Manifestations anti-corruption: les réactions des Russes

Les manifestations anti-corruption menées dans plusieurs villes de Russie le dimanche 26 mars sont d’un avis général un évènement politique important. Réactions.

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Manifestation contre la corruption le 26 mars 2017 à Saint-Pétersbourg. Photo Olga Maltseva

Ce sont les premières manifestations de taille conséquente depuis les manifestations de l’hiver 2011/2012, et elles marquent par plusieurs aspects: la jeunesse du mouvement et son étendue géographique puisque 84 villes de Russie ont été concernées.

Un sondage du centre d’opinions Levada vient d’être publié ce jeudi 6 avril et ses résultats laissent à penser que les Russes dans leur majorité comprennent les motivations des manifestants : 38 % des sondés pensent que les gens ont manifesté à cause d’un mécontentement accumulé concernant la situation du pays, 36% pensent que le motif était la lutte contre la corruption et l’enrichissement des gens au pouvoir et 24 % pensent qu’ils sont venus contre rémunération.

Le Kremlin avait en effet accusé les organisateurs de la manifestation d’avoir voulu payer les jeunes participants en cas d’arrestation, pour les inciter à venir. Il n’y a, de plus, pas de rejet massif vis-à-vis des personnes ayant participé à ces manifestations non autorisées puisque 38% des sondés ne désapprouvent pas les manifestants et la même proportion reste en désaccord.

Si les avis sont ainsi partagés sur le bien fondé de ces manifestations, Alexis Navalny garde une popularité plutôt basse. 72 % des sondés ne voteraient a priori pas pour l’opposant aux prochaines élections présidentielles. Et seulement 12% pensent qu’il agit dans l’intérêt de la Russie.

Russie Info a rencontré plusieurs Russes qui ont fait part de leur ressenti suite à ces évènements. A l’image de ce sondage, les avis reflètent un état d’esprit plutôt désabusé : les changements sont nécessaires mais les leaders d’opposition ne semblent pas remporter l’adhésion.

Réactions

Dimitri, jeune étudiant moscovite en langues étrangères, n’a pas participé aux manifestations contre la corruption car pour lui le but réel des manifestations n’est pas celui affiché :

"Je suppose que ce sont des gens avec des problèmes autres comme les dettes ou la faillite, ou qui ne peuvent pas trouver d'emploi, qui ont participé à ces manifestations. Je suis sûr que celle de dimanche n'a été qu'un prétexte pour qu'ils puissent exprimer leur mécontentement. Je doute sérieusement qu'ils soient préoccupés par le problème de la corruption."

Selon lui, les jeunes autour de lui ne s’y intéressent pas vraiment et il ne fait pas confiance à l’opposant Navalny: "A mon avis, les informations que Navalny a présentées sur Internet sont peu crédibles compte tenu de sa réputation."

Elena, étudiante en économie est surtout affectée de voir son peuple "vivre comme il vit, avec des salaires de misère et des pensions de rien du tout".

Pour elles, ces manifestations signifient clairement quelque chose: "Je pense qu'on entre dans une nouvelle ère politique. 8000 personnes sont sorties pour dire qu'ils en ont marre d'être considérés naïfs et idiots".

Les changements sont nécessaires même si la jeune femme reconnait qu’elle ne sait pas dans quelle direction ces mouvements peuvent mener. Car ils lui semblent plus profonds qu’en 2012 :

"Aujourd’hui, la plupart des familles ont de réelles difficultés financières. On a toujours eu la possibilité de tout avoir et de ne manquer de rien et là, tout à coup, le niveau de vie chute d'une manière extrême. Cela fait mal."

Cependant elle déplore que les jeunes n’aient pas de vision pour leur pays: "Les jeunes d'aujourd'hui choisissent de fuir plutôt que de trouver des solutions, la vie personnelle et le confort personnel sont, pour eux, plus importants que le destin du pays".

Lidia, jeune professeur de violon approuve elle aussi ces manifestations mais ne se sent pas du tout en accord avec les leaders. "Je pense que le vrai but des organisateurs n’est pas de faire disparaitre la corruption".

Que faut-il faire ?

Il semble que parmi les générations plus anciennes, la parole est plus critique.

Alexander, historien et politologue d’une quarantaine d’années, voit ces manifestations à travers le prisme des années 90, qui ont été un traumatisme réel pour le pays:

"La chute de l‘URSS a commencé par une lutte contre la corruption, contre les privilèges. Et cette lutte a fini par une explosion de la corruption. Je n’ai, de ce fait, pas d’admiration naïve quand je vois ce genre d’évènements".

Nous assistons, selon lui, à des mouvements de jeunes qui ne connaissent pas l’histoire et qui passent à côté des questions importantes : quelle sera la politique économique ? Quel sera le cours du rouble ?

Kirill Kabanov, président du comité national anti-corruption fait le même constat sur son profil Facebook:

"Août 91 : les gens scandent : Eltsine ! Eltsine ! Honte à toi ! Chut ! Et puis, l'effondrement du pays, le sang, l'appauvrissement, les années 90 noires, la privatisation, l'enrichissement d'un petit groupe de "révolutionnaires", la déception, le sentiment que tout est foutu. Déjà vu ? Ou est-ce le passe-temps national, se prendre un râteau dans la tête ?".

A Galina qui lui rétorque dans les commentaires "que faut-il-faire alors ?", il répond : "au moins commencer par nettoyer devant chez soi, les entrées, les maisons, les jardins et plus loin ensuite. Mais c'est un travail monotone… Ouais et qui s'en soucie ? Pour beaucoup, c’est bien plus facile et lumineux de descendre dans la rue avec des affiches et des slogans !"

Une autre statistique intéressante du sondage : 40 % des sondés n’ont jamais entendu parler de ces manifestations. A relier probablement au fait qu’elles n’aient été que très peu couvertes par les medias russes.

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