Portrait d'une jeune fille russe

Anastasia a 27 ans. Née dans le sud de la Russie, elle vit désormais à Moscou, et nous livre ses aspirations et sa vision de la capitale russe.

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Anastasia, 27 ans aujourd'hui, a quitté Astrakhan pour Moscou à l’âge de 17 ans

Anastasia est née à Astrakhan, dans le sud de la Russie, "un peu par hasard", au gré des changements professionnels de son père, entraîneur de handball et de sa mère employée dans la banque. Après la chute de l'URSS, le sport n’était plus assez financé par l’État et c'est le travail de sa mère qui a permis de faire vivre la famille et de payer les études des 3 enfants.
Grandir dans le sud de la Russie, au milieu de cultures très diverses, a été pour Anastasia une école de tolérance. Aujourd’hui, elle travaille à Moscou.

RUSSIE INFO : D'Astrakhan à Moscou : comment es-tu arrivée dans la capitale russe?

J’ai quitté Astrakhan pour Moscou à l’âge de 17 ans, poussée par mes parents qui voulaient que je reçoive une meilleure éducation. A Astrakhan, la vie culturelle est pauvre. En dehors du Kremlin, d'un musée historique et d'une galerie de portraits, il n’y a rien.

J’ai étudié le journalisme à l’université de l’Amitié des Peuples qui avait le grand avantage de proposer un échange scolaire avec la France. Je suis partie à Bordeaux, puis six mois en stage à Paris.
Je suis reconnaissante envers ma mère car déjà petite, elle organisait des excursions à Saint-Pétersbourg pour nous inculquer une certaine éducation littéraire et historique, puis elle m'a aidée financièrement pendant ces quatre années d'études, la bourse du gouvernement étant minuscule. Il y a deux façons d’intégrer l’université : en payant, ou en passant le concours d’entrée financé par l’État (pour les meilleurs étudiants). J'ai choisi la deuxième voie et mes parents en étaient fiers.

En parallèle, j'ai donné des cours de langue et écrit des articles pour certains journaux. Mais j'ai eu une jeunesse relativement facile. D'autres jeunes doivent commencer à travailler plus tôt en Russie.

RUSSIE INFO : Quelle est ton impression de Moscou ?

Moscou est le temple de la société de consommation. Pas tout à fait comme New York, mais pas loin. Cela m'ennuie un peu. Quand je suis arrivée dans la capitale, il y a maintenant dix ans, il y avait beaucoup d'argent à cause du pétrole. Aujourd’hui, c'est la fin de cette époque un peu glamour et la nouvelle génération a d'autres intérêts et un autre mode de vie : responsabilité civile, cyclisme, aller dans les marchés le samedi ou les parcs. Mais cela reste des changements superficiels et non structurels.

Je préfère cependant Saint-Pétersbourg. C'est notre Berlin, notre Copenhague, en moins cher. Les habitants sont, à mes yeux, moins stressés et plus heureux car l'argent n'est pas au centre de leur vie, alors qu'à Moscou, beaucoup de gens viennent juste pour amasser de l'argent, et ratent ainsi leur vie.
Toutefois Moscou rassemble un grand nombre de gens hétérogènes avec des talents incroyables issus de toutes les régions du pays. C'est la raison pour laquelle on y réalise des projets culturels et urbains à une vitesse impressionnante. C'est devenu une véritable capitale européenne.

Je n'y ai jamais connu de soucis d’intégration, avec le complexe de venir de province. Il y a parfois un certain snobisme de la part des véritables moscovites, mais cela aussi change et il ne suffit plus de montrer un tampon démontrant qu'on est née à Moscou pour réussir. Les mentalités évoluent.

Moscou est aussi une ville qui te pousse. Les gens viennent y chercher le pouvoir, la gloire et l'argent.

RUSSIE INFO : Quelles ont été tes premières expériences professionnelles?

J'ai débuté ma jeune carrière en 2010 avec le site internet Theory and practice, qui présente tous les événements éducatifs sur les sciences populaires et la culture. C’était un grand changement dans la vie culturelle de Moscou car les habitants pouvaient ainsi avoir accès à d'autres événements que les clubs de nuit ou les concerts de rock.

Curieuse de toutes nouvelles expériences, j'ai travaillé ensuite dans le business pour Houzz.com, dans un esprit plus américain et capitaliste. Mais après une année, je me suis rendue compte que je n’apprenais rien de vraiment intéressant, même si j’étais bien payée, l'argent pour moi est loin d’être une fin en soi. Enfin, on m'a proposé de devenir le producteur du magazine illustré Afisha, journal qui a engendré toute la nouvelle tendance de hipsters et bobos de Moscou.

RUSSIE INFO : Quelles sont tes aspirations futures et ta perception de la Russie aujourd'hui ?

En 2011, après un an passé en France, j'ai eu un sentiment que le pays allait changer, avec tous les mouvements politiques du moment, et j'ai eu envie de tenter ma chance à Moscou. Lors de l'affaire Bolotnaïa, il y a avait beaucoup de gens aux manifestations et nous avons eu le sentiment que l'on pouvait vivre dans un pays différent. Mais cette vague d'illusion s'est complètement envolée et depuis deux ans je pense quitter Moscou. J'aimerai partir à l’étranger pour quelques années, au Brésil, New York, Hong Kong... Paris est aussi un rêve que je touche du bout des doigts. Pourquoi ne pas travailler dans l'urbanisme, car je viens d'obtenir mon master en développement urbain. Je peux changer, me renouveler.

RUSSIE INFO : Qu’en est-il de ta vie personnelle ?

La plupart de mes amis ne sont pas encore mariés. Mais nos parents, avec humour, nous font des clins d'œil pour nous rappeler que le temps passe et qu'ils aimeraient bien un jour des petits enfants.
J'ai eu des copains avec qui je suis restée plusieurs années, mais je n'ai jamais eu le désir de fonder une famille. J'ai conscience qu'il s'agit d'une responsabilité importante. Quoiqu’il en soit, je ne voudrais pas avoir d’enfants à Moscou. J'ai l'impression que si je l’élève dans la capitale, je raterais quelque chose. Il n’y a pas de bouton pause à Moscou, or il faut prendre le temps pour vivre.

RUSSIE INFO : Et vos loisirs ?

Je ne sors pas beaucoup sauf parfois au théâtre, au conservatoire, ou à une exposition avec des amis. Le samedi soir, je peux aller dans un bar, mais en vieillissant je deviens un peu plus sérieuse et je ne sors plus tous les week-ends. Le dimanche, je vais visiter avec des amis des "usadbas" (cf : manoirs) de riches familles russes qui ont quitté le pays après la Révolution. La plupart du temps, elles sont délabrées et cela me rend triste de voir notre héritage disparaître sous nos yeux. D’autres fois, nous allons visiter les maisons des écrivains, comme la maison-musée de Pasternak ou de Block.
Il m'arrive de partager un brunch avec des amis puis d’aller au musée. Nous avons en réalité le même mode de vie des Européens, mais nous l’avons acquis tardivement.

Les voyages en Europe ou aux États-Unis me manquent. Avant la crise du rouble, c’était possible de partir quelques jours à Istanbul ou à Berlin pour un week-end. Ce qui est plus difficile aujourd’hui. Toutefois, la crise économique nous donne aussi la possibilité de visiter des endroits moins touristiques comme l'Inde, l’Arménie, l'Iran, ou des villes historiques russes comme Tver, Nijnii Novgorod, Samara. A ce sujet, ma mère dit en riant que cela nous permettra de découvrir "la Patrie".

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