Nikolai Starikov: portrait d’un écrivain épris de Staline

Dans son dernier livre "Staline: souvenons-nous ensemble", l’écrivain russe, Nicolai Starikov, appelle à la réhabilitation de Joseph Staline. Son argument, constamment présenté comme un pur fait historique, est simple : Staline a construit une superpuissance, Gorbatchev l’a détruite.

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Photo: Олега КУЗЕНКОВА («КП» - Санкт-Петербург»).

Les propos de Nikolai Starikov à l’encontre de la politique éducative du gouvernement russe, corroborent l’intention incarnée dans son nouveau livre : toutes les réformes de ces vingt dernières années, et notamment l’introduction de l’examen unique d’Etat, tuent la connaissance.

L’enseignement soviétique était excellent, rien n’est à réinventer... Sauf les manuels d’histoire, dont il faudrait « restaurer la crédibilité ».

Dans son essai historique "Staline : souvenons-nous ensemble", vendu depuis le 15 août à plus de 20 000 exemplaires, Nikolai Starikov explique que rétablir la vérité dans les manuels d’histoire implique la réhabilitation de Joseph Staline dans la société russe.

Staline, ce héros

Selon Nicolai Starikov, Joseph Staline est à la fois l'homme le plus célèbre et le plus calomnié de l'histoire russe. Les historiens n'auraient cessé de lui attribuer des propos qu'ils n'auraient jamais tenus... Et des crimes qu'il n'aurait jamais commis.

Son raisonnement historique, qu’il prétend fondé sur les mémoires de ses contemporains les plus proches et sur des documents authentiques d’époque, est rempli de questions rhétoriques : est-ce que le secrétaire général du Parti avait vraiment une manière despotique de gouverner ? Est-ce qu’il a vraiment amputé le potentiel des forces armées à la veille de la seconde guerre mondiale ?

Derrière un discours qui se veut posé, Nicolai Starikov révèle son admiration pour les discours de politique étrangère et l’ingéniosité diplomatico-militaire de Joseph Staline. Il en profite pour révéler son aversion pour Nikita Khrouchtchev, qu’il accuse d’avoir comploté, avec Winston Churchill, l’empoisonnement de Staline.

Ainsi, selon l’auteur, si la « mémoire » des contemporains témoigne invariablement du génie politique et intellectuel du dirigeant soviétique, sa paranoïa sanguinaire doit, quant à elle, être prouvée par des « documents ».

Nicolai Starikov affirme qu’aucun écrit historique ne permet de prouver les exécutions par millions dont on l’accuse. Une fois poussé dans ses retranchements, il avance les chiffres de six cents à sept cents mille condamnations à mort et de trois millions de privations de liberté pour activités contrerévolutionnaires sur l’ensemble de la période allant de la mort de Lénine à la mort de Staline.

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Staline : souvenons-nous ensemble"
N.Starikov

Mais il souligne que la plupart auraient été « justifiés par des impératifs de continuité de l’Etat et d’intégrité territoriale ». Pour Nicolas Starikov, dont la conception de l’éthique politique est visiblement inspirée de Machiavel, « les comportements qui peuvent paraître cruels dans la vie de tous les jours sont assimilables en politique à l’héroïsme et à l’habilité à se faire respecter. »

Qui est Nicolai Starikov ?

Nicolai Starikov est un écrivain et journaliste d’opinion. Pétersbourgeois de 40 ans, il milite aux côtés de groupes nationalistes tels que le Syndicat des citoyens de Russie («профсоюз граждан России») et le parti Glorieuse Russie («Великая Россия»).

Pro-Poutine, il a soutenu ce dernier lorsque sa popularité a chuté à la fin de son mandat de Premier ministre. Il a participé à l’ouverture du site putinaostavit.ru en en mai 2011 et au lancement de la pétition pour le maintien de ce dernier à son poste de Premier ministre, qui faisait concurrence à celle pour son départ du site putinavotstavku.ru

Le discours de politique étrangère de l’auteur coïncide partiellement avec celui du président russe, dans sa volonté de restaurer l’influence économique et culturelle russe sur ses voisins. Il a ainsi déclaré que l’Ukraine est une partie de la Russie et que les « 5-10 % » de ses habitants qui ne se considèrent pas Russes, sont ceux qui ont été « reprogrammés » lorsqu’ils se trouvaient sous juridiction polonaise.
Il considère par ailleurs les révolutions arabes et colorées comme un processus de déstabilisation politique et économique initié par les Etats-Unis pour maintenir leur domination monétaire sur le monde entier.

Pour l’auteur, la diabolisation de Joseph Staline serait, de la même manière, le résultat de la propagande occidentale.

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