Quid de la Russie pour les candidats à la primaire de la droite et du centre?

Les différents candidats à la primaire de la droite et du centre ont chacun, qu'ils soient russophiles ou non, exprimé leur sensibilité concernant les relations avec la Russie. Leur "programme russe" par ordre alphabétique des candidats.

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Photo montage. Photos sur le site des candidats

Lundi 20 novembre aura lieu le premier tour des primaires, première étape pour élire le candidat de la droite et du centre aux élections présidentielles françaises de 2017. Dans les derniers sondages, les écarts se resserrent dans le trio de tête constitué d’Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon.

A l’heure où la Russie s’affirme sur la scène internationale et où beaucoup d’élections récentes (Brexit, Etats-Unis et il y a quelques jours la Bulgarie, et la Moldavie) ont marqué une certaine victoire des positions russes, Russie Info présente les déclarations des différents candidats autour de ce sujet. S’ils sont en majorité plutôt favorables à un renforcement des relations avec la Russie, différentes sensibilités s’expriment, des plus russophiles avec François Fillon et Jean Fréderic Poisson, aux plus prudents comme Alain Juppé.

Jean François Copé: "les ennemis de nos ennemis doivent être nos alliés"

Jean François Copé a précisé sa position vis-à-vis de la Russie à travers le conflit syrien. Pour lui, il faut se rassembler derrière nos intérêts communs qui sont la sécurité : "Depuis ces dernières années, la France s'est surtout fâchée avec tout le monde. Il faut défendre des valeurs mais aussi nos intérêts. Le premier, c'est notre sécurité. Aujourd'hui, tous les ennemis de nos ennemis doivent être nos alliés. La priorité absolue est de détruire l'État islamique et de nouer des partenariats avec ceux qui peuvent être des alliés et en particulier la Russie. Constatons qu'en allant en Libye, on a rompu un contrat de confiance avec la Russie qui s'est aggravée avec François Hollande".

La Russie n’est pas mentionnée dans son programme officiel. Il en parle néanmoins sur son blog en déclarant que "La Russie (et l’Iran) doivent être traités comme des partenaires à part entière. Nous ne pouvons continuer à considérer que le Qatar et l’Arabie Saoudite, peu réputés pour leur respect des libertés, sont des interlocuteurs valables tout en affirmant qu’il ne faudrait pas dialoguer avec l’Iran et la Russie, au motif qu’ils ne respectent pas les droits de l’homme… ».

François Fillon: "Vouloir faire de Poutine un monstre aux mains pleines de sang, c'est juste ridicule par rapport à l'histoire de la Russie."

L’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy a montré clairement son désaccord avec le discours français actuel vis-à-vis de la Russie qui selon lui, a fait preuve de "réalisme" dans le conflit syrien : "Que Moscou ait ses propres intérêts dans la région est évident, mais qui n’en a pas au Moyen-Orient?" Il défend aussi le "pragmatisme froid mais efficace" du Vladimir Poutine dans la gestion du conflit.

Récemment encore, il s’est attaqué aux critiques récurrentes adressées au président russe: "Il n'y a jamais eu de démocrate à la tête de la Russie. Vouloir faire de Poutine un monstre aux mains pleines de sang, c'est juste ridicule par rapport à l'histoire de la Russie."

Sur la visite annulée de Vladimir Poutine à Paris, l’actuel président de la République a selon François Fillon fait une erreur : "Bien sûr qu'il (François Hollande) doit accueillir le président russe. Qu'est-ce qu'on doit faire, la guerre avec la Russie ?"

Dans son programme présidentiel, deux points concernent la Russie :
– Refuser des décisions européennes allant à l’encontre des intérêts économiques de la France comme les sanctions à l’égard de la Russie qui nuisent gravement nos entreprises.
– Proposer un nouveau partenariat commercial EU/Russie qui offrirait à nos entreprises de nouveaux débouchés.

Alain Juppé: "Ni atlantiste, ni poutinolâtre"

Le maire de Bordeaux et ancien premier ministre Alain Juppé reproche à Vladimir Poutine son alliance "avec Assad, responsable de la mort d’au moins 300 000 de ses compatriotes" et la volonté de "liquider toute opposition respectable au régime syrien". Il se montre plutôt défavorable aux choix tactiques russes en Syrie et n’hésite pas à parler de crimes de guerre : "Attendre encore et bombarder toujours, avec l’illusion d’une victoire totale, c’est se rendre complices de crimes de guerre", a-t-il averti, critiquant la "fuite en avant" de Moscou.

Sur son positionnement global vis-à-vis de la Russie, Alain Juppé se définit comme "ni atlantiste, ni poutinolâtre". Contrairement à François Hollande dont les hésitations ont entrainé l’annulation de la visite du président russe à Paris, il prône le dialogue, mais en toute franchise : "Voilà ma ligne de conduite: parler, bien sûr, mais dire franchement ce que l'on a sur le cœur et ne pas accepter n'importe quoi".

Face aux positions plus favorables à la Russie de son rival François Fillon, Alain Juppé lui a conseillé de faire "attention à l'excès de vodka"

Dans son programme, Alain Juppé propose de "conduire avec la Russie une relation dense et exigeante au service de la paix et de la sécurité sur le continent européen et de réévaluer le dialogue pour le règlement de la crise ukrainienne et la sécurité des frontières orientales de l’Europe".

Nathalie Kosciusko-Morizet : "la France a des relations avec des Etats, pas des régimes".

L’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy a souvent défendu l’entente franco-russe. Elle a repris la formule du Général de Gaulle : "la France a des relations avec des Etats, pas des régimes".

Elle avait notamment critiqué le boycott par François Hollande en 2015 de la cérémonie à Moscou du 70e anniversaire de la victoire de 1945.
Jean-Didier Berthault, représentant de Nathalie Kosciusko-Morizet, est venu récemment a Moscou devant les expatriés français défendre ses positions : "Nous sommes issus de la famille gaulliste et la tradition gaulliste c’est de parler à tout le monde. Les divergences qui peuvent exister entre les autorités françaises et russes ne doivent pas être limitées à une vision de court terme ".
Il rappelle que NKM veut défendre une position pragmatique et ouvrir un dialogue avec les autorités russes.

Mais la Russie n’est pas mentionnée dans son programme officiel.

Bruno Le Maire : "Je veux vous dire l'importance que j'attache au renforcement des relations entre la France et La Russie"

Bruno Le maire s’est déclaré en faveur d’un renforcement clair des liens entre la France et la Russie : "Je souhaite que ces liens qui ont été abimés depuis plusieurs mois soient renforcés au service de nos intérêts communs". Aux sympathisants des Républicains de Russie, il a adressé une vidéo dans laquelle il déclare : "Je veux vous dire l'importance que j'attache au renforcement des relations entre la France et La Russie".

Dans son programme, le candidat dénonce l’échec de l’Europe et la nécessité de réinventer de nouvelles relations, en particulier avec la Russie.

Jean-Frédéric Poisson : "un grand traité de coopération avec la Russie"

Jean-Frédéric Poisson, président du Parti Chrétien Démocrate, s’est rendu récemment en Russie à la rencontre des expatriés français, montrant ainsi que ce pays a de l’importance aux yeux de ce souverainiste convaincu. La conférence qu’il a donnée à cette occasion a eu pour titre : "Russie – France, la convergence de deux grandes nations européennes."
Le député dans un récent vote à l’Assemblée a soutenu une résolution visant à lever les sanctions contre la Russie.

Jean-Frédéric Poisson a rendu aussi visite plusieurs fois à Bachar El-Assad, témoignant ainsi son accord avec la position russe dans le conflit syrien : "il faut vaincre Daesh. Et dans tous les cas, on ne peut le faire sans l’aide du régime syrien. Par conséquent, il faut donner le feu vert à la Russie dans cette lutte acharnée."
Dans son programme, il propose, "dans une volonté d’équilibrer ses alliances, la négociation d’un grand traité de coopération avec la Russie."

Nicolas Sarkozy : "J'ai des désaccords avec Poutine mais je considère que l'intérêt de la France c'est de dialoguer avec la Russie"

L’ancien président de la République a souligné aussi son désaccord avec la diplomatie française actuelle : "Je regrette la politique conduite avec constance vis-à-vis de la Russie. J'ai des désaccords avec Poutine mais je considère que l'intérêt de la France c'est de dialoguer avec la Russie. Bien sûr qu'on a des désaccords, mais si on ne dialogue pas comment va-t-on les régler?". Il a aussi estimé qu'il fallait "parler avec la Russie pour lui expliquer en quoi son attitude n'est pas acceptable sur certains dossiers".

Dans son programme, il propose de "se rendre à Moscou afin de convaincre Vladimir Poutine que déjà trop de temps a été perdu pour rassembler les deux coalitions". Il ajoute : "Les sanctions contre la Russie devront être levées pour obtenir en retour qu’elle abandonne les siennes".

En 2015, l’ancien président s’est rendu à Moscou où il a rencontré Vladimir Poutine. Lors de cette visite, il a déclaré en tutoyant le président russe : "Je suis content d'être de nouveau ici à Moscou, et tu connais ma conviction que le monde a besoin de la Russie."

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