Pourquoi les Russes sont-ils champions du monde de divorces ?

En Russie, un mariage sur deux se termine par un divorce. Pourtant, les trois quarts des Russes sont favorables au mariage civil, et le pays possède l'un des taux de mariage les plus élevés au monde.

Photo : Alexandre Petrossian/ Kommercant

En Russie, le nombre de mariages a tendance à doubler pendant les mois d'été. En moyenne, dans l'ensemble du pays, on dénombre 6,3 mariages pour 1000 habitants: c'est l'un des taux de mariage les plus élevés en Europe et au monde, bien que le chiffre soit en baisse par rapport à 2018 (la proportion était alors de 7,1 pour 1000 habitants).

A cet égard, les pays européens sont à la traîne. Par exemple, en Italie, le taux de mariage est de 3,2 pour 1000, en France est 3,5, et la moyenne de l'Union européenne est de 4,3.

En Russie, il peut être aussi avantageux d’enregistrer son mariage. Par exemple, un militaire marié reçoit un appartement plus grand aux frais de l'état et sa femme accède aux mêmes avantages médicaux. Les conscrits mariés servent plus près de la maison. Et contrairement aux célibataires, les étudiants mariés vont recevoir des chambres individuelles en résidence universitaire. Les jeunes familles peuvent, dans certaines conditions, s'attendre à un taux hypothécaire avantageux, à une subvention attribuée pour le paiement du loyer et des services collectifs et à des avantages fiscaux.

A leur tour, les autorités favorisent les aspirations maritales des citoyens en leur offrant des cadeaux de mariage et en les récompensant avec des médailles pour les noces d'or et d'argent.

Selon le sondage du Centre panrusse d’étude de l’opinion publique (VTsIOM), 77% des Russes considèrent donc l'enregistrement du mariage obligatoire. Ce qui n'a rien de surprenant.

"En Russie, dans ses frontières actuelles, au début du XXe siècle, le mariage précoce et de caractère presque universel prévalait", explique Sergeï Zakharov, directeur adjoint de l'institut de démographie de la HSE (Higher School of Economy).

Selon Zakharov, le premier recensement général de la population de l'Empire russe de 1897 a montré qu'à l'âge de 50 ans presque tous les hommes et toutes les femmes étaient mariés. D'après les résultats de ce recensement, seulement 5 % des hommes et 4 % des femmes n'avaient jamais été mariés à cet âge.

De nos jours, en Russie, on se marie bien plus tard. Si en 1994, les Russes âgés de moins de 25 ans représentaient 65% des personnes mariées, en 2018, ils en dénombraient seulement 33%. Quoiqu’il en soit, actuellement en Russie, les jeunes se marient plus jeunes qu'en Europe.

L'épidémie du divorce

Paradoxalement, la Russie est l’un des pays possédant le taux de divorce le plus élevé du monde : 4,3 divorces pour 1 000 habitants. Par exemple, en Irlande, le taux de divorce pour 1000 habitants est de 0,7 ; en Grèce il est de 1 et en Roumanie de 1,5. Et la moyenne de l'Union européenne est de 1,9.

Selon le sondage du VTsIOM, près de 90 % des Russes considèrent le divorce comme acceptable. À noter que parmi les principales raisons avancées pour justifier la séparation, les sondés ont mis en avant la pauvreté (46% des voix) et l’infidélité (22%).

Tatiana Gurko, docteur en sociologie et directrice scientifique de l'Institut de sociologie de l’Académie des sciences de Russie, confirme qu’en Russie le taux de divorce est vraiment le plus élevé au monde. " Mais le fait est qu’il y a simplement moins de mariages dans les pays développés. Ils ont été remplacés par des cohabitations, par conséquence, le nombre de divorces baisse ", souligne t-elle.

Gurko ajoute que les partenariats civils, introduits pour la première fois pour l'enregistrement des unions de même sexe, sont également populaires.
" En revanche, dans le monde musulman et les pays en développement, il y a beaucoup de mariages et peu de divorces. La Russie est quelque part entre les deux: nous avons beaucoup de mariages mais aussi de divorces ", indique-t-elle.

L’emprunte soviétique

Comme le note Gurko, il convient de prendre en compte que c'est une tendance de longue date : l'Union soviétique a toujours occupé la première marche du podium des pays au plus fort taux de divorces. Selon, elle, c’est à cause de la liberté économique et juridique, y compris le droit au divorce, que les femmes soviétiques ont acquise après 1917.

"Les femmes soviétiques gagnaient leur vie, elles élevaient elles-mêmes leurs enfants et elles ont donc elles-mêmes demandé le divorce. Voici, d'ailleurs, un indicateur intéressant : la plupart des divorces en Russie sont initiées par des femmes ! Ainsi, depuis 1969, lorsque la procédure de divorce en Union soviétique a été facilitée, les statistiques ont enregistré un bond spectaculaire. Depuis, le taux de divorce est stable ", souligne l'expert.

Le facteur régional est aussi à prendre en compte selon Gurko. "On constate que le plus haut niveau de divorce se situe dans le Nord où il y a beaucoup de travailleurs temporaires. Ensuite, il touche les villes portuaires comme Mourmansk ou Saint-Pétersbourg. En revanche, dans la région du Caucase du Nord, le taux de divorce a toujours été bas."

Il est aussi à noter qu’en Russie, il existe les mêmes tendances que dans le reste du monde. Aujourd'hui, les gens vivent de plus en plus comme ils le souhaitent, sans se conformer aux normes. Les remariages, les familles monoparentales et recomposées, la cohabitation et les familles sans enfants sont courants.

Un dernier facteur important est à prendre en considération en Russie, conclut l’expert : "C'est la crise démographique des années 1990."
Les enfants peu nombreux nés pendant cette période entrent aujourd’hui dans l'âge du mariage, de sorte que, mathématiquement, le nombre de mariages en Russie, comme le nombre de divorces, diminuera.

Source : https://www.kommersant.ru/doc/4010892

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