Oleg Maslov, un peintre en pleine effervescence

Portrait d’un peintre singulier dont les œuvres se trouvent dans les plus grands musées du monde et dans les collections privées russes et étrangères.

By Oleg Maslov

Oleg Maslov fait partie de ceux qu’on appelle depuis les années 1980 "les peintres underground de Saint-Pétersbourg".

Son atelier est l’un des premiers squats de la Russie des années 80, et lui sert toujours de lieu de création. C'est aussi dans cet endroit qu'il accueille ses confrères-artistes de la même veine.

Depuis une décennie, Oleg Maslov reste volontairement retranché dans ce lieu, rue Pouchkinskaya à Saint-Pétersbourg, où règne une atmosphère singulière.

C’est là que, dans une vie antérieure, en pleine période de la Glasnost, "la sensibilité et la création artistique de la future Russie post-soviétique se sont rencontrés dans les années 80 pour ne plus jamais se séparer ".

"Les artistes qui séjournent ici partagent tous la même conviction : créer pour ne pas devenir les pions d’un quelconque échiquier politique. On a résisté au KGB tout de même et on leur a fait front pendant 10 ans au moins avant l’effondrement de l’URSS !"

"Le néo-expressionnisme, c’est comme ça qu’on avait appelé notre style, qui est devenu par la suite la principale tendance de toute une génération d’artistes de la perestroïka, avides de liberté et de nouvelles formes d’expression", confie Oleg Maslov en fumant cigarettes sur cigarettes, entouré de chevalets portant les œuvres inachevées qui peuplent son atelier.

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Adam et Eve
Oleg Maslov

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Oleg Maslov

S’inspirer des fruits défendus de l’URSS

Oleg Maslov est l’un des premiers artistes à dévoiler la culture d’une jeunesse qui casse les normes imposées par l’idéologie soviétique, en pleine perestroïka, ou les limites du régime en déclin se manifestent irréversiblement des 1985.

Les principes, du groupe d’artistes dont il fait partie, ne consistent pas seulement à provoquer les officiels, c’est davantage la volonté de mettre en avant un questionnement sur la liberté individuelle et ses entraves, de montrer le nouveau visage de cette jeunesse, à la fois diablement compromettant et définitivement authentique.

Les artistes tiraient leur inspiration de tous les fruits défendus qui existaient en URSS, des tendances occidentales qu’ils ne voyaient qu’à travers les magazines d’art, mais aussi grâce à des rencontres. Les pays voisins comme la Suède et la Finlande ne sont plus aussi inaccessibles et des tribus d’artistes se déplacent désormais à Saint-Pétersbourg comme s’ils sentaient qu’un souffle d’un nouveau genre était en train de naître.

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Exposition
Oleg Maslov

"Nous sommes allés jusqu’à créer une nouvelle institution – la Nouvelle Académie des Beaux-Arts – que Timour Novikov, ami et figure culte de l’art de Saint-Pétersbourg a inauguré en 1989", rappelle l'artiste. Il précise que les thèmes principaux de ses travaux de cette période sont la virilité, la force, l’apologie de la beauté pure, l’amour de soi en tant qu’exaltation artistique.

Les tableaux de Maslov des années 80 représentent un réalisme extrême, de grandes silhouettes masculines, des configurations de corps humains osées au service de couleurs vives, de personnifications de métaphores complexes, d’associations nouvelles pour cette époque encore très marquée par les dogmes de l’Etat.

L’autodidacte : une affolante ascension

Tout semblait bien s’ordonner pour Oleg Maslov lorsqu’à l’âge de 19 ans, passionné de peinture, il choisit un métier artistique, comme son père qui était scénographe et qui décorait les cortèges lors des fêtes communistes. En septembre 1984, brillamment diplômé d’un lycée d’art de Penza, petite bourgade russe, il atterrit dans les faubourgs artistiques de Léningrad et y reste les 50 prochaines années.

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Photo by
Oleg Maslov

"La veille de mes examens d’entrée à la faculté de la scénographie, j’ai fait connaissance avec Serguei Kouriokhine, brillant artiste interdisciplinaire et précurseur de l’art performance en Russie. C’est après avoir côtoyé l’équipe de ses acolytes que j’ai décidé de renoncer à la formation universitaire pour appréhender l’art à travers ma propre expérience. Cinq ans plus tard, j’étais déjà professeur de la Nouvelle Académie des beaux-arts avec un agenda rempli de séjours en résidence d’artistes aussi bien en Russie qu’à l’étranger".

Actuellement, en dehors des grands musées, les œuvres d’Oleg Maslov s’exposent de façon épisodique en Russie mais aussi en Pologne, au Danemark et en Suède. Peu soucieux de l’impression qu’il produit, il donne le sentiment de chercher des univers épiques pour s’en inspirer ensuite pour ses œuvres.

Invité à présenter ses tableaux dans un centre d’art à Nantes, il préfère prendre le cargo d’un ami plutôt que l’avion : "J’ai emprunté la mer Baltique via les passages maritimes du Sud de la Norvège pour regagner ensuite le golfe de Gascogne et amerrir à Nantes".
Les souvenirs de ses voyages à travers l’Europe Occidentale semblent toujours nourrir son imaginaire artistique.

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Fleurs
Oleg Maslov

Depuis quelque temps, Maslov ne peint plus que des fleurs gigantesques aux couleurs très vives, quasi éblouissantes et s’intéresse aux jeux de l’illusion d’optique à travers les grands formats de corps de femmes qu’il peint sans cesse.

Toujours sensible à la vie mondaine de Saint-Pétersbourg et aux joies esthétiques, il prépare une série de rétrospectives de ses œuvres prévues à la rentrée de septembre 2019 à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Juste ce qu’il faut pour gâter les nostalgiques de l’underground soviétique, mais aussi toute une nouvelle génération qui contemplera son travail pour la première fois, en ignorant le chemin que l’artiste a dû parcourir pour parvenir à ce style unique.

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