Rex Tillerson : l’ami de la Russie ?

Le président américain élu Donald Trump a désigné ce mardi 13 décembre de façon officielle son futur secrétaire d’état : ce sera Rex Tillerson, le PDG du géant américain Exxon Mobil, un homme considéré comme pro-russe.

Le journal russe Kommersant analyse la nomination du futur secrétaire d’état, Rex Tillerson, PDG du géant américain Exxon Mobil, qui serait peut être le signe d'un changement imminent dans les priorités de la politique des États-Unis. Avec lui, l'accent ne serait pas porté sur des considérations idéologiques mais sur les intérêts des entreprises américaines dans les régions stratégiquement importantes et sur le rétablissement des relations avec la Russie.

Cependant, certains analystes avertissent que, contrairement aux prédictions, l'image pro-russe de Tillerson peut compliquer le processus de rapprochement avec Moscou. Une attention particulière sera portée aux mesures mises en œuvre vis-à-vis de la Russie car il devra aller à l'encontre des traditions établies dans le Département d'Etat. Des experts interrogés par Kommersant estiment que les attentes peuvent être trop élevées.

"Le paradoxe est qu’il semble être en faveur d’une politique pro-russe, d'une part, mais de l'autre il sera compliqué pour lui de conduire une politique de rapprochement avec Moscou: les actions concernant la Russie seront particulièrement sous-contrôle ", résume le directeur du centre "Russie-Est-Ouest", Vladimir Sotnikov.

Par ailleurs, cette nomination ne signifie pas son approbation automatique : sa candidature doit encore être approuvée par le Sénat, où une légère majorité revient aux républicains (52 contre 48). Théoriquement, on ne peut pas exclure un scénario dans lequel une partie des républicains décident de se joindre aux démocrates et essaient de bloquer la nomination. Mais à ce jour, aucun des sénateurs républicains n’a annoncé son intention de voter contre.
Pour Fedor Voytolovsky, directeur adjoint de l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales, "ce choix satisfait finalement beaucoup de monde dans la partie traditionnelle de l'establishment républicain, rappelant qu'il avait déjà exprimé son soutien à un certain nombre de républicains influents qui ont fait une carrière dans la politique étrangère et la sécurité."

Décoré de l'Ordre de l'Amitié en Russie

Dans le même temps, un certain nombre de membres de la Chambre haute du Congrès ont déjà exprimé leur inquiétude, rappelant que, à la tête d'ExxonMobil, Rex Tillerson a maintenu des liens étroits avec la Russie en 2012, et qu’il a même été décoré de l'Ordre de l'Amitié en 2013, prix qu’il a reçu de la main de Vladimir Poutine.
Il est ainsi perçu comme "l’Ami de Vladimir ". "Ce n'est pas une caractéristique de Secrétaire d'État que j'espérais entendre,", écrit sur Twitter le sénateur Marco Rubio.

"Je ne connais presque pas cet homme, mais s’il a reçu un prix du Kremlin, alors nous aurons des choses à nous dire" a déclaré le sénateur républicain Lindsey Graham.

Rex Tillerson a travaillé en Russie pendant près de deux ans, depuis le début de 1998 à la fin de 1999, en tant que chef de la société Exxon Neftegas, opérateur du projet "Sakhaline-1", où Exxon était partenaire de Rosneft. Il a contribué de manière significative aux débuts du projet.

Sur ces projets, les témoins parlent de Rex Tillerson comme "l'une des personnes les plus intelligentes et difficiles dans l'industrie pétrolière mondiale." Il ressemble à un "oilman" typique du Texas, il élève des chevaux et fait de grandes promenades. C’est un homme qui possède une large vision, très réaliste sur le monde," a indiqué l'une des sources de Kommersant.

Il a aussi été confirmé au journal que Rex Tillerson entretien une très bonne relation avec le président de Rosneft, Igor Sechine, qui en 2013 a contribué à la signature d'un accord sans précédent sur le développement conjoint du plateau continental arctique russe. En outre, selon Kommersant, Exxon a activement cherché à adoucir les sanctions américaines contre la Russie, mais sans succès.

Dans le même temps, les interlocuteurs pensent qu'il serait erroné de considérer Rex Tillerson comme étant seulement l’ami de la Russie, car l'accord sur l'Arctique a été extrêmement bénéfique pour Exxon.

Le journal rappelle qu’Exxon a, d'une part essayé de protéger le secteur pétrolier russe de sanctions de Washington, et de l'autre, a immédiatement pris avantage de la situation et, en 2015, a transféré en arbitrage à Stockholm un vieux débat sur les taxes concernant le projet "Sakhaline-1". En outre, les sources du journal conviennent que Rex Tillerson comme secrétaire d'État ne sera pas nécessairement pro-russe. "Oui, il est un homme très intelligent, qui sait à qui parler, et comment on peut parler en Russie, mais ce faisant, il sait très efficacement comment tirer le bénéfice de sa position ", confie l’un des amis.
Source : Kommersant

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