arbres fruitiers qui poussent dans les endroits publics, sous les fenêtres des maisons. Pour de nombreuses personnes âgées, ces fruits sont désormais le seul apport en vitamines qu'elles peuvent se permettre.

La vie économisée

A 65 ans, Tamara Petrovna eu le temps d’amasser de l’argent avant la crise pour une opération de l’œil: "Avant, ça valait 20 000 roubles. Pour l’autre œil, je n'ai pas eu le temps d'économiser. Le coût de l’opération a bondi à 40 000 roubles. Maintenant je vais sans doute rester avec un seul bon œil".
La hausse des prix des médicaments pour les retraités est aussi particulièrement effrayante. L’inflation les prive de soins appropriés.

Les femmes ont également commencé à économiser sur leur propre beauté, indique le journal. Dans le district de Horodyshche, selon l'une des employées d’un salon de coiffure, "les jeunes femmes viennent seulement pour une coupe de cheveux et économisent sur leur couleur qu’elles se font seules à la maison." Selon elle, non seulement les personnes âgées, mais aussi les personnes d'âge moyen sont devenues très économes avec leurs vêtements. "Les vestes et les manteaux usés ne se jettent plus".

L’espoir du petit boulot

Ces derniers mois, les jeunes ruraux, venant en particulier de la frontière des régions du nord-ouest, sont partis à Moscou et sa région à la recherche d’un travail. "En règle générale, ils choisissent la méthode du changement: un mois à la capitale, un mois à la maison", explique l'analyste politique Vitaly Arkov. "Ils sont gardiens de sécurité, concierges, commerçants dans les marchés. Si vous ramenez à la maison entre 25 000 et 30000 roubles, cela est considéré comme une entreprise très prospère ".

De nombreux villageois qui ont travaillé en équipe dans les installations olympiques à Sotchi sont maintenant en attente pour le début de la construction du pont de Kertch, en Crimée. "Ils espèrent survivre à la crise grâce à la construction de ce pont."

Les responsables locaux, eux, sont optimistes et convaincus par les médias nationaux que la crise créera à Volgograd de nouvelles opportunités, comme l’indique l'analyste politique Andreï Mironov. Cependant, cet optimisme n’est pas partagé par les gens ordinaires qui survivent, sans aucune perspective claire.

Reportage publié par Nezavissimaia Gazeta

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