Parallels : un projet collaboratif franco-russe

Du 24 au 30 mai se tient à Khlebzabod une exposition rencontre entre une photographe française, Laure Debrosse, et 2 artistes russes, Irina Petrakova et Kirill Kryuchkov. Cette exposition dans laquelle les chemins des artistes se croisent nous fait voyager de Moscou à Vladivostok.

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Photo Cécile Pailheret

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Affiche Expo
Parallels

A Khlebzabod, au cœur d’une ancienne usine à pain reconvertie depuis peu en espace urbain, se tient à partir du 24 mai une exposition issue d’un projet collaboratif "3-2-1" ou "3 artistes, 2 curatrices et 1 scénographe", avec comme fil rouge - les parallèles.

Entretiens avec Marine Birot et Alexandra Maurer-Chammas, curatrices de l’exposition et Emmanuelle Sacchet, scénographe.

RUSSIE INFO : Comment ce projet franco-russe a-t-il vu le jour ?

ES : Laure Debrosse travaille sur le thème des usines désaffectées, des sites à l’abandon et par extension, des wagons, des rails de chemins de fer. Alors que j’effectuais un tournage à Vladivostok, Laure m’a rejoint pour voir ce qu’il y avait au bout des rails qu’elle avait commencé à photographier à Moscou. Tout au long de l’immense traversée des trains, photographier les containers fut pour elle une façon de découvrir toute la vie existante autour de ces rails – les plus grandes parallèles du monde – par les paysages, les arbres, les voyageurs…

MB : Je suis arrivée à Moscou en septembre et Alexandra a organisé une rencontre avec Laure autour de cette série de photos. Laure souhaitait nous montrer son travail pour avoir notre regard, notre œil sur ces prises. Nous avons alors décidé d’organiser un événement autour de son travail.

AMC : Tout d’abord, nous avons fait quelques tentatives aves des galeries, dont une dans le quartier de Patriarshiye Prudy dans le cadre d’un projet intitulé "young curators and initiative projects". Nous avons postulé, mais il y a eu une centaine de candidatures et notre projet n’a pas été retenu.

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Laure Debrosse
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MB : Cela fut finalement une bonne expérience car cela nous a obligé à formuler et à détailler notre projet. Au travers de ses photographies, Laure nous invite à une traversée de la Russie, nous donne son point de vue sur la Russie, en tant que française. On y retrouve une Russie fantasmée avec les bouleaux ou le métal martelé qui rappelle une histoire industrielle dure. C’est à la fois réel mais peut paraître également ‘cliché’ d’une certaine manière ; c’est pour cette raison que l’on s’est dit que nous aurions besoin du regard d’artistes locaux.

Nous avons eu la chance de recevoir l’aide d’Alisa Bagdonaite qui dirige le centre d’art contemporain Zarya à Vladivostok. C’est un lieu de résidence pour artistes et Alisa nous a mis en relation avec plusieurs artistes de cette ville. Nous avons donc découvert sur portfolio les travaux de ces artistes et nous avons entamé une discussion avec Kirill Kryuchkov.

Nous avons été séduites par son travail de "street-art", qui s’inscrit aussi dans le paysage, mais aussi par ses paysages en aplat de couleur, qui répondaient bien à ce que l’on recherchait en parallèle du travail de Laure. Irina est une artiste plasticienne moscovite qui travaille des média différents, qui dessine beaucoup, réalise des installations et s’amuse dans les détournements d’objets.

RUSSIE INFO : Comment s’est faite la rencontre avec les artistes ?

AMC : Nous avons fait le lien entre les trois artistes. Laure connaissait déjà le travail d’Irina mais avec Kirill c’était plus abstrait !

MB : Quand on travaille sur des projets franco-russes, la barrière de la langue est réelle mais cela n’empêche pas de se comprendre. Nous leur avons présenté le projet et le travail de Laure il y a 6 mois, mais tant que nous n’avions pas d’espace confirmé, nous ne voulions pas qu’ils se lancent dans une oeuvre qui nécessite des frais et engage du temps. Une fois que nous avons trouvé le lieu, ils ont eu un mois à trois semaines pour produire, ce qui est court, mais l’idée avait germé 6 mois auparavant.

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Kirill Kryuchkov
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Kirill nous avait déjà donné une idée de ce qu’il voulait faire en parallèle du travail de Laure. Irina avait déjà réalisé en janvier une des petites broderies présentées à l’exposition. La broderie "made in Russia" a été réalisée il y a 10 ans quand Irina était encore à l’école, donc c’est très intéressant de voir tout le fil rouge de son travail.

RUSSIE INFO : Que signifie le titre de cette exposition "Parallels"

ES : C’est le parallèle entre trois approches de travail russes, ce sont des parallèles qui en se rapprochant aboutissent à un trait, à une ligne, à une forme d’abstraction sur laquelle travaille Laure. Comment appréhender la Russie qui nous dépasse physiquement, qui est hors d’échelle ? Plus on s’approche, plus on entre dans les détails et plus les paysages nous échappent ; plus on entre dans l’abstraction des containers photographiés en macro.

Cette abstraction devient paysage. Et, comme par hasard, ce paysage redevient le paysage des endroits traversés par ce train, c’est à dire des forêts, des lacs, des étangs, des craquelures, des fissures, des êtres... Laure fait sans arrêt des aller-retours entre les images qu’elle crée et ses références en peinture, entre l’abstraction du métal et la nature. D’où cette notion de parallèles.

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Irina Petrakova
Artygeneration.com
MB : Parallèles, c’est également la ligne du train mais également cet espace qui se crée entre deux lignes quand un train passe et dont la grande vitesse fait déformer le paysage, c’est quand le paysage s’imprime sur le train et vice-versa. C’est cette démarche de parallèle que fait Laure entre son travail et ses artistes de référence et c’est ce travail que l’on a demandé de réaliser aux deux artistes russes, Kirill à Vladivostok et Irina à Moscou. La colonne vertébrale de l’exposition est la série de photographies de Laure et les artistes russes ont crée leurs propres parallèles, d’une manière très différente.

Kirill, a créé le sien, avec sa propre notion de paysage, de récupération de lieux et son regard sur sa ville, Vladivostok. Tous ces rails, que l’on suit avec Laure, qui traversent la Russie, ont traversé l’Europe avant et ne sont que le fruit de la mondialisation. Quand on arrive à Vladivostok, on est au bout du bout et ensuite c’est la mer qui elle aussi est un vecteur de la mondialisation, Vladivostok étant un gros port de transit de marchandises. Tout le travail de Kirill en est chargé.

Comme pour Laure, le travail de Kirill s’appuie sur des matériaux organiques, le bois, la récup, la nature et témoigne des flux transitoires. Irina, dans son travail, parle plus des histoires intimes, de l’humain, de ses parts d’ombre, pour révéler quelque chose de très ténu. Il nous a semblé intéressant de l’associer parce que justement elle évoque tous ces hommes des contrées traversées par le train, cette âme russe. Pour cela, elle a choisit de travailler avec la broderie, ce qui a donné la grande broderie de papier que l’on voit dans l’exposition.

ES: le regard d’Irina est infiniment russe. Il y a dans l’exposition un survêtement Adidas, brodé devant et derrière avec des fleurs et qui symbolise une certaine jeunesse d’aujourd’hui, le stéréotype russe du gopnik qui ne revendiquent rien de spécial sauf une attitude : ils sont accroupis et mangent des graines de tournesol dont ils recrachent l’enveloppe. Dans la scénographie de l’exposition, nous n’avons, bien sûr, pas voulu les présenter séparément les uns des autres. On a réussi à faire des parallèles avec des petites pièces de chacun mêlées dans les travaux des autres.

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Photo
E. Sacchet

RUSSIE INFO : Quels seront les autres temps forts de cette exposition ?

AMC : Dimanche 27 mai, pour la fête des mères, de 14h à 17h, des master-class seront organisés pour les enfants de 5 à 11 ans. Une artiste franco-russe, Emilie Dournovo va les faire travailler sur cette notion de parallèle, avec les média que l’on trouve dans l’expo, sur une longue traversée entre la nature et les trains.

MB : Mercredi 30 mai à 20h, une vente aux enchères aura lieu pour la fin de l’exposition. C’est une belle manière de clôturer l’exposition ainsi que la présence de Laure à Moscou. Seront mises en vente toutes les photos de Laure prises sur la période 2014-2018 non seulement en Russie mais également à Lyon et en Afrique. Les bénéfices seront reversés à l’association Capital of Mercy qui gère 8 orphelinats et qui accompagne notamment des enfants handicapés. Les fonds serviront à financer l’achat d’instruments de musique, Laure étant également musicienne.

AMC : une trentaine de lots seront mis en vente à des prix intéressants.

Exposition Parralels
Khlebzavod, Novodmitrovskaya Ulitsa, 1, Moskva
Plan : ICI

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