Pauline Betton, candidate pour les Français de Russie

A Moscou, les Français de Russie et de Biélorussie éliront dimanche 25 mai leurs conseillers consulaires. A cette occasion, Russie Info présente les quatre candidats. Entretien avec Pauline Betton, tête de liste d’Ici Moscou.

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Photo: L'équipe de "Ici Moscou"

À 27 ans, Pauline Betton est la plus jeune mais aussi l'unique femme candidate des élections consulaires. Arrivée à Moscou en 2008 dans le cadre d'un stage, son amour pour la Russie est avant tout une histoire familiale. Bien qu'élevée en France, son père travaille en URSS et ses récits énigmatiques l'attirent déjà. Puis c'est son frère qui amplifie cette envie quand il part s'y installer. Dans l'école de commerce EM Lyon où elle étudie, elle choisit la Russie par fascination mais également pour se distinguer. Elle revient dans la capitale russe en 2010 pour achever ses études à l'Académie des finances de Moscou et obtient un VIE chez Peugeot puis un contrat local chez Citroën. Aujourd'hui, Pauline Betton travaille dans le département financier de PSA à Moscou.

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Depuis l'enfance, la jeune femme s’intéresse à la politique, grandit avec les mémoires du Général de Gaulle et milite pour la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 et 2012. C'est en janvier 2013 que commence concrètement son aventure politique lorsqu'elle s'engage spontanément avec la Manif pour Tous. En répondant à l'appel de Frigide Barjot, elle rassemble autour d'elle des familles françaises vivant en Russie et réalise la force de son combat : en mai, elle invite le député UMP Hervé Mariton pour une conférence à la veille de la troisième manifestation contre le mariage pour tous. Les débats et les conversations qui s'en suivent l’entraînent à poursuivre son engagement.

Elle participe aux réunions UMP avec le candidat Nicolas Megrelis qui lui propose la place de numéro 2 sur sa liste pour les élections consulaires, mais Pauline Betton réalise qu'elle doit se présenter seule pour incarner la force politique qui la suit depuis la Manif pour Tous. « Pas adversaires politiques mais concurrents », elle présente sa liste « Ici Moscou » comme une nouvelle génération politique qui a confiance dans l'avenir et partage des valeurs profondes autour de la famille et de l'éducation des enfants.

Un conseiller consulaire pour quoi faire ? Toutes les informations sur les élections et la représentation des Français de l’étranger : ICI

Russie Info : Quels sont, selon vous, les besoins de la communauté française en Russie ?

Pauline Betton : Un des problèmes majeurs concerne les familles. La question porte sur l'organisation des écoles, collèges et lycées français et leurs projets éducatifs.

À Saint-Pétersbourg, le projet éducatif n'est pas complet car les classes s’arrêtent au CM2 et les familles ne peuvent pas s'engager sur du long terme. À Moscou, le lycée français (LFM) a besoin de s’agrandir car le nombre d’inscrits est de plus en plus élevé, et a acquis un bâtiment supplémentaire mais qui est inaccessible car l’État russe refuse d’en donner la clé pour des raisons politiques. Cette situation s'explique - entre autres - par la non existence d'un statut juridique des écoles françaises. Actuellement, on ne peut plus se permettre d’être dans des dispositions d'arrangements franco-russe, il faut un projet solide, bien ancré dans le droit, avec une fois encore un projet d'avenir.

Je pense qu'il est temps d'avoir un projet global de longue durée concernant le LFM car la communauté française a considérablement augmenté et continuera dans cette voie. Il faut permettre au lycée français de se développer et d’accueillir non seulement les enfants des familles d'expatriés mais aussi de répondre à sa seconde mission, celle d’accueillir des Russes pour former des francophones.

J'ai l'impression que l’ambassade a la volonté de consulter l'avis des Français mais malheureusement les décisions ne sont pas toujours prises. Pourtant, je crois que ces derniers peuvent avoir un rôle moteur. Je suis, par ailleurs, particulièrement touchée par ce sujet car mon frère est professeur au lycée français de Moscou. Je m'inquiète pour le sort des enseignants car ils sont de plus en plus nombreux à travailler en contrat local dans des conditions de travail souvent précaires. Ils essayent de faire entendre leur voix et défendre leurs intérêts et je m'engage à les aider pour que leur situation soit sécurisée. C'est la qualité de l'enseignement qui est en jeu.

Russie Info : Et en dehors de l'éducation ?

Pauline Betton : L'aide au développement des entreprises françaises en Russie est indispensable. Il y a déjà beaucoup d'acteurs existants, très actifs, qui donnent des résultats très fructueux. Avec ma liste, nous voulons renforcer les liens commerciaux entre la Russie et la France. Il faut rappeler à la Russie, et surtout à Moscou, que la communauté française existe et qu'elle est particulièrement bien organisée.
Les entrepreneurs qui s'installent en individuel sont de plus en plus nombreux et ont besoin de contacts. Il y a déjà des pépinières et des réseaux d'entrepreneurs qui sont créés, c'est très encourageant. Je pense que le conseiller consulaire doit jouer un rôle de facilitateur. Il doit être le point de relais pour donner une information claire en conseils juridiques ou financiers lorsque l'on veut commercer avec la Russie. UBI France, l'association IFR (institut français de Russie)… ont toujours besoin d'agents pour transmettre des informations et il me semble important de fédérer ces énergies.

La relation franco-russe est le 3ème axe de notre programme. Nous voulons contribuer à l'amélioration de l'image de la France en Russie mais également de la Russie en France. L'actuelle opinion de la presse française sur Moscou ne contribue pas à une bonne compréhension mutuelle. Si les relations sont meilleures, alors le développement sera meilleur. Chaque français est un ambassadeur de la France en Russie, et aussi de la Russie en France quand il rentre. En vivant à l'étranger, nous participons à une relation bilatérale qui promet de belles perspectives si chacun s’investit dans cet échange.

Enfin, nous voulons donner la parole aux Français de l'étranger, c'est d'ailleurs le rôle du conseiller consulaire qui doit délibérer sur des questions d’intérêt général. Éducation, sécurité, questions sociales... au moins 2 fois par an, à la demande de l'ambassadeur ou du consul qui sont présidents de ce conseil consulaire. Jusqu'au jour des élections, je souhaite faire remonter le plus d'idées et de préoccupations possibles afin de pouvoir apporter toute mon aide si je suis élue.

Il faut également de la transparence : en Russie, il y a de l'argent publique redistribué par les ambassades, et nous pensons que les Français ont le droit d'en connaître les sommes, et leur utilisation.

Russie Info : Comment comptez-vous être proche de vos élus ?

Pauline Betton : La politique, ce sont des relations humaines, des gens à rencontrer, des discussions, des mains serrées, énormément d'écoute. J’ai aussi compris que les Français en Russie sont écrasés d'informations, et ont très peu de temps. Il faut donc être pertinent pour les toucher. Et pour cela il faut les connaître donc se faire connaître, montrer qu'on est disponible et accessible.

Je l’ai écrit dans mon programme : je souhaite régulièrement recevoir les Français pour écouter leur demande. Faire remonter leurs préoccupations aussi bien au consulat quand il s'agit d'une question qui concerne directement la communauté française de Russie, que vers les représentants de la communauté (députés, sénateurs de l'étranger mais aussi ministres en charge des Français de l’étranger et conseillers à l'assemblée des français de l'étranger). Le conseil consulaire aura un bureau à l'ambassade, avec des bénévoles, au même titre qu'un conseil municipal au service de sa ville.

Par ailleurs, la communauté française est très bien organisée mais les associations ne communiquent pas forcément entre elles. Je fais partie des VIE, association qui n'a pas les mêmes préoccupations que les femmes d'expatriés par exemple. Je représente une nouvelle génération, arrivée célibataire, légèrement en dehors des autres communautés. Pourtant, la plupart d'entre nous finissent par s'installer en restant en contrat local. Je pense que c'est aussi le rôle du conseiller d'être ce lien entre ces générations pour s'entraider.

Russie Info : Dans quels réseaux évoluez-vous à Moscou ?

Pauline Betton : D’abord, je ne suis pas seule. J'ai une équipe autours de moi, constituée de quelques anciens amis rencontrés lors de mon premier stage : Alexandre Andrieu, Marc Moreau et Sebastien de Prinsac connus en 2008. Il y a aussi Véronique de Gregorio et Clarisse Juvin-Hautefeuille connus en 2012. Ces personnes soutiennent vraiment mon projet, mon mouvement d'idée. Ensemble nous avons une autre vison de la politique et ils m'entourent de leurs conseils et de leur aide. Ils sont aussi accessibles que moi.
La paroisse des Français de Moscou est également un réseau très dynamique qui ne rassemble pas que des Français. J’y rencontre de nombreuses personnes de façon informelle. Et j'y vais pour des raisons personnelles, c’est également un moment de lien très fort.

J'ai évidemment mon réseau de VIE et le réseau de mon entreprise qui me soutient dans mon projet. Bien entendu, il y a le réseau des Français que j'ai créé avec la Manif pour tous. Il a touché énormément de familles mais également des célibataires, des étudiants, des franco-russes. Au final, des gens qui viennent de milieux et domaines extrêmement divers. Je pense que les réseaux sont très importants, car ils crédibilisent la légitimité du candidat.

Russie Info : Que pensez vous de la politique française en Russie, au regard des derniers événements ?

Pauline Betton : Je pense qu'il y a beaucoup d'incompréhension entre nos deux pays et c'est le rôle de la diplomatie de créer des ponts. Actuellement nous vivons une crise, et en tant que salariée française en Russie, je tiens beaucoup à ce que la relation franco-russe soit maintenue. J'ai suivi la lutte de la chambre de commerce pour que la relation franco-russe soit préservée, j'ai trouvé cela extrêmement courageux. J'espère que ces négociations et ces messages d'apaisement porteront leurs fruits. Il ne faut jamais arrêter le dialogue, et trouver des compromis. C'est dans notre intérêt économique et donc dans celui des familles qui vivent en Russie.

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