Moscou ne serait pas la ville la plus chère de Russie

Sur le segment des produits bon marché, Moscou n’est pas la ville la plus chère, selon une nouvelle étude. Pour les habitants des petites villes et villages, le choix des produits est beaucoup moins large, favorisant des prix plus élevés.

Bilibino, ville de l’extrême Nord-Est russe où le panier moyen est le plus cher.

Le panier de produits bon marché dans les villages russes est plus cher qu’à Moscou, selon l’étude La Russie "au pain et à l'eau" : les prix dans les régions du pays, publiée par le Centre pour la Réforme Economique et Politique (CEPR). Et selon les calculs des analystes, c’est également vrai pour les articles non alimentaires, tels que les médicaments.

D’août à septembre 2016, les analystes du CEPR ont suivi les prix des biens dans les villes de Moscou, Ekaterinbourg, Nalchik, Vladivostok, Nijni Novgorod, ainsi que dans des petites villes et villages. Ils ont visité dans chaque lieu, un supermarché, un magasin de détail conventionnel et un marché classique, et dans chacun d'entre eux, ils ont fixé le prix le moins cher et le plus cher pour tout type de produit.

En plus des produits alimentaires, ils ont également regardé les prix des cosmétiques, des produits ménagers et des médicaments.

Le panier le plus cher est en Tchoutkotka, à l’extrême Nord-Est de la Russie

Le panier le plus cher, rempli des produits les moins chers, a été constaté à Bilibino, ville de 5.400 habitants située à l‘extrême Nord-Est de la Russie, en Tchoutkotka, avec un prix de 4.660 roubles. En deuxième position, c’est la petite ville de Kievka (2.070 roubles), située pas loin de Vladivostok, suivie par le village de Kestenga (1.680 roubles) en Carélie. Moscou arrive seulement à la sixième place avec un panier de 1.393 roubles.

Le prix des "mauvaises habitudes" a aussi été étudié : les cigarettes les moins chères avec filtre, accompagnées d’une bouteille de vodka, coûteront quasiment deux fois plus cher à Bilibino qu’à Moscou.

Le journal RBK a également fait ce calcul sur le panier moyen (et non uniquement bon marché), d’après les statistiques officielles données par l’agence Rosstat : or, avec cette méthode, c’est Moscou qui détient le panier le plus cher avec un montant de 5.791 roubles.

Ce résultat contradictoire peut s’expliquer, selon le chef du département de sociologie appliquée à l’Université financière, Alexis Barb, par le fait que dans le segment des produits bon marché étudiés par le CEPR, il est possible d’acheter des produits en promotion deux fois moins chers que d’habitude.

L’économiste Elena Derbysheva souligne de son côté la dimension politique des données officielles : "A Moscou, le niveau moyen des salaires est deux fois et demie plus élevé, et personne ne peut accepter une situation où les données du Service fédéral des statistiques montrent que les prix sont nettement plus élevés en région qu’à Moscou : cela pourrait entrainer des protestations sociales."

Les petites villes et les villages limités par les politiques de prix

Les experts ont également calculé le coût de la préparation d’un bortsch, la soupe classique russe. Bilibino est toujours largement en tête avec un coût de 628 roubles. Le second est encore Kievka avec 163 roubles. Moscou est placée à la cinquième place avec 149 roubles. La soupe la moins chère pourra être cuisinée à Nijni Novgorod, à 63 roubles.

Toujours selon cette étude, les prix des médicaments à Moscou ne sont également pas les plus élevés : la capitale est à la quatrième place. Elle est également un des lieux les moins chers pour trouver l’approvisionnement de base non alimentaire comme du savon, du dentifrice, du détergent ou du shampoing. Le prix de l'essence y est aussi plus faible que dans les autres villes étudiées (13ème place).

Les habitants des petites villes et les villages eux sont limités par la gamme et la politique de prix d'un ou deux magasins, alors que les habitants des grandes villes peuvent choisir des produits bon marché grâce aux réductions, aux promotions et à la variété des magasins. Moscou est seulement en tête pour le prix des transports en commun et les services communaux.

90% des revenus des retraités

En additionnant toutes les dépenses minimales mensuelles sur toutes les familles de produits (alimentation, médicaments et transport dans les grandes villes), les analystes atteignent un coût de 11.600 roubles par mois à Moscou.
Le Moscovite doit donc débourser plus que tout le monde. Mais en le rapportant au salaire moyen de la capitale, ces dépenses ne représentent que 16.8% de son salaire, ce qui est un des taux les plus bas parmi toutes les localités étudiées (40 % voire 65% dans d’autres cas).

Les économistes indiquent par contre qu’il ne reste que quelques milliers de roubles aux habitants des petites villes et villages pour satisfaire d'autres dépenses. Cela est encore plus vrai pour les personnes dépendantes. Pour les retraités, notamment, l'étude montre que les dépenses minimales peuvent représenter jusqu'à 90% et même 109% de leurs pensions.

Pour une famille de trois personnes avec deux adultes qui travaillent, les dépenses minimales pourront être gérées, même si dans certains cas, elles dépassent la moitié de la rémunération totale et que les parents peuvent manquer de ressources pour fournir à leur enfant tout le nécessaire. Les analystes en ont ainsi conclu que "dans la majorité des cas, la situation familiale avec la mère qui s’occupe de l'enfant et le père qui travaille est en principe impossible".

"Les premiers à souffrir sont les Russes les moins aisés"

Dans ce contexte, si les habitants des grandes villes peuvent économiser sur les produits pour avoir une "stratégie de consommation flexible", cela n’est pas possible pour ceux des villages qui n’ont qu’une gamme de produits limitée.

Le marché de Moscou est beaucoup plus concurrentiel, avec des techniques de marketing-prix plus développées, confirme un analyste du CEPR. "En Russie, il existe toute une culture pour trouver des offres à bas prix, et c’est à Moscou qu’elle est la plus développée ; dans les petites villes, au contraire, il est impossible de le faire".

Selon Elena Derbysheva, les coûts de distribution expliquent aussi que les prix soient les plus élevés dans les petites villes. Toutefois, les experts du CEPR ont constaté que les résidents des petites villes disposent souvent des produits de leur propre fabrication, de sorte qu'ils "ont développé leurs propres micromarchés où ils se vendent entre eux leur production personnelle". Mais le passage à l'autosuffisance complète reste néanmoins impossible.

En conclusion de l’étude, les analystes indiquent que le mythe selon lequel Moscou présente les biens les plus chers dans les magasins, en rapport avec les revenus qui y sont élevés, est ainsi remis en question. Pour eux, plus petite et plus éloignée est la localité, plus l’offre de produits est pauvre, et donc plus les produits sont chers.

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