Portrait de la Russie 2019

L’Observatoire franco-russe a présenté son rapport annuel sur l’état de la Russie 2019. L’occasion d’analyser les mouvements sociaux qui ont marqué l’année, mais également la stratégie économique en Arctique et la politique extérieure menées par la Russie.

L’Observatoire franco-russe a présenté la semaine dernière à Moscou son rapport 2019 sur l’état de la Russie en présence du directeur de l’observatoire Arnaud Dubien et de l’Ambassadeur de France en Russie, Madame Sylvie Bermann qui a tenu à saluer un rapport "dépourvu de préjugés et d’idéologie".

Suivant de peu le sommet russo-africain et le récent accord russo-turc, la septième édition de cet ouvrage rassemble les expertises d’une cinquantaine d’auteurs sur la politique intérieure et étrangère russe.

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Rapport 2019
L’Observatoire franco-russe

Une mobilisation de la société civile remarquable

Le rapport analyse les vagues d’opposition qui ont marqué l’année politique et notamment l’été à la suite du rejet de certains candidats de l’opposition aux élections municipales.
"On dit que la population russe est amorphe, mais en réalité elle réagit régulièrement" note Jean Radvanyi, géographe.

La mobilisation est importante à l’extérieur des grandes villes : "En province, les formes de protestations sont différentes, elles prennent souvent la forme de revendications de la vie de tous les jours, comme celles contre les autorités à propos des décharges d’ordures dans le Nord de la Russie. Mais parfois elles prennent une plus grande ampleur, à l’image de la mobilisation en juin contre l’arrestation d’un journaliste qui enquêtait sur la corruption".

Etienne Bouche, journaliste indépendant, ajoute : "Les rappeurs russes ont exprimé un fort positionnement politique qui n’avait pas été vu jusqu’à aujourd’hui, or ils captent une partie de la population qui ne se reconnaît pas dans le système politique et médiatique".

L’ampleur de la stratégie russe en Arctique

Quant aux projets menés en Arctique, Jean Radvanyi estime que "la Russie a de grands objectifs stratégiques en Arctique et les mesures ont été prises pour être à la hauteur".
Sergueï Choïgou, ministre russe de la Défense, a en effet annoncé cette année que plusieurs infrastructures militaires étaient opérationnelles de l'Arctique, tandis que la nouvelle base militaire russe du Trèfle du Nord, sur l’île de Kotelny a été présentée en avril.
"Sur le plan économique, les Russes ont montré leur capacité à dépasser le blocus américain en utilisant la carte chinoise, comme en témoigne le partenariat avec des compagnies chinoises dans le chantier gazier de la péninsule de Yamal", ajoute le géographe.
"En 2019, 20 millions de tonnes ont transité par la voie maritime du nord, une première".

L’offensive russe en Afrique et au Moyen-Orient

Trois jours après le sommet russo-africain de coopération économique, Konstantin Makienko, directeur adjoint du Centre d'analyse des stratégies et technologies, estime le rapprochement militaire avec l’Afrique "très prometteur" : les commandes d’armes des états africains à la Russie s’élèvent à 14 milliards de dollars pour l’année 2019.
"Le marché des pays africains se développe plus rapidement qu’en Asie. Certains chefs d’Etat ont fait leurs études en URSS et sont prêts à acheter des équipements russes", explique-t-il.

Les analystes s’accordent à souligner la position de Moscou au Moyen-Orient.
"L’accord russo-turque est une bonne affaire pour la Russie, qui s’affiche une fois de plus comme une puissance incontournable, peu après la visite de Poutine en Arabie Saoudite", analyse Igor Delanoë.

Cet accord conclut mardi 22 octobre contraint en effet Ankara à ne pas reprendre son offensive militaire dans le nord de la Syrie, en échange de quoi Moscou promet un retrait des forces kurdes tout au long de la frontière dans un délai de 150 heures à partir de mercredi 23 octobre.

En revanche, "si les relations économiques russo-chinoises montrent de nombreux succès, au contraire de celles entretenues avec les Etats-Unis, Poutine sait que la Russie a aussi intérêt à garder ses distances avec la Chine, car le partenariat joue en défaveur des Russes en termes économiques".

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