Mondial 2018 : les Russes entre joie officielle et doutes populaires

Depuis l’attribution du Mondial 2018 à la Russie, les Anglais fulminent, leurs médias accusent la FIFA de corruption… Dans ce brouhaha médiatique, les Russes s’interrogent.
Le stade de Lujniki à Moscou

"On y croyait, on s'est battus, on a vaincu", titrait le quotidien officiel Rossiïskaïa Gazeta, le jeudi 3 décembre.

Le soir de l’annonce, l’engouement était collectif, porté par l’euphorie des dirigeants russes. Le Premier ministre, Vladimir Poutine a fait de l’organisation du Mondial une affaire personnelle. Son implication a été un atout majeur dans la décision de la FIFA, malgré l’ampleur de la tâche à venir vu l’état des infrastructures russes.

La grande taille du pays constitue déjà en soi un défi logistique puisque le dossier russe s'articule autour de treize villes regroupées en quatre pôles. Hormis Ekaterinbourg, toutes les villes sont situées dans la partie «européenne» de la Russie : de Kaliningrad à l'Ouest à Ekaterinbourg à l'est, et de Saint-Pétersbourg dans le Nord à Sotchi dans le sud.

Après les « Hourra ! », l’heure des comptes

Le projet est de taille puisque la Russie doit désormais rénover considérablement ses infrastructures. Il faudra construire ou reconstruire près de 8000 kilomètres de routes, plus de 2000 kilomètres de voies ferrées, bâtir des hôtels et améliorer la qualité des anciens, refaire les pistes d'aéroports, construire de nouveaux terminaux... et bâtir des stades dans les treize villes choisies pour abriter les compétitions.

A l'heure actuelle, seul le Luzhniki Stadium de Moscou est conforme aux exigences requises par la FIFA pour une capacité minimale de 40 000 places. Des travaux augmenteront sa capacité de sièges à 90 000 pour le Mondial.

D’autres stades sont en construction, comme à Saransk, chef-lieu de la région autonome de Mordovie, à plus de 600 km au sud est de Moscou.
Dans cette ville, habituellement «5 000 personnes seulement se réunissent lors des matches de l'équipe locale de première ligue. Après la Coupe du monde, comment vont-ils exploiter une arène de 40 000 personnes ?», demande l'ancien joueur soviétique Alexander Bubnov à la BBC.

D’après le quotidien des affaires Vedomosti, l'organisation du Mondial "va coûter à la Russie, selon les estimations les plus basses, plus de 37 milliards d’Euros".

Des dépenses à mauvais profit

"Nous n'avons pas d'argent pour ce projet. Il y a en Russie des secteurs plus importants où il faut investir, comme l'éducation, la santé, les retraites. Quel Mondial ?!", s'est insurgé l'économiste libéral Evguéni Iassine, recteur de l'Ecole supérieure de l'Economie à Moscou, dans une interview au journal Troud.
"Ce sont les dirigeants de la Russie qui en ont besoin pour augmenter leur popularité", a-t-il conclu.

"L'organisation des JO d'hiver, et maintenant du Mondial de football, tout cela correspond bien à la politique des patriciens de la Rome antique, dont toute la relation à l'égard de la plèbe se résumait à lui fournir du pain et des jeux. Cela s'est mal fini", écrivait encore le journal Vedomosti.

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L’ombre de la corruption

Les détracteurs du projet s’inquiètent également de voir le budget du Mondial, estimé à 33 milliards d’Euros, détourné.

"Le football russe est totalement sous contrôle d'une bureaucratie corrompue. Tous les défauts de l'Etat russe -escroquerie, incompétence, vénalité- sont aussi ceux du foot russe", a écrit dans son blog l'opposant libéral Boris Nemtsov.

Quoiqu’il en soit, le choix de la Russie permet à la FIFA de promouvoir le foot dans des marchés non traditionnels et permet à la gagnante de propulser son économie en modernisant une partie du pays.

4.5


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Portrait de Lucie
4

Article corrosif et très intéressant. J'attends la suite avec impatience.



Portrait de bulgogi
5

C'est assez réjouissant pour la Russie : le monde est de plus en plus corrompu et sans âme. Le pays va réussir...



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