Rencontre avec l’artiste russe Georgy Litichevsky

Jora est l’un des fondateurs du groupe VGLAZ (dans l'oeil), un mouvement qui présente un art compréhensible, sans qu'aucune explication ne soit nécessaire pour expliquer le message de l’artiste. En Russie, on dit «un coup dans l’oeil».

russie-art-artiste-jora-peinture
Le travail de Georgy évoque Lichtenstein et le Pop Art mais aussi Matisse pour les motifs décoratifs qui contournent certaines de ses oeuvres

jora.png
Jora
G.L

Georgy Litichevsky ou Jora, est né à Dnepropetrovsk en Ukraine, en 1956. Diplomé de l’Université de Moscou, faculté d’Histoire, en 1979, il devient membre, en 1993, de l’équipe de rédaction du magazine Khudozhestvennyi Zhurnal. Son oeuvre est présente dans la collection d’art contemporain de la galerie Tretyakov et au Centre Pompidou, ainsi que dans des collections particulières en Russie, Belgique, Suisse, Italie, France, Allemagne et aux Etats Unis.

Aujourd'hui la Russie: Jora, comment s’est faite votre rencontre avec la peinture ?

Jora: J’ai d’abord été historien mais pendant mes études, je me suis rapproché d’un cercle d’artistes, qui sont devenus mes amis. En voyant mes dessins, ils m’ont conseillé de réaliser de grands formats.

ALR: Avez-vous eu des maitres ou professeurs qui ont comptés et influencés votre travail ?

Jora: Dans les années 1970-80, l’art soviétique était divisé entre l’art officiel et un petit groupe non officiel, très influencé par la tradition conceptuelle, un art très intellectuel. L’un deux, Nikolaï Filatov, est un artiste que je considère comme mon maitre. Il était l’une des figures très importantes et a apporté une nouvelle tendance de l’art visuel, très expressionnisme et pourtant actuel et contemporain. Lui et quelques artistes ont crée un groupe, « детский сад », ce qui signifie « jardin d’enfant » en russe. Nikolaï m’a donné beaucoup de conseils techniques mais également m’a énormément soutenu dans ma décision de devenir artiste. Maintenant, il vit à deux heures de Moscou, avec une communauté d’artistes, au bord d’un lac, à la campagne.

ALR: Quels matériaux utilisez-vous généralement dans votre travail ? Quelles sont les différentes techniques que vous maitrisez ?

Jora: Je travaille mes peintures sur toile mais également sur drap en coton. Cette technique est pratique d’un point de vue logistique, car le drap est facile à transporter pour les expositions. L’un des draps présent dans l’atelier a été réalisé pour un concert de rock, certains sont des répliques des années 1980.

Je dessine également beaucoup, notamment pour la revue Khudozhestvennyi Zhurnal. Dans chaque numéro, je réalise une bande dessinée, jouant sur les thèmes qui y sont abordés. Je participe aussi à la rédaction d’articles pour cette revue.
De plus, je produis de l’art vidéo et réalise des performances régulièrement.

ALR: Quels sont vos thèmes de prédilection et d’où tirez-vous votre inspiration ?

Jora: La bande dessinée est un de mes thèmes favoris et une grande source d’inspiration. J’affectionne également des thèmes de l’Histoire de l’art, de la mythologie, dont l’histoire de Polycrate de Samos, tyran grec à qui la chance souriait trop. Je me différencie d’autres artistes de Comics car j’aime m’en éloigner et associer l’art classique au dessin de bandes dessinées.

Polycrates.jpg
L’histoire de Polycrate de Samos
Jora

ALR: Quels ont été les temps forts de votre carrière d’artiste ?

Jora: L’invitation de l’Institut Goethe en 1990. L’institut a organisé une exposition sur les cerfs volants et a proposé à plusieurs artistes d’y participer. L’exposition a fait le tour du monde, d’Osaka à Montréal, en passant par l’Europe, sur l’esplanade de La Défense. Cette expérience était nouvelle pour moi, j’étais là-bas pour la première fois et voir mon travail voler dans le ciel de Paris était un moment extraordinaire. Le catalogue d’exposition s’intitulait «l’art dans l’air».

ALR: Quelles sont les qualités requises pour être artiste selon vous ?

Jora: Les artistes sont les vrais créateurs du monde, ils créent les idées, puis elles sont transformées en techniques, architectures. C’est pourquoi, même une personne ne s’intéressant pas à l’art est tout de même liée à l’art, ne serait ce qu’en habitant dans un immeuble.

ALR: Avez-vous des projets artistiques prévus prochainement ?

Jora: Au mois d’octobre, mon oeuvre sera présente dans l’exposition de la collection Guerlain qui se tiendra au Centre Pompidou, à Paris. Une exposition personnelle est planifiée à Paris au même moment que la Fiac, dans une galerie du Marais. Une grande exposition aura lieu en Allemagneoù vit l’un de mes collectionneurs, entre Munich et Nuremberg, au centre de la Bavière. Je ferai également partie d’une exposition collective à l’institut Ekaterina de Moscou sur le travail des années 1990.

Retrouvez Aujourd'hui la Russie sur Facebook et Twitter

0


0
Login or register to post comments