Noël en Russie : le sapin à la mode soviétique

En Russie, pour Noël, les antiquaires ont confiance dans leur étoile, à condition qu’elle soit rouge, à cinq branches et dessinée sur une boule fabriquée en URSS à la fin des années 30 !

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Supprimée en 1929 par les bolcheviks, la fête du Nouvel An a été en quelque sorte réhabilitée en 1935. A la même époque, fut lancée en URSS la première usine de décoration de Noël ou, plus précisément, de Nouvel An. La production était bien entendu différente de celle avant la Révolution : plus d’anges, ni d’étoiles, ni de rois mages. En accord avec le régime, les figurines soviétiques devaient refléter la nouvelle réalité, du moins la nouvelle idéologie. C’est ainsi que sur les branches du sapin se sont retrouvés accrochés des petits soldats de l'Armée rouge, des kolkhoziens, la voiture Pobieda, ou encore des boules avec la faucille et le marteau…

Après la chute de l’URSS, ces figurines sont devenues des objets de collection, mais c’est seulement cette année qu’a été organisée à Moscou la première exposition-vente de ces décorations soviétiques de Noël.

Russie Info a rencontré son initiatrice, Olga Magzjanova, propriétaire d’une boutique d’antiquités.

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Décoration soviétique
E.C

RUSSIE INFO : Comment peut-on décrire la décoration soviétique du sapin de Noël ?

Olga Magzjanova : C’est une décoration plus simple car les temps étaient pauvres, qui représente très souvent les personnages de contes de fée russes. Mais elle reflète aussi son époque, par exemple, dans les années 30, on reproduisait des dirigeables en verre, et après 1936, suite au film soviétique Cirque qui était extrêmement populaire, on a commencé à fabriquer des clowns, des éléphants...

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Figurines de cirque
E.C

Après la Seconde Guerre mondiale, on décorait les sapins avec des tanks en verre, des "mines flottantes", des pistolets, et des oursons-parachutistes... mais les oursons se brisaient souvent, c’est pourquoi on accrochait aux parachutes n’importe quel autre jouet. A cette même période, on produisait des boules et des grappes de raisin à partir des vieilles ampoules en les colorant selon sa fantaisie et les teintes disponibles.

Puis dans les années 1960, le vol de Gagarine a déclenché l’apparition de spationautes sur les arbres de Noël, et suite à la promotion du maïs développée par Khrouchtchev, ce sont des épis qui sont apparus ou autres fruits de l’agriculture.

Les années 60 sont aussi marquées par la construction en masse des logements économes, très exigus. Leurs habitants préféraient donc y installer des petits sapins pour lesquels il fallait des mini-figurines vendues en assortiment. Après 1966, cette décoration a été produite en masse, à la chaine et a alors perdu son originalité et l’intérêt des collectionneurs.

RUSSIE INFO : Quels objets sont considérés comme uniques ?

Olga Magzjanova : Tout ce qui représente l’outillage ou le matériel comme les tanks, les tracteurs, les locomotives sont des pièces rares. Il y a aussi des boules avec des dessins propagandistes, des portraits de leaders soviétiques, les symboles comme les étoiles, la faucille et le marteau. Ensuite, les ustensiles tels que les lampes, les théières et surtout les samovars !

Les figurines produites dans les années 50 et 60 sont aussi rares si elles appartiennent aux séries telles que les métiers, les peuples de l’URSS, les personnages des contes.

En 1949, une série sur les contes de Pouchkine a été lancée pour le 150ème anniversaire du poète. Ces figurines sont aujourd’hui très chères. Par exemple, celle représentant La Vieille du Conte du pêcheur et du petit poisson, celle qui tient ses mains sur ses hanches peut atteindre 35 000 roubles (environ 500 euros).

En général, les prix des décorations soviétiques pour le sapin vont de 100 roubles (1,5 euro) a plus de 70 000–80 000 roubles (soit 1000–1150 euros).
Bien sûr, il existe de fausses décorations soviétiques, mais elles ne sont pas nombreuses. Il y a peu de temps, sur un site marchand, on pouvait acheter une boule avec les portraits de Lénine et de Staline. Cette boule était un faux car produite en Allemagne. Le vendeur n’a pas trouvé d'acheteur, peut-être parce qu’il en demandait trop cher : 15 000 roubles (environ 210 euros).

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Fruits de l'agriculture
Olga Magzjanova

RUSSIE INFO : Qui sont les acheteurs de ce type de décoration de Noël ?

Olga Magzjanova : Des antiquaires, des hommes d’affaires, des femmes au foyer, des artistes. Il y a aussi des amateurs à la Douma ! Les étrangers s’y intéressent également. L’hiver passé, un Français est venu dans ma boutique, il a marchandé avec acharnement mais a finalement acheté toute la décoration soviétique qu’il y avait.

RUSSIE INFO : Quelles sont les pièces les plus collectionnées ?

Olga Magzjanova : Il y a beaucoup de thèmes. Certains collectionnent les hiboux en verre, d’autres, les izbouchkas (maisonnettes) ou les figurines produites en RDA.
Il y a de quoi choisir ! D’habitude ceux qui préfèrent les décorations en verre détestent celles en ouate et vice-versa. Moi, par exemple, je n’aime pas les figurines en ouate. A mes débuts, alors que je n’y connaissais rien, une personne m’a apporté une grande boîte de jouets en ouate pour 1 000 roubles (environ 14 euros), justement pour s’en débarrasser. J’ai acheté cette boîte et il s’est trouvé qu’elle était pleine de raretés dont chacune coûtait minimum 10 000 roubles (environ 140 euros) ! Les collectionneurs en sont presque venus aux mains dans ma boutique !

Mais il n’y a pas que des collectionneurs d’antiquités qui sont intéressés, il y a aussi des collectionneurs de jouets contemporains produits en tirage limité. Par exemple, on a reconstitué une boule avec les portraits de Lénine, Staline, Marx et Engels. Cette boule existe seulement en trois exemplaires, c’est un objet de collection, mais personne n’a jamais vu la vraie boule avec ces quatre portraits, car elle est visible uniquement sur une ancienne photo du sapin au Kremlin.

RUSSIE INFO : Pourquoi ce domaine de collection est-il à la mode ?

Olga Magzjanova : A vrai dire, il l’est depuis longtemps, bien que le premier vrai catalogue soit apparu seulement en 2010. Mais actuellement, le thème est vraiment populaire, sans doute parce qu’il y a une vague de patriotisme. Etonnamment avec la crise, le prix de toutes les antiquités baisse mais celui de la décoration soviétique du sapin augmente. Cela peut être un investissement intéressant.

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