Moscou fait revivre l’histoire

Une importante délégation française a fait le voyage à Moscou pour participer à un festival de reconstitutions historiques. Ces nouveaux participants qui font revivre poilus, révolutionnaires français ou soldats de Napoléon nous livrent leurs impressions.

Début juin, la ville de Moscou s’est plongée dans l’histoire, devenant un théâtre à ciel ouvert de reconstitutions historiques. Le Festival Temps et Epoques organise depuis 2011 cet événement mais les années antérieures étaient dédiées à une période déterminée de l’histoire. Cette année, les organisateurs ont fait les choses en grand en voulant organiser les Olympiades des reconstitutions historiques, et réunir à Moscou le meilleur de ce qui existe dans le monde.

12 jours pour 12 époques différentes, des légions romaines à la Première Guerre mondiale. 6000 participants dont 1000 venus des quatre coins du monde ont animé parcs, boulevards et rues moscovites.

L’intérêt des Russes pour les reconstitutions historiques remonte au début du XXème siècle, très précisément en 1903 au moment du dernier grand bal de l’empire qui a eu lieu au Palais d’Hiver. Tous les invités étaient costumés de riches habits de l’époque d’Alexis 1er tsar de Russie qui régna au XVIIème siècle.

Bien plus tard, en 1976, Oleg Sokolov, historien russe féru de l’époque napoléonienne, défila avec ses amis en uniforme d’officiers français. Mais le premier événement d’envergure en Russie a été organisé en 1989 avec la reconstitution de la bataille de Borodino (appelée bataille de la Moskova pour les français), qui a lieu, depuis lors, tous les ans sur le site-même où les combats ont été menés. Depuis, de très nombreux événements sont l’occasion de faire revivre l’histoire, suivant en cela une tendance mondiale. Cette activité connaît également un engouement certain en France où l’on recense pas moins de 2000 troupes de reconstitueurs.

Cinq clubs et associations représentant 110 français ont répondu à l’invitation des organisateurs russes. Arrivée à l’aéroport en costume d’époque, toute la délégation française a fait sensation ! Pour tous les participants, c’était leur première fois en Russie.

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Cécile Pailheret

Dans le parc Sokol, parc mémorial des héros de la Première Guerre Mondiale, les participants de l’association Les Poilus de la Marne ont rejoint leurs collègues russes. Il existe en effet un club de reconstitueurs russes spécialisé dans les uniformes français de la période 1914-1918. "Parce que ça n’existait pas encore en Russie", nous explique un de leurs membres russes.

Henri Desbordes, jeune président des Poilus de la Marne insiste sur l’importance de la présence française en Russie dans un contexte de tensions géopolitiques mondiales.

"La reconstitution historique est un moyen de faire revivre des pages d’histoire, de montrer les conditions de vie de l’époque et les horreurs des conflits. Il est primordial de faire passer des messages aux gens, de maintenir le souvenir de ce qu’ont été les conflits pour ne pas qu’ils se reproduisent et jouer la carte du rassemblement et de l’amitié entre les peuples".

Dans le cadre de leurs activités, cette association est amenée à représenter différentes nations au travers d’uniformes étrangers comme l’Angleterre, les USA mais également la Russie. En avril dernier, les Poilus de la Marne présents aux commémorations du Fort de La Pompelle, ont représenté à la fois les effectifs des troupes françaises mais également russes.

Loin du cliché de loisir pour retraités, la relève du club est assurée avec une moyenne d’âge de moins de 30 ans.

Sur le boulevard Tverskoi, au cœur de la capitale russe, des chants révolutionnaires sont entonnés et les "Vive la France" sont repris en chœur par le public russe.

Alain Nice, président de l’Association "Carmagnole et Liberté" a fait le voyage avec 30 de ses compagnons afin d’avoir un réel impact sur le public.

"Venir à Moscou en 2017 lors du centenaire de la révolution d’octobre 1917 et pour laquelle la révolution française a servi de modèle, c’est à la fois le hasard et un clin d’œil de l’histoire", commente Alain Nice.

Seule association de reconstitution historique sur la révolution française, Carmagnole et Liberté a été créée il y a 6 ans pour pouvoir réhabiliter cette période de l’histoire, qui selon eux, est décriée et qui fait l’objet depuis une vingtaine d’année d’une forme de révisionnisme. Alors qu’ils reconnaissent avoir dû mal à se produire en France, ils sont heureux d’être présents à Moscou et d’être accueillis si chaleureusement. Certains russes ont reconnu Rosbepierre, campé par un jeune trentenaire, même si d’autres l’ont pris pour Mozart...

"Il est difficile de porter un regard sur la révolution russe. Une révolution est un moment d’exception, mis en œuvre par des gens d’exception qui voient plus loin que les autres et qui vont trop vite. Une révolution n’a pas vocation à durer", nous confie un Sans-culotte.

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Cécile Pailheret

Pour les grenadiers à pieds de la Garde Impériale, ce voyage à Moscou est le premier. Il ne leur manquait plus que la capitale russe pour compléter leurs campagnes napoléoniennes.

Venu avec quelques inquiétudes sur l’accueil du public, le groupe de 11 soldats napoléoniens est finalement très agréablement surpris par le vif intérêt qu’il suscite chez le peuple russe, majoritairement fasciné par Napoléon.

Cette association, qui existe depuis 40 ans, et qui est la première parmi les grenadiers, avait débuté par des recherches militaires sur la figurine historique puis s’est tournée vers les costumes et équipements militaires.

"Dans les années 70, nous étions les premiers en France à faire cela mais la Russie et la République Tchèque étaient en avance sur nous ! Lors de la reconstitution du bicentenaire d’Iéna et d’Auerstedt, nous étions embêtés car il y avait beaucoup plus de Russes et de Tchèques en uniformes de l’armée napoléonienne que de Français !", explique Pierre Pagès, président fondateur de l’association Jean Roch Coignet de Migennes.

Philippe Bézanger, membre de l‘association confie : "C’est émouvant de se retrouver à Moscou et de se dire qu’il y a 205 ans nos aînés y étaient. Nous sommes très certainement les premiers grenadiers à y revenir".

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