Quid de la Russie pour les candidats à la primaire de la gauche ?

Dimanche 22 janvier prochain aura lieu le premier tour de la primaire citoyenne de la gauche. Face à l’élection de François Fillon aux primaires de la Droite et la montée en puissance de la Russie sur les sujets internationaux, quelles sont les positions des différents candidats ?

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Montage réalisé à partir des photos du site lesprimairescitoyennes.fr

Alors que les primaires de la droite ont donné comme vainqueur l’un des candidats les plus favorables à une reprise des relations franco-russes, que se passe-t-il à gauche ? Les candidats se démarquent-ils de la ligne suivie par le gouvernement français depuis 2012 ?

François Hollande a été le premier à vouloir remettre la Russie à la table des pourparlers concernant l’Ukraine avec le protocole de Minsk mais son septennat sera surtout marquée par la visite annulée de Vladimir Poutine en octobre dernier, et la mise au point mort des relations franco-russes.

Si tous les candidats de la gauche critiquent fortement la politique russe en Syrie, certains comme Arnaud Montebourg ou Jean-Luc Bennahmias se montrent plus favorables à une politique de dialogue.
Mais pour la majorité, la Russie de Poutine comme les États-Unis de Trump est un repoussoir et ne représente pas un point de clivage majeur.

Jean-Luc Bennahmias

Dans ses déclarations sur la politique étrangère, Jean-Luc Bennahmias du Front Démocrate s'est montré favorable au dialogue avec la Russie :

"Nous ne choisissons pas les présidents des autres nations. Il ne s'agit pas de savoir si nous aimons ou pas Trump ou Poutine (…). La France doit discuter avec Trump et Poutine et c'est ce qu'elle fait. Ce n'est pas parce qu'on discute qu'on est d'accord sur tout. Enfin, ce serait plus simple si l'Europe avait une politique diplomatique commune", a notamment indiqué Jean-Luc Bennahmias, ancien député français au Parlement européen, ex-membre des Verts et du MoDem.

Benoît Hamon

Benoît Hamon, ancien ministre et ancien porte-parole du parti socialiste s’est montré très critique sur la politique syrienne de la Russie et a dénoncé l’attitude trop conciliante de la France :

Sur Twitter il a écrit :
"Empêcher les massacres à Alep aurait exigé plus de courage de la part des responsables européens face à la Russie et Bachar El Assad".

"Ce que moi je ferais si j'étais président de la République aujourd'hui : j'irai là-bas. J'irai là-bas comme François Mitterrand avait été à Sarajevo. Et je dirais aux Russes et aux Syriens : C'en est fini aujourd'hui d'une stratégie qui conduit à massacrer des populations civiles pour reprendre du terrain."

Dans le dernier débat télévisé entre les candidats qui a eu lieu jeudi 19 janvier, il a ainsi déclaré :' "il n'y a pas de discussion possible avec la Russie sur la Syrie".

Arnaud Montebourg

Arnaud Montebourg, ex-ministre socialiste de l’économie, est l’un des plus favorables à une révision des relations avec la Russie. En novembre dernier, il s’est clairement exprimé en faveur d’une levée des sanctions.

"Nous n'avons aucune raison de nous laisser embarquer dans un engrenage de type renaissance de la Guerre froide avec la Russie". "Ce n'est pas notre intérêt et ce n'est pas une réalité. Il est de l'intérêt de la France que nous normalisions nos relations avec la Russie."

Sur la Syrie, il défend aussi un dialogue avec les Russes :

Notre rôle est de construire des solutions de désescalade en incluant le dialogue avec les Russes. Il faut avoir une vision du plan de sortie du conflit syrien. Qu’est-ce qu’une Syrie qui retrouverait la paix? C’est une Syrie fédérale où les minorités sont protégées, et où la communauté internationale, l’ONU et les grandes puissances, à commencer par les deux puissances régionales qui se font la guerre par procuration, l’Arabie saoudite et l’Iran, seraient autour de la table pour garantir la stabilité de la région."

Vincent Peillon

Vincent Peillon, ancien ministre de l’Éducation Nationale, a fortement critiqué le candidat de la droite François Fillon sur son positionnement vis-à-vis de la Russie : “Il se fait saluer par Poutine, et maintenant par Bachar al-Assad. C'est une honte pour notre pays."

Dans le dernier débat télévisé, Vincent Peillon a également rétorqué, face à la dénonciation de la menace russe, que "le PIB de la Russie était entre celui de l'Italie et [celui] de l'Espagne. Il faut arrêter d'avoir peur."

Sylvia Pinel

La candidate du parti Radical de gauche déclare dans son programme que “l’autoritarisme et les actions de force unilatérale de la Russie de Vladimir Poutine (…) ne sauraient être approuvés. Pour autant, la Russie est une grande nation européenne, avec laquelle le dialogue, même s’il doit être ferme, est indispensable."

Elle réclame également une Europe forte et indépendante face aux États-Unis, la Chine mais aussi la Russie.

Et comme elle l'a exprimé lors du dernier débat jeudi soir, "la position d'alignement de Fillon vis-à-vis de Poutine est inacceptable".

François de Rugy

Le candidat écologiste à la primaire de la gauche est l'un des plus méfiants vis-à-vis de la Russie. Il s'est montré favorable au maintien des sanctions vis-à-vis de la Russie, comme il l'a déclaré à l'assemblée nationale en avril 2016.

Ces sanctions qui avaient été décidées en 2014 n’étaient pas vaines : elles ont bel et bien un sens, un but. Premièrement, on ne prend pas des sanctions de ce type pour rien : ces sanctions sont la conséquence de plusieurs violations du droit international de la part des autorités russes, violations que l’Organisation des Nations unies et l’Union européenne ont condamnées. […] la lourdeur de ces sanctions est à la hauteur des faits reprochés aux autorités russes, qui n’ont pas hésité à soutenir les groupes paramilitaires dans l’Est de l’Ukraine sous forme matérielle et financière. [...] Entretenant peu d’illusions sur la nature du régime russe, nous ne sommes pas étonnés qu’il réponde aux sanctions par d’autres sanctions."

Sur l'action de Poutine en Syrie, il a déclaré lors du dernier débat télévisé : "Ce qui se passe en Syrie, c’est le laboratoire de la politique de Vladimir Poutine".

Il voit aussi d'un œil suspicieux les liens entre la Russie et François Fillon, sur lesquels il lui demande de faire la "transparence totale".

Manuel Valls

Sur le dossier syrien, l’ancien Premier ministre reste dans la ligne du gouvernement, remettant la Russie face à ses responsabilités notamment en Syrie.
Sur la Syrie et les bombardements d’Alep, "cette tragédie a un responsable (..) ce responsable, le régime d'Assad, soutenu à bout de bras par la Russie et l'Iran."

Il pointe aussi du doigt l'attitude pro-russe de François Fillon, dangereuse selon lui pour l'indépendance de la France, et s’inquiète notamment d’une alliance Trump / Poutine, qui serait pour lui "la fin du monde".

Cependant, dans une récente interview donnée au journal Libération, il dénonce certaines fautes commises avec la Russie, rappelant l'histoire compliquée de l'ex-URSS :

"Le sentiment d’humiliation de la Russie depuis la disparition de l’Union soviétique est une réalité. Et la force de Poutine est d’incarner ce retour de la Russie sur la scène internationale. Je ne suis pas en train d’excuser Poutine, mais beaucoup de maladresses ont été commises. Sur le dossier ukrainien par exemple, ce qui n’excuse en rien l’occupation de la Crimée ou d’autres territoires ukrainiens. Là aussi, il faut dire clairement les choses. Il faut trouver un statut pour l’Ukraine dans une discussion avec la Russie. Il faut aider ce pays, ce peuple courageux, mais il faut aussi arrêter avec l’idée que l’Ukraine va entrer dans l’UE et l’Otan, sinon vous créez une tension inutile avec la Russie. Autant il faut un rapport de force avec Poutine - et j’ai la capacité à porter ce rapport de force -, autant il faut faire attention à ce que nous faisons."

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