"Quand les Russes aiment" au cinéma

Place à l’amour avec le festival du cinéma russe Quand les Russes aiment. Après le rire, le festival décline son concept sur le thème du romantisme. Interview de Marc Ruscart, spécialiste du cinéma russe et un des créateurs de ce festival.

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"Quand passent les cigognes" (1957) de Mikhail Kalatozov avec Tatiana Samoilova, Aleksey Batalov.

Après le succès de la première édition du festival du film russe, Quand les Russes rient, l’association Rivages Russie Evènements présente Quand les Russes aiment. C’est toute une équipe de fins connaisseurs et d’amoureux du cinéma russe qui, à travers l’association Rivages Russie Evènements, a entrepris ce projet génial de faire découvrir, ou redécouvrir dans le meilleur des cas, des chefs-d’œuvre du cinéma russe, totalement ignorés ou méconnus du public français. Une belle façon de parler aussi, autrement, de la Russie.

"Qui mieux que les cinéastes peuvent nous dépeindre (la Russie), nous la présenter sous tous ses visages", assure Macha Méril, marraine du festival.

Le cinéma comme passerelle pour comprendre la Russie est une idée chère à l’association dont la mission est de défendre le cinéma et la culture russe :

"Aujourd’hui plus que jamais, la Russie reste un mystère, mais son charme opère : pas un voyageur n’en revient indemne, on est envoûté, troublé. Le cinéma nous transmet cet enchantement, de l’amour à la cruauté, de la beauté à l’horreur. Il faut entendre les cinéastes, il faut les remercier. Leurs chefs d’œuvres nous éclairent sur cette vaste terre de culture et d’humanité", défend ainsi la marraine du festival.

INTERVIEW de Marc Ruscart, producteur, spécialiste du cinéma russe, et un des créateurs du festival Quand les Russes.

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Marc
Ruscart

RUSSIE INFO : Qu’est ce qui vous plaît dans le cinéma russe ?

Marc Ruscart : Le romantisme et son originalité par rapport aux autres cinémas du monde.

Dans les films des réalisateurs russes, de Lev Koulechov en passant par Boris Barnet, aux contemporains Andreï Kontchalovski et Nikita Mikhalkov, il y a tout ce qui résume la Russie : de l’amour, de l’excès, du romantisme, des jolies femmes et des hommes exubérants.

Le cinéma russe est un des plus grands de l’histoire du cinéma.

RUSSIE INFO : D’où l’idée de le promouvoir à travers ce festival ?

Marc Ruscart : J’ai eu envie de créer ce festival car depuis trente ans, nous sommes un certain nombre avec Macha Méril, Laurent Danielou, Jean Radvanyi, à aimer le cinéma russe et à le défendre. Nous avons tous une grande connaissance et un grand amour pour ce cinéma.

Au départ, nous avons créé avec Macha Méril des soirées mensuelles pendant lesquelles nous diffusons un film russe, un jeudi par mois à Paris, au cinéma le Grand Action (rue des écoles). Nous avons des salles complètes et nous sommes souvent obligés de refuser du monde. Cela marche tellement bien que l’année dernière nous avons décidé de créer le festival Quand les Russes rient, qui a eu un grand succès et que nous déclinons cette année avec Quand les Russes aiment. Nous espérons devenir le grand festival du cinéma russe en France.

RUSSIE INFO : Qu’est ce qui vous a amené vers le cinéma russe ?

Marc Ruscart : Au tout début c’est la cinéphilie. Je dis toujours avec humour : je n’ai pas de femme russe, je n’ai jamais été communiste, donc c’est vraiment l’amour du cinéma.

J’ai vécu deux ans en Russie pendant la perestroïka, j’étais directeur commercial de la société UGC à Moscou. Puis j’ai vécu de longs mois en Géorgie avec Pierre Richard pour la réalisation du film de Nana Djordjadze Les mille et une recettes du cuisinier amoureux, film que j’ai produit et qui a été nominé aux Oscars en 1997 dans la catégorie du meilleur film étranger. En deux ans, j’ai produit sept films. Le premier étant Katya Ismailova, un film réalisé par Valery Todorovsky en 1994.

Il y a trente ans, j’ai rendu un hommage à l’acteur et réalisateur Alexandre Kaidanovski (décédé en 1995, ndlr), et Andreï Kontchalovski qui étaient venus à Quimper en Bretagne où j’organisais des festivals. Nous continuons donc dans cette voie.

RUSSIE INFO : Après Quand les Russes rient, Quand les Russes aiment. Quelle sera la suite ?

Marc Ruscart : Il y a plusieurs idées, par exemple quand les Russes filment leur histoire. J’ai aussi pensé à la folie russe. Nous verrons.

RUSSIE INFO : Le cinéma en Russie est-il une vitrine de la société russe ?

Marc Ruscart : Le cinéma russe, comme la littérature, a toujours été une traduction artistique de la société. J’ai beaucoup aimé le film Léviathan (2014) d’Andreï Zviaguintsev, et Durak ! (2014) de Youri Bykov. Ces films montrent que, comme partout dans le monde, les cinéastes s’interrogent sur l’endroit où ils vivent.

En France, malheureusement, il y a très peu de public pour les films russes. Il y a eu une vague d’engouement pendant la perestroïka avec des gros succès comme Bouge pas, meurs, ressuscite, film soviétique réalisé par Vitali Kanevsky en 1989, ou Soleil trompeur (1994) de Nikita Mikhalkov.

Mais aujourd’hui, un film russe qui a un gros succès ne fait pas d’entrée en France.

Le très fameux Léviathan de Zviaguintsev a fait 150 000 entrées, c’est très peu. Durak !, qui a été primé, a dû en faire moins de 10 000.

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Quand les Russes aiment
Le festival du film russe

Le public français se tourne vers le cinéma américain ou le cinéma asiatique. C’est aussi pour cela que le directeur du festival de Cannes nous soutient, et que nous voulons montrer ce cinéma aux jeunes Français qui ne le connaissent pas.

Et puis dans une période de troubles, où il y a de grandes divergences entre l’Europe et la Russie, nous voulons montrer que la littérature et le cinéma, que la culture russe et française, ont une grande connivence. C’est pour cela que nous sommes placés sous le haut patronage du président de la République française. Et avec la participation de l’ambassadeur de Russie, tout le monde apprécie cette grande manifestation cinématographique, vue comme un pont entre nos cultures et nos pays.

RUSSIE INFO : Quel est votre plus beau film d’amour russe ?

Marc Ruscart : Celui avec lequel nous ouvrons le festival, Partition inachevée pour piano mécanique de Nikita Mikhalkov. C’est un de mes films préférés.
Un autre de mes films préférés n’est pas un film d’amour mais plutôt un film épique, il s'agit de Sibériade réalisé par Andrei Konchalovsky. ce film sera aussi diffusé lors du festival.

L'intégralité du programme du festival sur le site Quandlesrussuesaiment.com

Du 14 au 22 mars 2016, dans 4 cinémas parisiens : Le Grand Action, 5 rue des Ecoles, Paris 5e, Le Reflet Médicis, 3 rue Champollion 5e, Le Balzac, 1 rue Balzac 8e, Le Max Linder, 24 boulevard Poissonnière 9e.

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