"Manuel de Libération", le combat de deux orphelines en Russie

Manuel de Libération, le film d’Alexander Kuznetsov, est le récit d'un chemin difficile qui peut mener d’un asile d’aliénés à la liberté.

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Manuel de Libération, un film d'Alexander Kuznetsov

Le film d’Alexander Kuznetsov est un documentaire émouvant et plein d’espoir qui raconte le combat laborieux de Yulia et Katia, deux jeunes femmes orphelines, pour que l’État leur restitue leurs droits et rende possible leur émancipation.

Transférées de l’orphelinat à l’internat neuropsychiatrique de Tinskaya, en Sibérie, elles évoluent pendant plusieurs années devant la caméra du réalisateur Alexander Kuznetsov.

Les personnes internées dans ce lieu le sont à vie, et sont privées de toutes leurs capacités civiles. Il leur est alors impossible d’être indépendant financièrement, d’avoir un travail, de se marier et d’avoir des enfants. Pourtant, en guise de générique, Alexander Kuznetsov présente justement des jeunes qui rêvent d’indépendance et de fonder leur propre famille.
"Je veux acheter mes vêtements, ma nourriture. Je veux payer mon électricité", sanglote Katya qui lutte pour le rétablissement de sa capacité civile. Qui a décidé lorsque j’étais petite de m’en priver, de quel droit et pourquoi ? "

"Ce lieu, que l’on appelle communément asile d’aliénés, ou maison de fous, fait partie du système psychiatrique russe, mais comble également les carences de l’État dans le domaine de l’accueil d’enfants difficiles élevés en orphelinat. Ainsi, dans ces endroits, se côtoient de réels malades psychiques et des personnes ordinaires qui semblent s’y trouver par injustice", explique Alexander Kuznetsov.

Manuel de libération montre comment il est possible de changer son destin, et d’échapper à cette prison psychiatrique grâce à la législation russe même, note le réalisateur.

Katya a été abandonnée à l’âge de quatre ans, elle a été transférée de l’orphelinat à Tinskaya. Elle a vingt-quatre ans au moment du tournage.
Yulia a été abandonnée par sa mère à la naissance, et vit à l’internat où elle travaille comme aide cuisinière. Elle a trente-quatre ans.
Yulia finira par obtenir sa demande de restitution de ses droits, après un échec et une nouvelle expertise médicolégale suivie d’un passage devant un juge.

"Oublie la maison des fous, mais pas nous !" lui lance une vieille babouchka au moment de son départ.

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Manuel de libération
A.Kuznetsov

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Manuel de libération
A.Kuznetsov

Alexander Kuznetsov indique que son film contient pour lui une dimension particulière : "Quand je suis avec mes personnages, je suis du côté de l’émotion que je veux faire partager dans mes images. Je filme la machine étatique et face à elle, la fragilité et la force de ceux qui tentent de résister."

La caméra de Kuznetsov n’oublie donc pas de filmer Sergei Vladimirovitch Efremov, directeur de l’internat bienveillant et protecteur que les orphelins appellent papa, et dont le rêve est aussi de les voir regagner leur liberté.

Le film sort en salles le 19 octobre.

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Manuel de Libération

En 1990 en Russie, on comptait 564 orphelinats (maisons d’enfants), en 2004 ce chiffre a presque triplé : 1 400.
En 2007 en Russie, le nombre des enfants orphelins était de 748 000.
Selon l’information publiée par le Ministère Public de la Russie en 1999, seulement 10% des jeunes sortant des orphelinats et internats d’État, s’adaptent à la vie ordinaire, 40% d’entre eux commettent des crimes, les autres 40% deviennent alcooliques ou toxicomanes, et 10% commettent des suicides.

Annuellement, 26 000 jeunes sortent des orphelinats (maisons d’enfants) de Russie. D’après l’information publiée par le Ministère de l’Instruction Publique de Russie, pendant les 15 dernières années, 90 000 de ces jeunes n’ont pas obtenu le logement qui leur est du d’après la loi.

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