Quand les Soviétiques regardaient Star Wars

A l’occasion de la sortie de l’épisode Rogue One, le site Kino a publié les réactions que la presse soviétique avait eues suite aux premiers épisodes de la trilogie de Georges Lucas.

Les Russes se sont rendus en masse au cinéma voir le dernier épisode de Star Wars, Rogue One, sorti le 15 décembre dernier. Le film remporte un franc succès en Russie, comme tous les épisodes de la saga avant lui, et est devenu leader dès sa première semaine de sortie.

Le film a déjà rapporté plus de 290 millions de dollars dont 155 millions de dollars sur le sol américain. Quant à la Russie, il a amassé 370 millions de roubles de recettes (plus de 5 millions d’euros), et les experts estiment qu’il devrait franchir la barre d’un milliard de roubles.

A l'occasion de la sortie de Rogue One, le site russe de cinéma Kino a publié les réactions de la presse soviétique suite aux premiers épisodes de la trilogie de Georges Lucas.

1977 - Ioulia Varchavskaïa : “Bandes dessinées de cinéma spatiale” tirées de la Literatournaïa gazeta

Cet été les cinémas américains ont connu une nouvelle vague de folie. Selon la presse, le film Star Wars du réalisateur américain George Lucas bat tous les records au box-office. Pour rendre encore plus impressionnant ce film, les créateurs ont mis en scène une arme très moderne : un sabre laser avec lequel les personnages du film se battent, comme si c’était un fleuret. Des monstres horribles apparaissent sans cesse à l’écran, comme l’homme-lézard, les nains sans visages, la momie vivante dont la tête est jonchée de tuyaux en caoutchouc, et des animaux fabuleux. Le spectateur lambda choisit volontiers ce type d'art pour pouvoir ressentir ensuite que la vie réelle est plus calme.

1981 - Sobolev : “Cinéma et bandes dessinées” tiré du recueil Mythes et réalité. Cinéma étranger d’aujourd’hui

“Il est impossible d’expliquer le succès de Star Wars d’un point de vue sociologique. Définir ce film comme un conte ne peut pas tout expliquer car il n’est en rien un conte populaire qui se caractérise par l’optimisme et la foi inébranlable dans l’avenir. Ce film représente peut-être la naissance d’un nouveau genre ou d’un nouveau type de cinéma. Star Wars a un effet tout à fait différent sur le spectateur, un effet de drogue, avec un objectif plus modeste qui est celui de distraire les spectateurs et de détourner leur attention de la réalité.”

1985 - Kokarev : “Les Etats-Unis dans la présentation de Hollywood”

“Les films comme Star Wars sont loin d’être inoffensifs. Grâce à la présentation divertissante d’histoires fabuleuses, ces films ne s’assurent pas seulement d'un succès au box-office, mais ils préparent aussi les Américains à une perception tranquille des catastrophes, et à l'idée que la guerre n’est pas si terrifiante, même si c’est la guerre des étoiles.”

1986 - Razlogov : “Convoyeur de rêves et guerre psychologique”

“On ne peut exclure qu’à l’Ouest, dans ce contexte d'hystérie anti-communiste, l’Etoile de la Mort dont la localisation a été clairement définie par l’expression du début du film "Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine…” puisse être considérée comme un “centre du communisme mondial”, nommé “l’empire du mal” d’après une célèbre formulation du Président des Etats-Unis (à l'époque Donal Reagan, ndlr).
Une telle interprétation est étayée par les productions américaines où le rôle des méchants appartient aux agents du KGB alors que les défenseurs de l’innocence sont les agents de la CIA.

1987 - Kartseva : “Hollywood: Contrastes des années 70”

“Si la consonance des noms - Darth Vador et Darr Véter (personnage du roman de science fiction paru en URSS en 1957 dans “La Nébuleuse d'Andromède”, écrit par Ivan Efremov) peut être considérée comme une coïncidence, l’assistant du principal méchant a certaines caractéristiques propres aux Russes. Celui-ci a un nom russe - Tarkine - et son apparence et son habillement rappellent celui des bolcheviks perfides comme on les présente souvent dans les films antisoviétiques.
A cause des films et des livres de ce type, un grand nombre d’Américains imaginent clairement la Sibérie comme un énorme espace enneigé. Et le même espace figure dans le film “Star Wars, épisode V : L'Empire contre-attaque” comme un territoire ennemi du fameux Luke Skywalker et de sa belle princesse. Dans le troisième opus “Le Retour du Jedi”, les troupes impériales sont vêtues avec des uniformes qui ressemblent aux uniformes militaires d’un des pays socialistes. C’est dans l’Etoile de la Mort que ces armées sont déployées et que se situe l’arme menaçant de détruire toute vie. Ces allusions ont un effet plus fort qu’une indication précise…”

1987 – Kokarev : “Les Etats-Unis au seuil des années 80: Hollywood et Politique”

“Derrière la simplicité fabuleuse de ce film, on peut déceler des figures type dans chacun des personnages. Dans ce film, il n’y a pas de personnage principal parce que сhacun peut l’être. Ainsi Obi-Wan Kenobi pourrait être le héros de l’opus, Luke est un personnage romantique, Solo est un personnage mélodramatique et les robots sont des archétypes satiriques. Et tous les caractères héroïques sont engagés dans une lutte spirituelle. C’est là l’attrait de Star Wars. Ce n’est ni la télékinésie ni la clairvoyance qui charment le spectateur, mais c’est l’autorité mystérieuse de l’archétype qui expliquerait le succès au box-office."

1991 - “Ecran pour les enfants”

Mieux vaut tard que jamais. Il y a 15 ans le réalisateur américain George Lucas a fait un film qui a excité des millions de spectateurs, et aujourd’hui ce film est enfin arrivé dans notre pays. Star Wars fantastique. Star Wars incroyable. Avec ses pirates spatiaux, ses robots, ses astronautes et ses monstres. Avec ses effets spéciaux, ses cascades vertigineuses. Avec la lutte éternelle entre le bien et le mal, même là-haut, dans l’espace intergalactique.”

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