Á Moscou, "l'histoire est présente dans chaque maison"

Á Moscou, il y a la place Rouge, la galerie Tretiakov, la tour Ostankino… Mais l’esprit de la ville se loge également dans les maisons modestes et anciennes, comme la discrète maison de Palibine.

Au 23 de la rue Bourdenko (ул. Бурденко, 23), dans le quartier de Khamovniki, se trouve l'un des plus anciens bâtiments en bois de Moscou, la maison du conseiller du collège G.A. Palibine, directeur de dessin au bureau d’arpentage.

Sa maison se cache dans un coin vert et tranquille du centre de la capitale. De style Empire, elle a été bâtie en 1818, il y a 201 ans de ça.

Ce petit manoir miniature avec jardin et cour, permet de comprendre le mode de vie des familles nobles du début du XIXe siècle. Son architecte fut Joseph Ivanovitch Bové, qui a participé à la reconstruction et à la rénovation de Moscou après l'incendie de 1812 lors de l'occupation de Moscou par les troupes napoléoniennes.

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Plaque sur la maison
Rempart

Il oeuvrait pour la Russie impériale et a conçu, entre autres, les plans du théâtre du Bolchoï construit en 1825, et s’est occupé de la reconstruction du Kremlin, du Manège, du théâtre Maly et de l'aménagement du jardin Alexandre. Joseph Bové dirigea la Commission de reconstruction de Moscou qui fut tout spécialement créée en 1817.

Classée monument historique, la maison de Palibine a été louée pendant 35 par l’Institut national de recherche sur la restauration (GOSNIIR) ans et depuis 2017 elle a été placée sous la tutelle du mouvement des volontaires de la Société pan russe de préservation des monuments historiques et culturels (VOOPIK).

Des bénévoles français au service de l’histoire russe

En lien avec l’association française Rempart, des équipes de bénévoles sont venues à Moscou en 2017 et 2018 pour restaurer la Maison de Palibine.

"Quand les Français viennent et travaillent sur nos monuments russes, beaucoup de Russes se demandent : pourquoi suis-je russe et ne suis-je pas là à la restauration ?" commente Pavel Shishmarev, le coordinateur de VOOPIK.

C’est pourquoi certains jours, des bénévoles russes viennent les aider, et leur servent de guide une fois le travail terminé le soir.

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Photo
Rempart

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Photo
Rempart

Les bénévoles français sont tous des non-professionnels, et ont des travaux simples de travail du bois à réaliser comme d’effacer les vieilles peintures des murs et d’y appliquer un apprêt.

François, un étudiant en histoire russe, se réjouit : "Le côté le plus intéressant dans le bénévolat est que nous apprenons à maitriser une nouvelle profession. Quand nous venons, nous n'avons aucune compétence en restauration, mais sur place nous obtenons cette expérience inestimable".

"J'ai toujours été intéressé par tout ce qui concerne la Russie : leur histoire, leur patrimoine, leur culture et le peuple. J'ai toujours voulu faire quelque chose d'utile et je suis devenu bénévole pour la restauration de cette maison", indique Quentin, le chef du groupe.

Il y a aussi Catherine, une psychologue retraitée : "Il est très intéressant de s'engager dans la restauration du monument de l'architecture, en particulier, un manoir qui est encore en fonction".

"C’est vraiment une expérience inhabituelle, parce qu’on se familiarise avec la culture russe de l’intérieur. Nous travaillons tous les jours : on peint, on nettoie les fenêtres, on colle, on travaille avec le bois. Où pouvons-nous apprendre, si ce n'est ici ?" dit Irina, une étudiante.

Une histoire dans chaque maison

Devenue une maison avec des appartements communautaire sous l’ère soviétique, la maison Palibine fut rénovée une première fois au début des années 1980.

Sous les couches de feutre, de plâtre, et de journaux soviétiques, les restaurateurs ont trouvé des papiers peints en papier Empire rares, ainsi que sur les murs et sur le plafond. Il y avait des peintures, des frises, des représentations de bouquets éclatants dans les coins du plafond.

Ce genre de peinture intérieure, réalisée à la main, était très chère et ornait, en règle générale, de riches maisons et palais. Il était donc inattendu de trouver une telle décoration dans un manoir ordinaire de Moscou.

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Façade de la maison Palibine
Rempart

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Interieur de la maison
Rempart

La maison Palibine au cœur d’une polémique

La maison Palibine était entre les mains de volontaires Russes et Français réunis pour la restaurer. Et tous, voulaient en savoir plus sur l'histoire de la vie russe.
Depuis, la maison se trouve au cœur d’une polémique : de façon inattendue, sans concours ni enchères, le ministre de la Culture a approuvé l’an passé, le transfert de propriété du manoir à un Fonds d’aide à la création, au développement et à la promotion d’objets d’art religieux au nom de l’Archange Saint-Michel, expulsant de ce fait les restaurateurs.

Bien que la décision du Ministère de la culture ait été largement décriée par de nombreuses personnalités de la culture, le fonds a toutefois l’obligation de procéder à une gamme complète de travaux de restauration dans les deux ans à venir. Espérons que les nouveaux propriétaires rempliront leurs obligations pour que Moscou puisse préserver un exemple rare de son patrimoine.

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