Moscou contre Uber

A Moscou, l’administration est à deux doigts de sortir Uber du trafic moscovite. Les sociétés de taxi russes accusent le géant américain de fournir des services illégaux de taxi.

Photo Vedomosti

Utilisée sur Moscou, Saint-Pétersbourg et Ekaterinbourg par des dizaines de milliers de Russes, la société de taxis Uber fâche autant la mairie de Moscou que la concurrence.

Les autorités de Moscou s’impatientent : elles exigent que la société de taxis Uber, en Russie depuis 2014, signe un accord en vertu duquel la société ne travaillera uniquement qu’avec des taxis légitimes et fournira des données sur le mouvement de ses voitures. Or, la société américaine ne semble pas presser de signer, explique le journal russe RBK Daily.

Un accord long à venir

"Moscou peut interdire le fonctionnement d’Uber dans la capitale", a déclaré cette semaine le chef du Département des Transports, Maxim Liksutov. Selon lui, cela se produira dans un proche avenir si la compagnie ne signe pas l’accord de coopération avec le Département des Transports.

"Si Uber ne signe pas, nous lancerons un appel à la police et aux autorités judiciaires pour engager une procédure d'interdiction du fonctionnement de cette application mobile sur le territoire de Moscou", a t-il déclaré.

Une coopération entre Uber et les autorités de la capitale implique la mise en œuvre de deux conditions essentielles. Tout d'abord, Uber doit s'engager à travailler uniquement avec des chauffeurs légitimes de taxi, c’est-à-dire des conducteurs qui ont un permis pour l'exploitation de taxi. Ensuite, la société doit transmettre ses données sur la circulation de "ses" véhicules dans la ville.
Ce monitoring est nécessaire au ministère des Transports de la capitale "pour surveiller et évaluer la situation de la circulation à Moscou", a expliqué Maxim Liksutov.

Le ministère des Transports coopèrent déjà avec deux principaux concurrents d’Uber : YandexTaxi et Gett (GetTaksi Rus). Yandex a signé un accord à l'automne 2014, s’engageant à contrôler ses chauffeurs avec des visites médicales régulières et enregistrer tous les déplacements. Gett a signé en janvier 2016.

Les représentants de ces deux services ont indiqué que leur entreprise a commencé à travailler exclusivement avec les chauffeurs de taxi ayant une licence, "avant même la signature du document."

Un accord similaire avec Uber devait être signé avant la fin d’année 2015, a indiqué Maxim Liksutov lors d’une interview dans Gazeta.ru.
Mais leur service a repoussé l'échéance en demandant un premier délai supplémentaire fin Janvier, puis un autre de dix jours. Cela a été confirmé par la représentante d’Uber en Russie, Evgenia Shipova :

"Uber est une grande entreprise et les procédures internes pour la coordination des documents importants peuvent parfois prendre plus de temps que nous l'aurions voulu", explique t-elle.

Sécurité et réglementation

Le service de presse du ministère des Transports a indiqué que le processus de discussion était toujours en cours, notamment sur "les questions essentielles de sécurité."
Il les rappelle avec insistance: le transport doit être effectué par des conducteurs qui ont un permis pour l'exploitation d’un taxi, qui doivent passer un examen médical, connaître la ville, et passer leurs véhicules au contrôle technique».

Le PDG d’Eurotransservice (marque Formule Taxi), Bogdan Konoshenko, est aussi monté au créneau pour appuyer ces conditions de sécurité. Quant à l’Institut national des chauffeurs de taxi en Russie, il a tout simplement exigé d’interdire les services d’Uber.

Une mesure radicale pour la Russie, où les habitants ont été pendant des décennies de grands consommateurs de taxis illégaux avec les bombilos, qu’ils arrêtaient en levant la main au bord de la route. Une pratique courante jusqu’à l’arrivée de Yandex Taxi.

L’ubérisation en cause

Travailler avec des chauffeurs de taxi sans licence est l'un des principaux points de conflit entre Uber et les organismes de réglementation dans le monde entier, rappelle le journal russe RBK Daily.

Aux États-Unis et en Europe, lors de sa création, Uber a lâché une bombe en annonçant que le conducteur du taxi pouvait être n'importe qui, pas seulement celui qui a payé pour une licence de taxi. Impossible à entendre pour les chauffeurs de taxi légaux qui achètent leur licence au prix fort. A New York par exemple, le coût de la licence pour le transport de passagers peut atteindre 1,3 million de dollars, à Paris, elle coûte plus de 200 000 euros.

"Mais en Russie, Uber fonctionne en stricte conformité avec la législation locale", insiste Evgenia Shipova.

C'est un fait plus grave, note la concurrence, la société américaine avec son système ultra libéral tire les conducteurs du marché noir vers la légalité.

Les tentatives des autorités pour interdire Uber ne sont pas toujours couronnées de succès, souligne RBK Daily. A Paris, la société Uber France a été condamnée à verser une amende de 1,2 million d’euros à l’Union nationale des taxis (UNT) après la mobilisation massive des taxis.
A Moscou, on envisage une solution possible à l'interdiction d’Uber, celle de restreindre l'accès à ses services via les adresses IP.

"Difficile mais possible", a déclaré un employé d'une société de télécommunications.

La société Uber a été créée en 2009, son siège social est situé à San Francisco. Uber fonctionne dans 58 pays et plus de 300 villes, et tous les jours, environ 1 million de personnes l’utilisent à travers le monde, selon un représentant de la société.
Les services Uber provoquent des manifestations de colère de la part des professionnels de taxi également dans de nombreux pays et villes du monde.

*Titre de RBK Daily

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