Panama Papers : les réactions des Russes

Suite à des révélations de grande ampleur sur la finance offshore et ses réseaux, les réactions s’enchaînent dans le monde entier. En Russie, des experts prédisent que ce scandale aura peu d'impact sur Vladimir Poutine.

Depuis lundi 4 avril, le scandale Panama Papers fait beaucoup de bruit et agite les rédactions : le président islandais directement impliqué dans l'affaire a donné sa démission le lendemain, la France a remis le Panama dans la liste noire des paradis fiscaux.

En Russie, les réactions sont sensiblement différentes, malgré l'implication d'un très proche ami du président Poutine, et les soupçons qui pèsent sur le président lui même.

En premier lieu, le Kremlin a réagi par la voix de son porte-parole, Dmitri Peskov, en rejetant fermement les accusations et en dénonçant une attaque médiatique contre Poutine. Le jour même des révélations, c'est à six heures du soir que la chaîne nationale, Perviy Kanal, a exposé le scandale, en reprenant les déclarations de Dmitri Peskov et en axant essentiellement l'information sur l'implication du président ukrainien, Petro Porochenko, dans les Panama Papers.

Tous corrompus, et alors ?

Mais outre les réactions du Kremlin, des experts russes estiment que, même si le scandale de ces sociétés offshore était plus largement couvert par la télévision russe, Poutine en sortirait toujours indemne.

Alexandre Baunov du Centre Carnegie de Moscou a déclaré ainsi : "Il n'y a pas de comptes liant directement Poutine à ces compagnies offshore et même s'il y en avait, cela ne choquerait probablement pas ses supporters en Russie".

Il ajoute que les détracteurs de Poutine recherchent au mauvais endroit les potentiels problèmes qui pourraient déstabiliser le gouvernement.

"Qu'est ce qui pourrait être vraiment désastreux pour Poutine ? Tout ce qui pourrait faire revenir la Russie dans les années 1990", a déclaré Alexandre Baunov.

Dans un pays où beaucoup de personnalités sont considérées, par défaut, comme corrompues, une révélation de corruption dans le cercle restreint de Poutine n'est pas vue comme autre chose qu'un péché.

Dimitry Gudkov, un député russe de l'opposition a déclaré sur sa page Facebook : "Dans notre société, la réaction est : et alors ? Il ne boit pas le sang des nouveau-nés, encore merci ; nous savons que les choses pourraient être pires".

Effectivement, alors que les militants de l'opposition fulminent dans les réseaux sociaux à propos des Panama Papers, beaucoup de Russes y sont indifférents.

"Sérieusement, si quelqu'un avait posé une photo de Poutine regardant Pegga Pig, cela aurait créé plus de remous" a tweeté le blogueur Ilya Varlamov, en faisant référence à un dessin animé populaire.

Les Russes sans illusion sur la corruption

Pour Ivan Tsvetkov, professeur en Relations Internationales, beaucoup de Russes restent pessimistes sur le sujet de la corruption.

"Ils pensent que c'est impossible de l’éradiquer du pays ; et en même temps, ils estiment que la Russie, poussée par son leadership actuel, peut jouer un rôle important parmi les grandes puissances, quelques soient les accusations dirigées vers le pays."

Depuis des générations, l’idée que "les hommes de pouvoir peuvent utiliser les biens publics pour leur usage personnel" se maintient en Russie, explique Tsvetkov. Depuis longtemps, la propriété privée n'est pas vue "comme un droit naturel et inaliénable". Pour l'analyste, il est clair que les Russes, même s'ils ne croyaient pas en la version du Kremlin d'un complot médiatique, n’attendront pas de version alternative de la part des autorités.

Ces analyses sont confirmées par une enquête du centre de sondage russe Levada. Dans une récente étude datant de février 2016 et republiée sur leur site lundi dernier, 76 % des Russes considèrent que les autorités sont largement touchées par la corruption. Et sur son évolution par rapport au début des années 2000, 32 % pensent que la corruption est plus grande, et 47 % la même.

Pour le journal Vedomosti, les réactions russes et occidentales suite au scandale Panama Papers sont finalement typiques : du côté de l’Occident, ces révélations sont perçues comme un guide pour une action positive, de côté de la Russie, elles sont considérées comme une insulte.

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