Moscou : un patrimoine architectural en danger

Le 26 mai, des Moscovites ont manifesté dans les rues de la ville pour défendre leur patrimoine architectural menacé par les constructions commerciales. Leurs exigences principales : attribuer à la capitale russe le statut de ville historique et créer un Conseil pour l’héritage architectural.

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Photo : Elena Chagaeva

La manifestation a été organisée par le mouvement public Archnadzor (en russe : surveillance architecturale) fondé en 2009 pour protéger les monuments historiques en Russie.
L’association réalise régulièrement des expositions, des visites guidées ou des conférences sur le sujet. Bien qu’apolitique, l’activité de l’organisme passe souvent par des manifestations car elle se retrouve dans la plupart des cas en opposition avec la politique de la municipalité. Les militants donnent l'alarme car la démolition des bâtiments historiques continue ainsi que la réduction des territoires des parcs ou encore l’absence de contrôle archéologique au cours des travaux d’aménagement du centre historique de la ville.

La manifestation du 26 mai a été lancée suite à plusieurs projets municipaux peu appréciés des citadins et rassemblait plusieurs quartiers de la capitale touchés par ces chantiers controversés. Selon eux, la politique municipale ne respecte ni les lois de construction ni l’avis des citadins et reste au profit des projets commerciaux.

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Affiche de la manifestation
archnadzor.ru

Parmi les héritages du passé, ceux de l’avant-garde russe sont particulièrement vulnérables. Selon les manifestants, ces constructions uniques dont l’importance pour l’histoire de l’architecture ne fait pas de doute, sont abandonnées ou risquent d'être remplacées par un énième centre commercial.

C'est le cas pour le bâtiment constructiviste de l'ATC bâti en 1929 dans le quartier central de Taganskaya. Le graphisme de sa façade et l’harmonie de ses proportions l’ont mise au rang des œuvres les plus marquantes du constructivisme russe. Outre le rôle dans l’architecture, l’édifice a aussi une importance historique car il abritait l'une des premières stations téléphoniques automatiques en Russie.

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Taganskaya ATC
Site Buro247.ru

Pourtant en février 2016, le département de l’héritage culturel de Moscou a refusé de lui attribuer le statut de monument historique. Un promoteur immobilier a commencé la démolition de la station pour bâtir un complexe d’appartements à sa place. Pour arrêter la destruction, les militants ainsi que des architectes et des critiques d'art se sont adressés au maire en demandant la sauvegarde du bâtiment, mais n’ont pas reçu de réponse.

Pendant un mois, une pétition a circulé pour la protection de la station Taganskaya, et a reçu plus de 36 000 signatures. Malgré tous ces efforts, l’édifice a été démoli.

Une autre pétition contre un autre chantier a recueilli aujourd'hui plus de 130 000 signatures. Les citadins protestent contre une route à six voies qui doit passer à travers un parc historique. Pour le moment, ce territoire appartient au manoir Kouskovo, appelé aussi le Versailles russe, à la troisième position des monuments moscovites les plus fréquentés (après le Kremlin et la Galerie Tretiakov). Avec ses bâtiments et son large parc, cet ensemble est un exemple de l’art paysagiste du XVIIIe siècle.

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Manoir Kouskovo
Claire Dufay

Selon les organisateurs du mouvement, cette situation menaçante pour l'héritage culturel à Moscou est liée à l’insuffisance de lois protectrices. Par exemple, les lois ne définissent pas clairement les responsabilités en cas de rupture des règles de chantier ou de destruction d'objets ayant le statut de monument historique.

Les manifestants ont élaboré une pétition s'adressant aux pouvoirs national et régionaux, exigeant des modifications de la législation afin de permettre aux citadins d'influencer la politique urbanistique. Une des principales revendications est la création d'un Conseil publique pour l’héritage qui aurait la possibilité d’accepter ou de refuser les chantiers dans les zones reconnues comme historiques.

Ils demandent également la reconnaissance de Moscou en tant que ville historique. Cette notion de ville historique a une valeur juridique qui est apparue dans la législation russe en 1970. Au début, la liste comprenait 115 lieux, en 1990 elle a été élargie à plus de 500. Mais en 2010, le Ministère de la Culture l’a sensiblement réduite à 41.
Moscou en est exclue ainsi que beaucoup d’autres villes historiques comme Ouglitch et Veliki Novgorod dont l’importance historique et architecturale pour le pays est avérée.

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Moscou, ville historique
Elena Chagaeva

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