A Nijni-Novgorod, les jeunes russes en quête d'avenir

A Nijni-Novgorod, la jeunesse russe fait un constat accablant de la situation économique et sociale. En l’absence de perspective et d’avenir, le désir de quitter la Russie domine chez cette génération majoritairement apolitique.

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Dans un pays que les difficultés économiques frappent de plein fouet, être jeune n’est pas toujours facile. En 2016, 17,3 % des jeunes entre 20 et 24 ans étaient non scolarisés et sans emploi (selon les chiffres de l'OCDE). Par ailleurs, de grandes disparités existent entre les jeunes travailleurs: le salaire moyen lorsqu’un jeune intègre le marché du travail à Moscou était de 64.000 roubles (environ 930 euros) en 2016, il était de 22.000 roubles (320 euros) dans le Caucase du Nord à la même période.

Julia vit à Nijni-Novgorod, et représente bien cette génération. 26 ans, mariée, elle possède une petite entreprise d’événementiel, et gagne entre 10.000 et 20.000 roubles (150 à 280 €) par mois selon ses commandes. Avec son maigre salaire, elle est donc obligée de vivre chez ses parents.

Partir pour s’en sortir ?

Face à ces nombreuses difficultés économiques et sociales, les jeunes Russes de Nijni-Novgorod sont de plus en plus tentés de quitter le pays. En octobre 2017, l’Institut de l’Opinion Publique (IOP) publiait une étude selon laquelle 38 % des 18-30 ans déclaraient avoir des amis pensant "sérieusement" quitter la Russie (contre 22 % en moyenne).

Dans la même étude, 48 % des jeunes interrogés estimaient que le nombre de personnes quittant définitivement le pays irait en augmentant, contre 32 %.

Macha, étudiante en relations internationales, envisage elle aussi de quitter la Russie pour faire un Master en France, puis pour travailler à l’international, hors de Russie.

Pareil pour Julia, qui, avec son mari, change ses économies en dollars, dans l’idée d’un départ futur: que ce soient la France, le Canada ou les États-Unis, peu importe. Sa seule envie est de partir.

Son constat est sans appel: " J’ai 26 ans et je n'ai aucune assurance dans ma vie. Pas de revenu stable. Enfant, je rêvais de devenir riche. D’avoir une maison, de voyager. Mais il n’y a aucune perspective pour les gens de mon niveau social. Il n’est pas possible de gagner de l’argent par des moyens légaux".

Dans un an ou deux, Julia rejoindra donc le nombre de Russes expatriés qui essaient de s’en sortir à l’étranger, imaginant que la situation est plus douce ailleurs.

Chez les étudiants aussi, ils sont nombreux à vouloir partir de Russie. La crise économique et les politiques conservatrices frappent durement les jeunes qui regardent vers l’Occident, et conduisent à des réactions extrêmes des deux côtés : Dimitri, lycéen en dernière année, rejette ainsi tout ce qui vient de Russie, préférant s’imbiber de culture américaine, et entretenant son accent ‘californien’ en anglais.

"Il y a les patriotes, et puis, il y a les autres..."

À l’opposé, il y a aussi des jeunes très attachés à leur pays et aux valeurs qu’il incarne. Telle qu’Irina, étudiante en langues, qui va à la messe tous les dimanches et place les valeurs familiales et le mariage au-dessus de toute autre chose. Pourtant originaire d’une petite ville située entre Riazan et Nijni-Novgorod, qui voit sa population baisser de manière constante depuis l’an 2000, il n’est pas question pour elle de quitter son pays.

Ainsi, en dehors de la capitale où la jeunesse moscovite semble plus globalisée, la vérité est plus complexe et amène à des positions politiques contrastées. Marina, étudiante, résume ainsi la situation quand aux départs des jeunes à l’étranger: "il y a les patriotes, et puis, il y a les autres...".

En quête d’idéal

Dans ce contexte social et économique, la vision de la société sous l’Union soviétique est souvent idéalisée :

"Les hommes étaient plus proches", indique la jeune Ksenia qui n’a pas connu cette période, et adopte les références de ses parents, voire de ses grands parents.

"L'éducation était gratuite. La nourriture naturelle. Les salaires et le travail étaient stables. On avait confiance dans le lendemain", affirme encore Julia.

La nostalgie de l’URSS s’installe doucement chez les jeunes, indique une étude menée fin novembre 2017 par l’institut de sondage indépendant Levada . 20 % de la jeunesse russe se dit être nostalgique de l’Union soviétique, contre 42 %. En 2012, c’étaient respectivement 13 % et 51 % de la jeunesse russe. Le sentiment pro-soviétique a donc augmenté considérablement face aux difficultés croissantes.

Pour Mikhaïl Mamonov, chef des projets d’étude du VtsIOM, ce chiffre pourrait être bien plus important. Dans une interview de 2016, il considérait qu’environ 50 % des jeunes étaient réellement nostalgiques de cette époque. Une tendance qui a une certaine répercussion politique puisque entre 2013 et 2018, le parti communiste a obtenu 13.000 nouvelles adhésions.

Une vision politique brouillée

Pour cette génération, la politique n’aide pas à avoir une vision claire de l’avenir. Du coup, de nombreux jeunes pensent que la solution ne viendra pas de leur choix politique. La question que les médias et les politologues russes se posent aujourd'hui, c’est de savoir pour qui voteront ces jeunes.
Et si l’on en croit l’IOP, (Institut de l’Opinion Publique), ces jeunes voteront majoritairement pour personne. Lors d’un sondage d’avril 2017, 62 % des jeunes affirmaient ne pas suivre le déroulement des campagnes électorales, et c’étaient les étudiants entre 17 et 23 ans (68%) qui suivaient le moins les élections.

Cela s’explique sans doute par un sentiment de fatalité face au vote, comme la jeune Nastia qui explique que dans sa ville, "un vote vaut une poignée de roubles".

Dans une autre enquête d’avril 2017, 84 % des 17-34 ans déclaraient n’avoir jamais participé à des "rassemblements, des manifestations, des actions de protestation". C’est donc une génération globalement dépolitisée qui semble se dessiner.

Du côté des Russes plutôt conservateurs et religieux, c’est un vote Poutine qui l’emporte, mais avec toutes les contradictions que peut amener la dépolitisation des jeunes.

Ksenia, étudiante à l’université, a beau voter aux primaires de Russie Unie, le parti de Poutine, elle trouve aussi que rejoindre "un mouvement communiste, ça pourrait être bien".

De la même façon, si Alexey Navalny a une audience importante chez les jeunes ‘globalisés’ des grandes villes, cette audience reste limitée et désorganisée, et est encore plus faible en région.

Quid des mouvements de jeunesse

Des quatre grands partis politiques russes, seuls trois ont un mouvement de jeunesse : la Jeune Garde de Russie Unie, qui revendique près de 170.000 adhérents (officiellement), l’Union Communiste Léniniste de la Jeunesse (komsomol), qui lors de son dernier congrès affichait 56.800 adhérents, et le mouvement de jeunesse du LDPR (qui n’a même pas de site internet). Ces jeunes ne semblent cependant pas avoir d’activité militante régulière, à l’exception d’événements sporadiques, comme pendant les élections.

La candidature à l’élection présidentielle de 2018 de Pavel Groudinine parviendra peut être à capter une partie de l’électorat jeune : le KPRF présente une nouvelle tête (à la place de Guennadi Ziouganov, 73 ans, chef du Parti communiste russe depuis 1996), après plus de quinze ans dans un paysage politique qui reste encore très figé : Poutine et Jirinovski se présentent aux élections depuis que la jeune génération est née.

Quoiqu’il en soit, la jeunesse russe semble prête à s’abstenir en masse. Une note d’espoir pourtant avec, pour la première fois, la procédure de vote qui sera facilitée. Les étudiants n’auront pas à rentrer dans leur ville natale pour voter, ce qui peut potentiellement augurer d’une participation plus grande.

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Portrait de saharien1

Pourquoi il y a eu autant de difference dans les salaires 930€ passé à 230€ environ??

favreau



Portrait de Anna

Bonjour saharien1, les salaires ne sont pas passés de 930€ à 230€, il s'agit ici de disparités régionales. C'est une comparaison entre un salaire à Moscou et un salaire dans le Caucase, à la même période pour le même type de poste. Ces disparités salariales sont aussi visibles dans les pays occidentaux entre les grandes mégapoles et les zones rurales.



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