Poutine à l’ONU: "Avez-vous conscience de ce que vous avez fait ?"

Hier, à la tribune de l’assemblée générale de l’ONU à New York, Vladimir Poutine s’est replacé au cœur du jeu sur la Syrie, tout en critiquant la politique américaine au Proche-Orient.

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Vladimir Poutine - Mary Altaffer/AP/SIPA

Dans son discours d'ouverture, Vladimir Poutine a d'abord souligné qu’il croit au potentiel des Nations Unies pour assurer la sécurité du monde et a rejeté la critique de ceux qui disent que le Conseil de sécurité de l'ONU est inefficace et plongé dans la controverse. Selon le président russe, ces contradictions reflètent la diversité et la représentativité de l'Organisation des Nations Unies et "les tentatives de saper l’autorité de l’ONU sont extrêmement dangereuses ".

Le président russe a également réprimandé ceux qui se considèrent comme les vainqueurs de la guerre froide, négligent la Charte des Nations Unies et du droit international et jouissent du droit du plus fort. A bon entendeur.

Une politique occidentale désastreuse

Debout sur le podium de l'ONU, Vladimir Poutine a accusé les Etats-Unis et les pays occidentaux d’avoir "nourri les terroristes" en les utilisant comme une arme contre les régimes laïques indésirables, et en ayant fermé les yeux sur leur financement.
Il a également condamné l’exportation des expériences sociales, comme l'exportation de révolutions démocratiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Pour le président russe, ces stratégies, pour un certain nombre de pays n'ont eu comme résultat que l’installation de la violence, la pauvreté, ou des catastrophes sociales et humaines à la place du "triomphe de la démocratie et du progrès".

"Avez-vous conscience de ce que vous avez fait ?" a déclaré le président russe. En détruisant les structures d’Etat au Proche-Orient au moyen de "révolutions de couleur", l’Occident a créé le chaos.

"J'ai le plus grand respect pour mes homologues américain et français mais ils ne sont pas des ressortissants syriens et ne doivent donc pas être impliqués dans le choix des dirigeants d'un autre pays", a t-il déclaré à la presse.

Travailler ensemble contre le terrorisme

Sur le dossier syrien, le président russe était l'homme politique le plus attendu à New York, où ses adversaires et alliés attendaient de comprendre ses intentions. Vladimir Poutine s’est dit prêt au rassemblement dans la guerre contre le terrorisme et a proposé à l’Occident de lutter ensemble. Dans son intervention, le Président a mis l’accent sur la situation en Syrie, en Irak et en Lybie et sur la menace de l’EI nécessitant la création d’une "large coalition internationale", semblable à "celle contre Hitler" au cours de la Seconde Guerre mondiale, mais sans exclure le régime de Bachar Al-Assad.

Il a insisté sur le besoin de collaborer avec le régime syrien : "Nous pensons que c’est une énorme erreur de refuser de coopérer avec le gouvernement syrien et ses forces armées, qui tiennent courageusement tête au terrorisme."

"Plutôt que d'attendre qu'ils viennent vers nous"

Le président russe avait déjà annoncé dans une interview accordée à la chaîne de télévision américaine CBS, et PBS, la veille de son discours à l’ONU, qu’il allait "intensifier le travail" avec le président Bachar al-Assad. Il a souligné également que Moscou ne cherchait pas à devenir la force politique la plus influente dans le Moyen-Orient. Selon Poutine, l’aide militaire russe apportée à la Syrie est présente afin d'empêcher l'infiltration de terroristes sur le territoire russe. "Plutôt que d'attendre qu'ils viennent vers nous, il est préférable d'aider Assad à les combattre là-bas, en Syrie", a t-il déclaré.

Vladimir Poutine en a profité pour critiquer la stratégie militaire américaine : "Nos militaires ont compté qu'en une journée, l'Amérique réalise 43 frappes. Mais avec quel résultat ?", s'est-il interrogé.

De son côté, le président américain Obama a déclaré, dans son discours à l'assemblée générale, que les Etats-Unis ne soutiendraient pas Assad malgré les opinions qui affirment qu'il est nécessaire pour vaincre le terrorisme. Toutefois, Washington est prêt à coopérer avec Moscou et Téhéran sur le règlement du dossier syrien.

D’autres sujets ont été évoqués, comme l’Ukraine, mais ce sont bien la question syrienne et la lutte contre le terrorisme qui ont pris le pas et créé l’opportunité de réunir à nouveau autour d’une table, même si l'atmosphère est restée glaciale, les dirigeants russe et américain.

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PHOTO Amanda Voisard
UNITED NATIONS/AFP

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