Livre: souvenir d’un exil de Russie en 1931

La Maison des Russes de l’étranger a invité à Moscou, Tatiana Mouromzeff, une Russe blanche installée en France et dont l’exil remonte à 1931. Elle confie à Aujourd’hui la Russie les souvenirs de son départ de Russie, il y a 83 ans.

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Tatiana Mouromzeff chez elle à Lille

Tatiana Mouromzeff a beau avoir 90 ans, elle se souvient très clairement de la nuit où elle a quitté définitivement la Russie. C’était en 1931, elle avait 7 ans.

Afin de transmettre son histoire et celle de sa famille, Tatiana Mouromzeff a écrit un roman autobiographique « A la recherche de ma Russie », paru en 2006 aux éditions Lille à compte d’auteur.

Elle raconte comment elle fut envoyée en France avec sa sœur Olga, âgée de 10 ans, par leur mère afin de les soustraire à la famine sévissant en Russie dans les années 30. Ses parents avaient réussi à leur obtenir un visa grâce à l’aide de la Croix Rouge afin de leur faire quitter l’URSS. Les fillettes avaient été accompagnées sur le quai de la gare de Biélorussie à Moscou par leur mère et leur oncle.
« Ce n’est qu’une fois que le train a démarré que je me suis rendue compte que maman n’était pas avec nous » explique Tatiana Mouromzeff. «Le voyage a duré 3 jours et 4 nuits, mais je m’en souviens peu, car je n’ai pas arrêté de pleurer et de dormir. Ma mère a dû penser que (leur exil) ne durerai que deux ou trois ans », confie-t-elle.

Les aïeuls de Tatiana avaient connu le faste de la Russie tsariste et avaient tout perdu. Son grand-père, Sergei Mouromzeff, décédé avant la révolution, était le premier président de la Douma en 1906 alors que sa grand-mère, Maria Klimentova-Mouromzeff, était cantatrice et chanta la première interprétation du rôle de Tatiana dans l’opéra Eugène Onégine en 1879. Son oncle quant à lui était le prix Nobel de littérature Ivan Bounine.

Extrait : « Il fait encore nuit. Peut-être est ce le matin, je ne sais plus très bien. Notre grand-mère, celle que nous appelions Baby (Babou. ndlr), Natacha, notre sœur aînée qui avait quitté Moscou pour la France en 1928 et dont je me souvenais peu, et tante Jehanne nous attendent (…) Je regarde les rues éclairées par les réverbères, je découvre une grande et belle place dont les pavés de bois brillent d’une pluie récente….C’est la place de la Concorde, me dira t-on plus tard ! (…) Où sont Moscou, la cour de mes jeux, notre quartier ? Engloutis avec notre passé. Une nouvelle vie commençait

A l’arrivée du train à Paris, la grand-mère attendait ses petites-filles :«Il faisait noir, nous avons pris un taxi pour aller au 80 rue de l’université chez une logeuse, je me souviendrai toujours de l’adresse

Une vie à Calais

Très vite, leur grand-mère n’ayant plus les moyens de payer une logeuse et une pension aux filles dans un collège décent à Paris décida de partir vivre à Calais.
Les fillettes s’intégrèrent rapidement à leur nouveau milieu et apprirent le français. Elles ne revirent jamais leur père, qui fut arrêté en octobre 1937 puis assassiné par la police bolchevique. Seules subsistaient de Russie, quelques rares lettres de leur mère, qu’elles ne retrouvèrent qu’en 1962.

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C’est donc dans le nord de la France que les jeunes filles continuèrent leur éducation au sein d’une congrégation religieuse. La communauté russe étant inexistante à Calais, Tatiana Mouromzeff a progressivement oublié sa langue maternelle.
La fin de la seconde guerre mondiale a permis à Tatiana et Olga de retrouver leur mère: « Maman voulait nous reprendre avec elle en Russie, mais il était trop tard, nous étions déjà très bien intégrées en France ».
Leur mère, qui travaillait alors comme traductrice, est venue en France à deux reprises mais ne voulait pas rester : « Maman était partagée, elle ne voulait pas perdre sa langue, ses amis, et surtout elle voulait être enterrée en Russie ».

Tatiana Mouromzeff est retournée pour la première fois en Union Soviétique en 1962, près de 10 ans après la mort de Staline, dans le cadre d’un groupe touristique. Elle n’a cessé de s’y rendre régulièrement jusqu’à la mort de sa mère en 1979.
«Je comptais venir m’installer en Russie après la libéralisation, mais mes amis m’en ont dissuadé, ce n’était pas le bon moment affirmaient-ils».

Ainsi, Tatiana Mouromzeff est restée vivre en France et réside à Lille où elle est retraitée de l’enseignement national. Sa sœur Olga, qui était rentré dans les ordres, vit aujourd’hui à Londres.

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