Les Russes sont étouffés par leurs crédits

Le surendettement est en hausse vertigineuse depuis deux ans. Face au désarroi des consommateurs russes, pas ou mal informés sur le sujet, le gouvernement entend adopter un train de mesures de protection.

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La masse des crédits à la population pourrait atteindre 200 milliards d’euros en juillet 2013, selon la Banque centrale russe.

Le gouvernement russe s’inquiète : la population a pris l’habitude de souscrire trop de crédits, plus qu’il n’est matériellement possible de rembourser. Un phénomène qui pèse sur la consommation ou, au contraire, la stimule ? En tous cas, la masse des crédits à la population a doublé sur les deux dernières années pour atteindre 200 milliards d’euros en juillet 2013, selon la Banque centrale russe.

Au moins 10 milliards d’euros de ce total sont déjà considérés comme des crédits en souffrance, avec un arrêt de versements depuis plus de trois mois. Ce n’est pas encore la catastrophe mais la dynamique n’est pas rassurante car les crédits en souffrance ont augmenté de 1,2 milliard en 2012, et de 2,1 milliards d’euros les six premiers mois 2013.

Le crédit comme un style de vie

Le marché des crédits a pendant longtemps dopé la consommation. Pour de nombreux Russes, un crédit à la consommation a été le seul moyen de s’offrir des vêtements et des chaussures des marques occidentales haut de gamme ou des gadgets high tech. Près de 34 millions de Russes soit 45% de la population active, ont un crédit en cours, selon le Bureau national de l’historique des crédits, un organisme de surveillance fondé par l’Association des banques russes. Et quelques 66 millions de Russes ont déjà fait appel à un crédit selon la Banque centrale. Soit un taux de pénétration de plus de 82% au sein de la population apte à en prendre un.

Le crédit est présenté comme un style de vie. Les banques multiplient des campagnes de publicité avec des slogans comme « Recevez de l’argent à domicile !». Effectivement, avec un simple coup de téléphone en quelques heures on peut obtenir un montant équivalent de 1 000 ou 2 000 euros, livré par coursier à domicile après une vérification très sommaire des capacités de remboursement.

Des taux de remboursement hyper élevés

En revanche, les taux de ces crédits à la population ne sont pas doux. Aujourd’hui le taux effectif d’un crédit « sur les lieux de vente » est de 36,6% en moyenne et il peut atteindre 60% et plus. Ce type de crédit est proposé dans les centres commerciaux pour une consommation immédiate : un vêtement ou une paire de chaussures de marque, un Smartphone, une nouvelle télé ou des meubles. Pour le découvert avec la carte bancaire le taux est plus proche de 40%. Des taux qui ne laissent aucun droit à l’erreur. Un salarié endetté qui perd son travail et n’en retrouve pas un autre dans la minute, sera vite pris à la gorge.

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Un grand nombre d’habitants des petites villes de province et de ruraux avec des revenus faibles font appel à des crédits de très courte durée dits « crédits express ». Destinés à boucler les fins de mois difficiles, ils sont proposés à des taux affichés de 1,5% à 2,5%... par jour. Soit un taux effectif annuel de 900%. Pour offrir ce type de crédits, les acteurs économiques n’ont pas besoin de licence bancaire. Alors leur nombre et le volume des affaires sur ce marché ne font l’objet d’aucun recensement.


Des consommateurs ignorants

Le journal Kommersant-Vlast s’est plongé au cœur de l’univers du surendettement. Après avoir interrogé nombre de consommateurs en défaut de remboursement, il constate qu’aucun n’a calculé le coût du crédit avant de le prendre. La comparaison des taux effectifs ou l’anticipation des risques de surendettement sont des notions totalement inconnues.

Selon Kommersant, la plupart de ces consommateurs perçoivent les crédits à la consommation comme « une sorte d’aide délivrée par la puissance publique et destinée à améliorer notre quotidien ». Ils sont surpris de constater que l’Etat ne les défend pas, prenant fait et cause pour les banques. Le journal égrène alors leurs recettes pour sortir de l’impasse : prendre un autre crédit plus important pour couvrir le précédent. Se cacher. Perdre sa voiture et son logement. Vendre un rein. Ou pire.

Le rôle des écoliers

Parmi les mesures envisagées par le gouvernement, il y a l’instauration d’un délai de rétractation pouvant aller jusqu’à 30 jours sur les crédits d’un montant important ainsi que l’introduction de l’enseignement des bases des « connaissances financières » dans le cursus de l’école secondaire. Les écoliers pourront ainsi pallier à la méconnaissance des parents en les aidant à calculer le coût global d’un crédit à la consommation.
Le ministère des Finances mène un projet pilote de cet enseignement dans des écoles de cinq régions russes depuis le début de septembre 2013.

Plus volontariste, un autre projet du ministère prévoit d’instaurer des taux plafonds pour les différents crédits à la consommation. Pas sûr que ce projet passe à travers les mailles du lobbying mené pas les banques concernées. La discussion du projet à la Douma devrait démarrer à la session de l’automne. Les analystes locaux anticipent déjà les conséquences à court terme d’une réglementation sur ce marché : une réduction des crédits aux particuliers qui provoquera une baisse de la demande et une diminution mécanique des importations sur plusieurs segments de biens et des équipements de la personne.
Mais à moyen terme on peut s’attendre à une stabilisation du marché, une reprise de confiance des consommateurs protégés contre les appétits des banques et finalement une consommation de meilleure qualité.

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